Supplément au voyage de Bougainville

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Résumé

Deux personnages discutent : B – le porte-parole de l’auteur – rapporte avec enthousiasme à A les singularités du Voyage autour du monde, récit du navigateur français Louis Antoine de Bougainville. B évoque la personnalité de Bougainville, puis loue son œuvre qui permet d’avoir une meilleure connaissance de la terre, avant de rappeler les grandes étapes et les conditions difficiles du périple de l’explorateur. La discussion porte ensuite sur les observations faites par lui sur la vie de la faune et le rapport entre les animaux et les hommes. Évoquant l’exemple de l’île des Lanciers et les coutumes étranges qui y sont pratiquées, B insiste sur le rôle de la superstition dans l’explication de certains comportements humains.

Divers passages de l’œuvre de Bougainville sont ensuite évoqués : les exactions des Jésuites puis leur expulsion du Paraguay, l’infirmation de la présence de géants en Patagonie, puis l’éloge de la qualité de vie des sauvages, incarnée par l’histoire d’Aotourou, Tahitien ramené par Bougainville en France. Face aux « machines compliquées » que sont les sociétés européennes, la vie sauvage se révèle être un modèle de simplicité. B explique les difficultés rencontrées par Aotourou pour décrire à ses compatriotes la vie européenne, marquée par une série d’« entraves déguisées » et en totale contradiction avec son principe de liberté.

B présente ensuite à A un prétendu Supplément au Voyage de Bougainville, qui permettra de vérifier la sincérité du navigateur. Il lui propose de lire les adieux faits par l’un des chefs de l’île à Bougainville et ses compagnons, afin de se rendre compte de l’éloquence des sauvages.

 

Alors qu’il s’est retiré dans sa cabane lors de l’arrivée des Européens sur l’île, un vieillard, symbole de la sagesse, sort de son mutisme au moment de leur départ et interpelle ses compatriotes. Il leur reproche leur affliction et leur rappelle que les Européens, des hommes « ambitieux et méchants », n’ont d’autre but que de les anéantir. Aussi, il les prévient d’un éventuel retour de ces envahisseurs qui feraient d’eux des serviteurs « aussi corrompus » et « vils » qu’eux. Ensuite, le vieillard interpelle violemment Bougainville en le nommant « le chef des brigands » et en dénonçant le projet européen visant à détruire l’identité et le bonheur des Tahitiens. Interrogeant les motivations immorales des envahisseurs et vantant avec éloquence la vie sauvage, le vieillard s’emploie à lister tous les méfaits causés par les Européens qui ont attaqué les Tahitiens dans leur nature intrinsèque et introduit le mal dans leur société.

La discussion reprend entre A et B. A suggère que Bougainville a volontairement retiré le discours de son œuvre afin de ne pas écorcher l’image des Européens. Puis B évoque l’histoire de Barré, la domestique de l’un des officiers de Bougainville, qui a embarqué à bord de l’expédition sous un déguisement d’homme.

 

Dans la suite du récit il est question d’Orou, un habitant de l’île marié et père de trois filles, qui reçoit l’aumônier de l’expédition chez lui. Suivant les règles de l’hospitalité tahitienne, il lui offre une des femmes de la maison pour passer la nuit. Néanmoins, l’aumônier rejette cette offre, déclarant que « sa religion, son état, les bonnes mœurs et l’honnêteté ne lui permett[ent] pas d’accepter ». Orou l’encourage à goûter un « plaisir innocent » dicté par la loi de la nature, et l’aumônier finit par céder. Il accepte de passer la nuit avec Thia, la plus jeune des trois filles d’Orou. Le lendemain, la discussion reprend sur le thème de la religion. À la demande du Tahitien, l’aumônier présente les préceptes chrétiens, associés à la figure d’un Dieu tout-puissant qui distingue le bien du mal et définit les interdits. Orou, qui trouve ces préceptes « opposés à la nature » et « contraires à la raison », remet en cause le fondement des lois morales et juridiques.

La discussion s’engage ensuite sur le thème du mariage. Orou le présente comme un fait de nature dont le pilier fondamental est la maternité. En effet, la richesse du mariage est incarnée par les enfants, dont la naissance est « toujours un bonheur » car ils représentent l’avenir de l’île. Par ailleurs, ils font l’objet de rituels précis auxquels tous les Tahitiens sont appelés à se conformer. 

La discussion s’arrête sur une note laissée par l’aumônier où celui-ci souligne que les préceptes tahitiens en matière de mariage et de rapport aux enfants sont « pleins de bons sens », mais qui n’a pas été incluse dans le texte pour ne pas choquer la morale européenne. La discussion se poursuit autour de l’aventure de Miss Poly Baker, une jeune fille tombée enceinte pour la cinquième fois hors mariage, et poursuivie devant un tribunal de la Nouvelle-Angleterre. B rapporte un passage extrait de sa défense où elle rend les hommes responsables de son état « honteux » et dénonce leurs « crimes », qui mériteraient beaucoup plus d’être jugés et punis. 

 

La suite du Supplément reprend la conversation entre Orou et l’aumônier autour du mariage et de l’importance de la maternité dans l’organisation sociale. Orou précise que les Tahitiens jouissent d’une liberté sexuelle sans contraintes. L’inceste et l’adultère sont des concepts qui n’ont pas leur place parmi eux. Le crime de libertinage est retenu uniquement à l’encontre des femmes stériles qui entretiennent des rapports avec les hommes. Des voiles de couleurs distinguent les femmes selon des « lois » précises ayant rapport avec la procréation. L’organisation sociale et les rapports humains au sein de la communauté des Tahitiens sont régis par le seul intérêt, sentiment jugé « énergique et durable ». Évoquant l’organisation religieuse catholique, l’aumônier explique au Tahitien le principe du vœu de chasteté, qui n’est pas toujours respecté par les moines. Orou estime que ce vœu est contre-nature et juge les Européens plus « barbares » que ses compatriotes.

A salue la politesse de l’aumônier tandis que B rend hommage aux mœurs des Tahitiens et au discours d’Orou.

 

Dans la dernière partie, la discussion reprend entre A et B autour des mœurs du peuple « non civilisé » des Tahitiens. Après un éloge marqué de ces mœurs qui donnent de leur île l’image d’« une seule famille nombreuse », les deux protagonistes se lancent dans une critique de la civilisation européenne qui, à l’inverse, enferme les hommes dans une logique faite de lois arbitraires et souvent contradictoires. Ainsi, les codes religieux et civils ont dressé « des barrières » entre les deux sexes et provoqué chez l’homme civilisé un sentiment de frustration.

Selon B, toute l’histoire de la civilisation européenne peut se lire dans une lutte opposant un homme « moral et artificiel » à l’homme naturel. Face à la question de savoir s’il faudrait civiliser l’homme ou l’abandonner à son instinct, B soutient que toute morale contraire à la nature humaine est une forme de poison, et que l’ordre imposé par les lois finit par étouffer la liberté et menacer le bonheur des hommes. A conclut en défendant une vision réformiste selon laquelle il faut critiquer « les lois insensées » jusqu’à ce qu’elles soient reformées, tout en continuant, dans l’intervalle, à les respecter. En effet, il vaut mieux se conformer aux lois de son pays que vivre comme un sage parmi les fous.

 

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