Supplément au voyage de Bougainville

par

L'opposition entre nature et société

L'opposition entre nature et société est un thème dominant dans l'œuvre de Bougainville:

– Lors des discussions entre A et B, B soulève une vérité importante: les ''sauvages'' sont proches de la nature et vivent sans outils modernes, sans lois ni usages, sans restriction particulière. Ainsi ils vivent en liberté totale, en harmonie avec la nature: «la vie sauvage est si simple, et nos sociétés sont des machines si compliquées!»; nous avons une mise en valeur de l'opposition entre un état de vie ''naturel'' face à l'activité et la modernisation de l'homme européen, socialisé et contre-nature.

Suite à la lecture de A et B du ''Supplément au Voyage de Bougainville'' au sujet des mœurs des tahitiens, opposés à ceux des Européens, B explique à A comment l'Homme, socialisé, est devenu un être ''artificiel''. En effet, c'est notamment en parlant de la reproduction humaine qu'il montre comment l'attitude des hommes socialisés est devenue complexe, en évoquant la tyrannie, les mœurs et usages, les lois, la religion mais aussi le fonctionnement de la société en son sein qui brident l'Homme.

Il précise également qu'avec l'addition de toutes ces complications portées pourtant sur un besoin simple et naturel, l'homme s'éloigne de la nature et quelque part du ''bonheur'' qui lui est associé, et caractérisant le peuple de Tahiti.

A est en accord et comprend combien la société se contraint à repousser certains instincts naturels, avec un ''code des nations'' complexe qui s'est imposé chez l'homme socialisé.

– A travers le discours du Vieillard. On comprend que le peuple tahitien a un contact presque ''intime'' avec la nature: «Nous suivons le pur instinct de la nature.». Un état de vie en harmonie avec la nature, avec des besoins naturels (qui sont évoqués en partie par Orou: manger, dormir, se reproduire, se protéger…) et des mœurs contrariés selon lui par la corruption des Européens et de leur sociétés dominées par les ''commodités de la vie'', ''les besoins factices'', '' les vertus chimériques''. Nous avons ainsi un rejet de tout ce qui apparaît comme contre-nature, qui ne répond donc pas à un besoin vital, et c'est donc un refus de la culture européenne socialisée, mais aussi un certain mépris avec la ''contamination ''de la société européenne et même l'évocation d'un ''sang impur'', du ''poison''. C'est ce qui renforce le fait que la société s'est trop éloigné d'un état naturel, et que la proximité européenne est dangereuse pour le peuple tahitien. Ce n'est pas faux, sachant que la société européenne a pour volonté d'asservir la population tahitienne.

– Enfin, nous avons les échanges entre l'aumônier et Orou qui évoquent aussi cette opposition. L'aumônier se refuse à coucher avec l'une des filles d'Orou, car son rôle dans la société (moine) ne lui permet pas de répondre aux demandes de la jeune fille; selon Orou un «plaisir innocent auquel nature, la souveraine maîtresse, nous invite tous.». Nous avons donc l'aumônier retenu par l'état et sa religion (il ne cesse par ailleurs de le répéter, à trois reprises), qui ne doit pas céder à ses instincts naturels.

Orou ne connaissait que les mœurs de son peuple, des mœurs répondant principalement à des besoins et à l'instinct de la nature même de l'Homme dans sa plus simple expression. Il ne comprend pas comment les Européens se sont fait prisonnier eux-mêmes en évoluant '' à contre-courant'', donc contre la nature: « […] êtres mal organisés, en qui la nature ne réclame pas ses droits.» avec des lois contraignantes « […] le préjugé a tout à fait étouffé la voix de la nature.».

Orou est tellement choqué de ce que lui apprend le moine qu'il pensait que la nature avait privé la société Européenne de certains instincts naturels; il a du mal à comprendre comment la société européenne peut être si compliquée et déclare même: «[…]vous êtes plus barbares que nous.». Il est vrai, tout oppose leurs modes de vie et aspirations.

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