Tanguy

par

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Michel Del Castillo

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1933 : Michel del Castillo, écrivain
de langue française
, naît à Madrid d’un père français et d’une mère
espagnole dont il porte le nom. Quand éclate la guerre civile espagnole, son
père a déjà quitté l’Espagne, abandonnant son épouse et son enfant, tandis que
sa mère embrasse la cause du Front populaire, faisant office de présentatrice à
la radio républicaine. Alors qu’ils ont rejoint le père en France, Michel et sa
mère se voient tous deux internés dans un camp
de réfugiés politiques
vichyste, sur une dénonciation paternelle. L’enfant
sera ensuite déporté en Allemagne
il dira plus tard qu’il a servi de « monnaie d’échange » à sa mère à
cette occasion – où il sera employé dans des fermes de travail. De retour en
Espagne, il connaîtra l’enfer d’une maison
de redressement
. Il s’en évade à seize ans et se voit recueilli par des jésuites d’Úbeda (Andalousie). Dans
leur collège, il continue de découvrir la littérature. Il sera notamment un
lecteur admiratif d’Unamuno et de Dostoïevski. À partir de 1952, il est pris en
charge par un oncle paternel.

1957 : Michel del Castillo entre dans la littérature avec un récit autobiographique, Tanguy.
Il y retrace son enfance difficile –
le camp de concentration allemand, la maison de correction, le collège des
jésuites, les trahisons vécues, la recherche de ses parents après la guerre –,
le tout avec une certaine sobriété. Tanguy
reste son œuvre la plus lue.

1958 : L’année suivante paraît La Guitare, un récit fictif cette
fois, mettant en scène un nain, qui
se dit lui-même laid et monstrueux. Il s’adresse directement au
lecteur, l’apostrophe et lui raconte son histoire. Alors qu’il avait décidé de
donner ses vingt fermes à des métayers, il est frappé d’ingratitude et en
devient méchant. Haï par le village de la campagne de Galice où il vit, il
tentera cependant de toucher le cœur des habitants et d’exprimer sa délicatesse
à travers la musique. Il apprend
ainsi la guitare aux côtés du gitan de passage Jaïro. Une grande proximité
entre le narrateur et le lecteur est créée à travers l’interpellation, et le style se distingue par une forme d’agressivité, même si des passages
s’avèrent particulièrement lyriques
lors de l’évocation de paysages ou de morceaux de musique. Suite à cette
nouvelle parution, Michel del Castillo est notamment remarqué par François
Mauriac.

1972 : Le Vent de la nuit, prix des libraires, réunit dans une vaste fresque plusieurs personnages plongés
dans le chaos, se posant des questions existentielles, en quête
d’une raison de vivre. Parmi eux, un
riche industriel ayant perdu son fils aîné lors d’un accident de voiture, un homosexuel
vivant dans la déchéance, ou encore un jeune couplé éprouvé incarnant l’espoir.

1981 : La Nuit du décret remportera pour sa part le prix Renaudot. Ce roman raconte
l’enquête que mène Santiago Laredo, un inspecteur nommé à Huesca, une petite
ville du Nord de l’Espagne, sur son futur supérieur, le commissaire Avelino
Pared, un franquiste à la réputation sulfureuse incarnant l’inquisition, l’intolérance, une croyance sans limite
en l’ordre et l’efficacité. Les secrets de Pared ouvrent ainsi une fenêtre sur
les noirceurs de l’époque franquiste.
L’auteur se garde cependant de tout manichéisme.

1984 : La Gloire de Dina entame une vaste trilogie romanesque inspirée par la hantise de la mère. À la
lecture d’un roman, Sandro se découvre deux frères dont Aldo Casseto,
l’auteur du livre, romancier comme lui, ayant le même éditeur que lui. Michel
del Castillo livre ici le portrait
d’une femme, Dina, leur mère, aux
amours et aux vies multipliées, engagée politiquement, exilée en France, une femme « fatale », notamment
pour ses enfants.

1994 : Michel del Castillo poursuit dans Rue des Archives le
portrait de sa mère excentrique, qui a eu six enfants de pères différents et
qui en a abandonné quatre, deux étant morts en bas âge. Dans la préface de la
réimpression de Tanguy, qui
intervient peu après la parution de Rue
des Archives
, l’auteur dira que ces deux œuvres se répondent : alors
que Tanguy était un aveu encore
nourri d’illusions, Rue des Archives en
est totalement dépourvu et exprime au contraire un désenchantement, tout en venant éclairer des aspects laissés
dissimulés par Tanguy.

1995 : Mon frère l’idiot est un livre hommage à Dostoïevski, que Michel de Castillo présente comme intimement lié à
lui-même. Il ne se présente pas en séide du maître russe, il dit même ne pas
aimer toutes ses œuvres, mais il voit entre eux des similitudes, dans
l’enfance, dans l’expérience du camp, sous l’angle de la religion. Si Michel
del Castillo montre de l’admiration pour cet écrivain qu’il a découvert vers
treize-quatorze ans dit-il, il épingle néanmoins son panslavisme, son idéalisme
confus et son populisme.

1998 : Dans son œuvre autobiographique De père français, Michel de Castillo
décrit ce père qui les a dénoncés, sa mère et lui, et fait interner au camp de
Mende qui a tant marqué l’enfant, comme un être veule, imbu de lui-même,
mesquin et raciste. La gageure ici est de parler d’un père qui n’existe pas en
tant que tel, qui a fui sa paternité comme son existence. L’auteur tente
d’exprimer en toute sincérité les sentiments parfois contradictoires que suscite le souvenir de cet homme qui a
influencé sa vie surtout en creux.

2008 : Le Temps de Franco est présenté par l’auteur comme un récit, et non une biographie. À travers
la figure mythique du dictateur,
évoquée littérairement donc, comme il l’avait fait pour Dostoïevski et Colette,
Michel del Castillo évoque un demi-siècle
d’histoire espagnole
. À nouveau il se refuse
à tout manichéisme en n’accablant
pas l’homme, mais en prenant soin de considérer avec un regard ironique les légendes et affabulations
l’entourant, du côté républicain comme du côté nationaliste.

2010 : Dans Mamita Michel del Castillo parle à nouveau de la figure maternelle, cette fois à travers
le regard et les souvenirs d’un célèbre pianiste septuagénaire, et en plantant
le décor à l’est des États-Unis.

 

 

« L’écrivain habite le silence. On reconnaît l’exacte
nécessité des mots qu’il emploie à la gangue de silence dont ils sont
enveloppés. Paradoxalement écrire c’est d’abord se taire, c’est se recueillir,
c’est plonger dans le silence et se familiariser avec sa pénombre où, telles
des algues et des fougères sous-marines, évoluent des formes imprécises. »

 

Michel de
Castillo, La Gloire de Dina, 1984

 

« Pour les uns, Franco a sauvé l’Espagne du péril
bolchévique ; pour les autres, il reste à jamais ce nabot sanguinaire, ce
pourfendeur des libertés, cet inquisiteur glacial. Impossible de trancher,
moins encore de trouver un juste milieu. Ce n’est pas une affaire de raison,
mais de passions furieuses. Tout ce qu’on peut dire avec certitude, c’est que
les nationaux eussent-ils perdu la guerre, l’Espagne n’aurait pas vécu sous une
république pluraliste et démocratique, mais – sauf marchandage ultime la
concernant à Yalta – serait probablement devenue une démocratie populaire à
l’instar de la Pologne ou de la Tchécoslovaquie. »

 

Michel de
Castillo, Le Temps de Franco, 2008

 

« Ceux qui s’imaginent que l’art véridique console, ou, plus
bêtement, qu’il guérit, n’entendent rien à son alchimie merveilleuse et
funeste. C’est parce qu’il creuse la douleur, pénètre plus avant la solitude,
qu’il dispense une sérénité mélancolique. »

 

Michel de
Castillo, Mamita, 2010

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