Tanguy

par

...pendant la guerre…

La guerre finit par éclater véritablement et contraint Rachel à fuir, abandonnant son enfant qui devra la rejoindre, une semaine plus tard, au nom de la sécurité et de la prévention face au danger de celui-ci. Au début, l’impuissance de Tanguy que nous avons constatée  se manifeste par son simple rôle de spectateur, qui voit devant lui la guerre se mettre en place, l’ennemi approcher, les civils fuir. Aussi simple que l’est cette citation du texte, celle-ci montre bien le statut presque objectif de Tanguy : « Tout avait commencé par un coup de canon. C'était la guerre en Espagne. Mais Tanguy ne gardait de ces année que quelques souvenirs confus. Il se rappelait avoir vu de longues queues immobiles devant les boutiques, des maisons décharnées et noircies par la fumée, des cadavres dans les rues, des miliciennes fusil à l’épaule qui arrêtaient les passants pour leur demander leurs papiers… ». Avant de se retrouver réellement impliqué dans cette crise guerrière et meurtrière, le jeune Tanguy demeure effaré devant tant d’atrocités, et résigné à la fois. A chaque fois qu’il assiste à un malheur ou évoque la vie durant la guerre, il justifie la situation par la simple sentence lapidaire de « C’est la guerre ». Ayant toujours vu sa mère lutter politiquement, privilégiant son combat idéologique au bien-être de son fils, le conflit ne semble pas l’altérer plus que ça : le lecteur sent à travers ce jeune garçon un abandon de la volonté, un fatalisme dénué d’espoir, presque neutre.

Cependant, lorsque le jeune garçon est capturé et enfermé en Allemagne, en compagnie d’autres prisonniers de guerre, son point de vue change en même temps que son implication psychologique au conflit. Il découvre qu’il ne peut pas rester seul et passif et que la guerre est loin d’être une continuité de sa vie précédente, telle qu’on la percevait à travers son regard. Par exemple, il découvre que l’amitié est salvatrice, que sa bulle de solitude doit éclater pour se reformer, plus solide, indestructible. Son ami Gunther fait partie de ces changements : il lui apprend tout sur la véritable amitié, l’entraide, le partage, ce qui l’aide à rendre son emprisonnement plus vivable mais également à procurer un peu de bonheur à son entourage. Ainsi, il n’est plus celui de qui on s’occupe, mais également celui qui sait dispenser de la compassion et de l’affection aux autres.

Cette conception du bonheur partagé, des rares moments de joie éprouvés, parvient à éviter à Tanguy de tomber dans le renfermement et la fermeture d’esprit. «  Allons Tanguy, ne pleure pas… Ce sont des malheureux.  Quand on est malheureux, on peut devenir méchant.  …Il est naturel qu’ils aient de telles réactions.  Ils sont si faibles ! » De plus, Tanguy n’est encore qu’un enfant, et a, comme tous, besoin d’affection et d’une figure paternelle ou maternelle. Il parvient à les retrouver au visage du père Pardo et de Rachel, une jeune femme juive enfermée en même temps que lui. L’enfant, en effet, se caractérise par sa capacité à rêver, à imaginer, et ainsi à faire abstraction du quotidien, aussi cruel soit-il. Cependant, Tanguy commence à perdre cette capacité, qui fait pourtant le propre de l’enfance. Heureusement, le personnage de Rachel parvient à lui faire retrouver ce brin d’innocence enfantine, grâce auquel il peut ainsi survivre. « Rachel, avec sa voix douce, était une merveilleuse conteuse… Par les récits de Rachel, il devenait un enfant pareil aux autres : ce dont il avait le plus constant besoin ».

Ainsi, grâce aux rencontres qu’il effectue pendant la guerre, le lecteur apprend par le biais de Tanguy quelles sont les véritables valeurs à défendre en de tels temps troublés.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur ...pendant la guerre… >