Tout ce que j'aimais

par

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Siri Hustvedt

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1955 : Siri Hustvedt naît à
Northfield, une petite ville du Minnesota.
Sa mère, une Norvégienne qui venait d’immigrer aux États-Unis, fut d’abord mère
au foyer avant d’enseigner le français et de travailler dans une bibliothèque.
Son père, un Américain, enseigne la littérature et la langue de ses ancêtres
norvégiens, qui devient la langue maternelle de Siri. Pendant ses études
secondaires qu’elle termine à Bergen en Norvège, Siri lit abondamment, écrit
des poèmes. Elle obtient ensuite une licence
d’histoire
au St. Olaf College de Northfield en 1977. Elle travaille
un an comme barmaid puis part en 1978 étudier l’anglais à l’université Columbia à New York. Elle a ensuite enchaîné
plusieurs métiers d’assistante et a enseigné l’anglais.

1981 : Siri Hustvedt connaît alors pour la première fois la publication, celle d’un poème dans The Paris Review. L’année suivante alors qu’elle enseigne au Queens
College, elle rencontre l’écrivain Paul
Auster
durant une lecture de poésie ; il devient dans l’année son
mari. En 1983 elle fait paraître Reading
to You
, un petit recueil de
poésie
. En 1986, elle devient docteur avec une thèse sur le langage
et l’identité chez Charles Dickens.

1992 : Les Yeux bandés (The
Blindfold
) est la première œuvre de fiction publiée par Siri Hustvedt. Il
s’agit d’un recueil de quatre nouvelles tournant autour d’un
même personnage, Iris Vegan, une
étudiante en lettres fauchée vivant à New York. Au fil de ses aventures, qui
prennent la forme d’une quête d’identité,
Iris, entre doutes et écoute de ses impulsions, se met en danger, se transforme, notamment en homme, le soir, en endossant l’identité
d’un certain Klaus.

1996 : L’Envoûtement de Lily Dahl (The
Enchantment of Lily Dahl
) livre le portrait
d’une autre jeune fille, Lily Dahl,
dix-neuf ans, serveuse dans une bourgade du Minnesota où les commérages vont bon train et où les personnages étranges sont légion. Parmi
eux, figurent Martin, son camarade d’enfance, un orphelin bègue et
solitaire ; Dolorès, une femme alcoolique, prostituée occasionnelle ;
ou encore Mabel, une vieille dame sage, professeure à la retraite. Puis Lily
Dahl s’éprend d’un nouveau venu, Edouard Shapiro, peintre new-yorkais qu’elle
peut observer de la fenêtre de sa chambre brosser les habitants de la ville.
L’atmosphère est étrange, lourde, chacun semble avoir un secret à dissimuler, et les manifestations
surnaturelles se multiplient autour
de la jeune femme.

2003 : Le roman Tout ce que j’aimais (What
I Loved
) plonge le lecteur dans la vie
artistique et intellectuelle
du New
York
des années 1970 à travers
les parcours parallèles de deux
couples 
: Leo, professeur d’histoire de l’art en couple avec Erica, et
Bill, peintre et plasticien marié à Violet. Les deux épouses accouchent en même
temps chacune d’un garçon, mais l’enfant de l’une meurt. Le lecteur suit ainsi
l’évolution des liens entre les personnages autour de plusieurs axes. Les
thèmes principaux sont la perte, la séparation, le mensonge, la maladie, l’addiction, mais Siri Hustvedt livre
également de longues réflexions sur les désordres
de la nutrition
et l’histoire de l’hystérie,
au point que certains passages de l’œuvre prennent la dimension de petits essais. L’auteure s’attache en
outre à analyser finement la psychologie
de ses personnages. C’est avec cette œuvre que l’écrivaine se fait plus
largement connaître.

2008 : Dans Élégie pour un Américain (The
Sorrows of an American
), Siri Hustvedt aborde les thèmes de la transmission, de l’immigration, parle de la difficulté de réinventer sa vie au gré
d’une intrigue tournant autour d’un secret
de famille
révélé à un psychiatre et sa sœur après la mort de leur père.
L’auteure se fait ici l’écho, à travers le parcours de ses personnages, d’une Amérique post-11-Septembre angoissée
dont les mythes vacillent. Dans La femme qui tremble : une histoire de
mes nerfs
(The Shaking Woman or A
History of My Nerves
), œuvre parue l’année suivante, Siri Hustvedt réunit
des fragments autobiographiques
éclairés par ses recherches personnelles menées dans plusieurs domaines –
neurobiologie, psychiatrie, psychanalyse, littérature – pour comprendre
l’origine des tremblements, migraines et diverses manifestations neurologiques qu’elle a subies pendant cinquante
ans. C’est le tremblement qui l’a saisie en 2006, alors qu’elle entamait un
discours sur son père mort deux années auparavant qui fut l’évènement
déclencheur de l’essai. L’auteure y étudie notamment les liens entre corps et
esprit, maladie et geste créateur ; elle se penche sur la souffrance,
l’angoisse, les états-limites, les
expériences de dissociation, bref, les mystères
du moi
.

2011 : Mia, la protagoniste d’Un été sans les hommes (The Summer Without Men), suite à
l’infidélité de son mari, un neuroscientifique, connaît une dépression et un
séjour en hôpital psychiatrique. Quand elle en sort elle tente de retrouver
goût à la vie en quittant Brooklyn et en retournant vivre dans le Minnesota où habite sa mère. Là, elle
fréquente de nombreuses femmes, à divers
âges de la vie 
: un groupe de joyeuses octogénaires entourant sa mère,
sept adolescentes qu’elle initie à la poésie dans le cadre du cercle artistique
local, ainsi qu’une voisine un peu paumée au mari instable.

2014 : Un monde flamboyant (The
Blazing World
) présente un nouveau portrait de femme, réalisé cette fois-ci
après sa mort par un professeur d’esthétique menant une minutieuse enquête. Celui-ci parvient à reconstituer le personnage
d’Harriet Burden, une artiste
plasticienne
de presque deux mètres, d’allure masculine, surnommée Harry, qui
a vécu sa vie durant dans l’ombre de son mari, un célèbre marchand d’art, et qui
a organisé, après la mort de celui-ci, se sentant libérée, plusieurs
expositions en se servant d’hommes de paille, afin de tester la réception réservée à son art. Ce portrait est rendu possible par
le témoignage de proches, de galeristes, du psychiatre d’Harriet, ainsi que par
l’étude de carnets auxquels celle-ci livrait ses réflexions philosophico-psychanalytiques.

 

Éléments sur l’art de Siri
Hustvedt

 

Les romans de Siri Hustvedt se distinguent par
leur complexité, leurs intrigues et leur matière touffues, alternant parcours des personnages, dont la
psychologie est soigneusement analysée, et réflexions diverses. Celles-ci
portent souvent sur l’art, notamment
contemporain, et font écho à une
passion de l’écrivaine qui se reflète dans ses multiples publications dans ce
domaine, depuis Vermeer’s Annunciation, essai paru en 1996, jusqu’à Anselm Kiefer: The Truth is Aways Gray (2013),
en passant par Goya’s Body: The Living,
the Dead, and the Ghostly
(2005). Ses intérêts multiples débordent donc
largement le domaine de la littérature et l’on peut dire que même si l’on a
tendance à rapprocher les histoires de Siri Hustvedt et certains de ses thèmes
fétiches des romans de Paul Auster, l’écrivaine a su faire entendre une voix originale, transdisciplinaire – elle est notamment fascinée par les neurosciences, la psychiatrie, la
psychanalyse –, et donc distincte de celle de son célèbre mari.

 

 

« Rien n’est répété exactement, même les mots, parce que
quelque chose a changé dans celui qui parle et dans celui qui écoute, parce
qu’une fois les mots dits et puis redits et redits encore, la répétition
elle-même les altère. »

 

Siri Hustvedt, Un été sans les hommes, 2011

 

« Je ne crois pas
qu’elle aurait pu se faire accepter des marchands et des collectionneurs –
encore que, qui sait ? Ils peuvent s’habituer à n’importe quoi, si c’est
bien vendu. Mais, auraient-ils pu la vendre, elle, sans remodelage ? J’en
doute. Elle était trop excitée. Elle citait Freud, grosse erreur – charlatan
colossal – ainsi que des romanciers, des artistes et des savants dont personne
n’avait jamais entendu parler. Elle débordait de sérieux. S’il y a une chose
qui ne marche pas dans le monde de l’art, c’est l’excès de sincérité. »

 

Siri Hustvedt, Un monde flamboyant, 2014

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