Un secret

par

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Philippe Grimbert

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres

 

1948 : Philippe Grimbert naît à Paris. Son enfance quelque peu
troublée par les fantômes du passé familial et d’un grand frère mort avant sa
naissance sera racontée dans Un secret. Il fait d’abord des études de psychologie à Nanterre, où il connaît
Mai 68, et c’est suite à une analyse
lacanienne
d’une dizaine d’années qu’il devient psychanalyste. En parallèle de sa pratique privée en cabinet, il assure
des vacations dans deux instituts
médico-éducatifs
(IME) des Hauts-de-Seine, à Asnières et Saint-Cloud, où il
travaille auprès d’adolescents atteints de troubles psychiatriques. Au cours de
sa carrière de psychothérapeute il s’est particulièrement intéressé à l’autisme.

1996 : La
carrière éditoriale de Philippe Grimbert commence avec un essai, Psychanalyse de la chanson, dans lequel l’auteur s’intéresse au
phénomène musical de plusieurs façons : sous l’aspect du rapport intime,
émotif, que chacun entretient avec un air, des paroles, mais aussi sous l’angle
de la relation idolâtre qui s’établit entre une vedette et un fan. Plus généralement,
l’œuvre étudie l’importance de la chanson dans la vie humaine.

1999 : Nouvel
essai, le titre de Pas de fumée sans Freud : psychanalyse du fumeur signale
assez son contenu. Grimbert se penche sur le rapport que le père de la psychanalyse
entretenait lui-même avec ses cigares, addiction indispensable à sa pensée
affirmait-il, qui causa sa perte, étudiée notamment à travers sa correspondance.
Grimbert analyse Freud en lacanien ici, et fumeur lui-même, il termine de façon
surprenante son ouvrage sur un éloge
de la pratique tabagique.

2001 : La Petite Robe de Paul est la première œuvre de fiction
publiée par Philippe Grimbert. L’achat impulsif d’une robe blanche, taille six
ans, par Paul, cinquante ans, pour un motif obscur – il ne connaît pas de
fillette de cet âge –, devient prétexte à une plongée au cœur de son couple, qui s’avère superficiellement uni, grevé de non-dits, et au sein duquel surgissent
alors de vieux fantômes issus de secrets de famille qui l’amènent au
bord du gouffre. Il est notamment question de deuil et de trahison
il est par exemple montré comment le trahi préfère parfois ignorer, élaborer
des scénarios inquiétants, plutôt que simplement interroger pour connaître la
vérité.

Le titre de l’essai Évitez le divan : petit manuel à l’usage de ceux qui tiennent à
leurs symptômes
, paru la même année, prend la forme d’un contrepied.
Sous prétexte d’inviter à cultiver ses symptômes de façon à en faire des
atouts, l’auteur incite en creux à pousser la porte d’un thérapeute. Avec ironie et humour, l’essai permet de dédramatiser certaines situations et d’initier
au passage à quelques principes de psychanalyse.

2002 : Dans Chantons sous la psy,
Philippe Grimbert réunit une nouvelle fois son amour de la chanson et sa
passion pour la psychanalyse. Sa thèse est que comme les lapsus et les rêves,
les hits, les chansons qui
parviennent à toucher le public, révèlent
en réalité une part d’inconscient.
Il s’agit donc littéralement d’une psychanalyse
appliquée aux chansons
, propre à mettre au jour leur message latent. Ainsi Grimbert passe-t-il en revue des titres de Charles
Trenet, Mistinguett, Gainsbourg, mais il verse aussi dans les explications théoriques concernant la
pensée de Freud et de Lacan.

2004 : Dans le roman Un secret, qui a révélé Philippe
Grimbert au grand public, et qui a notamment remporté le prix Goncourt des
lycéens et le prix des Lectrices de Elle, l’auteur revient sur une enfance
étrange peuplée des fantômes de secrets de
famille
pour le moins originaux. En effet [attention spoiler], ses parents
lui ont toujours caché que chacun avait été marié avec le frère et la sœur de
l’autre, et que son père avait eu avant la naissance de Philippe un enfant,
mort avec sa mère à Auschwitz. De même, il avait appris sur le tard l’origine
juive de la famille. Mais tout cela, étrangement, avant qu’on le lui révèle, il
l’avait intuitivement deviné à
certains signes. Le roman est ainsi bâti : d’abord est évoquée l’existence
dans le non-dit et les doutes, puis la révélation, qui apparaît comme une
fiction, mais qui est une histoire réelle. L’adaptation cinématographique par
Claude Miller sortie en salle en 2007 avec Patrick Bruel, Cécile de France et
Ludivine Sagnier dans les rôles principaux, rencontrera un certain succès.

2009 : Le troisième roman de Philippe Grimbert, La Mauvaise rencontre, est
l’histoire d’une amitié quasi fusionnelle entre Loup, le narrateur, et Mando,
qui s’éloignent cependant après le lycée, le premier se dirigeant vers l’étude
de la psychanalyse, le second vers le droit et l’économie. Il s’agit de l’étude
de ce qui lézarde leurs liens, mais aussi de ce qui pouvait annoncer cette
séparation, des signes préalables. La fin de l’ouvrage repose sur la révélation
d’un mystère qui couvait et se trouve le lieu d’un véritable suspense psychologique. Il est à
nouveau question de deuil, de la fidélité et de ses manquements, de la responsabilité que chacun endosse
vis-à-vis de ses proches.

2011 : Dans Un garçon singulier, Grimbert mêle sa passion de la
psychanalyse et son intérêt pour l’autisme à travers l’histoire de Louis, un jeune
homme flottant dans ses études et qui, répondant à une petite annonce, se
retrouve un été dans la station balnéaire de ses vacances d’enfant, à aider
« un garçon singulier », Iannis, un adolescent autiste de seize ans. Entre les souvenirs de son enfance
qui resurgissent, les difficultés rencontrées avec la mère d’Illian et
l’attachement progressif qui le noue à son nouvel ami, le lecteur assiste au murissement de Louis et au développement de son sentiment de responsabilité. L’ouvrage
fonctionne également comme une initiation
plutôt poussée aux divers symptômes de
l’autisme
et aux problématiques qui entourent cette pathologie dont
l’auteur est devenu d’une certaine façon spécialiste.

2014 : Le roman Nom de Dieu ! raconte l’histoire quelque peu loufoque d’un homme bousculé dans sa foi.
Baptiste, père de famille, cadre dans une usine de bonbons, catholique fervent,
s’adonne à des activités caritatives quasiment tous les soirs. Quand son épouse
trouve un nouveau confesseur en un psychothérapeute, c’est le début du drame. Cette
vie plan-plan ne convenait guère à madame qui, émoustillée par ce nouvel homme
dans sa vie, demande le divorce. Baptiste découvre alors un monde cruel qui
vient percuter de plein fouet sa foi. La comédie
se veut grinçante, mais la façon
caricaturale d’aborder la religion et l’abondance de clichés déçoivent
jusqu’aux lecteurs fidèles du romancier-psychanalyste.

2015 : Avec Rudik, l’autre Noureev, Philippe Grimbert retourne sur les pas d’un géant de la danse, Rudolf
Noureev (1938-1993), lequel, après être retourné en URSS, pays qu’il avait
quitté en 1961 pour fuir le KGB, où il venait de retrouver avec sa mère-patrie
sa mère mourante, avait requis de retour en France l’aide du psychanalyste du
Tout-Paris Tristan Feller. Celui-ci
avait été grandement déstabilisé par la personnalité
hors du commun
du danseur, et une étrange relation s’était nouée entre les
deux hommes, qui avait fait franchir au thérapeute les frontières de la
déontologie. Il y est question d’une mère qui ne reconnaît pas son fils après
un quart de siècle de séparation, d’un père qui n’a jamais accepté sa vocation
de danseur, et de la personnalité exceptionnelle
d’un génie
, dominateur,
autoritaire, séducteur, en quête constante de reconnaissance.

 

 

« Fils unique, j’ai longtemps eu un frère. Il fallait me croire
sur parole quand je servais cette fable à mes relations de vacances, à mes amis
de passage. J’avais un frère. Plus beau, plus fort. Un frère aîné, glorieux,
invisible. »

 

Philippe Grimbert, Un secret, 2004

 

« Dans le lit une forme
se devinait, entortillée dans les couvertures. Iannis dormait en position fœtale,
deux doigts enfoncés dans la bouche et je ne distinguais de lui qu’un profil
délicat découpé sur l’oreiller. Une pointe du col de son pyjama masquait sa
joue et seul un pli très marqué entre ses sourcils indiquait une tension que le
sommeil même ne pouvait apaiser. Je fus saisi par la beauté de ce visage
auréolé d’une masse de cheveux blonds, par la longueur de ses cils et la ligne
de son nez, quand je m’attendais à un faciès déformé par les troubles
psychiques. »

 

Philippe Grimbert, Un garçon singulier, 2011

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