Une saison au Congo

par

Acte I

L’acte I débute dans un quartier africain de Léopoldville. Un bonimenteur incite les indigènes à acheter de la bière, du Polar plus précisément. Deux policiers belges les regardent et discutent avec appréhension. Ils évoquent Patrice Lumumba comme un contrevenant fiché par les autorités.

Dans un bar, un joueur de sanza déclare que le gouvernement belge est en colère car il a été touché ; les Congolais ne doivent plus avoir peur de ce gouvernement affaibli. D’autres personnages discutent lorsqu’entre Mokutu, un homme vêtu à l’européenne. Il vient annoncer que Patrice Lumumba a été arrêté et transféré à la prison d’Élisabethville, et il ajoute qu’il est dommage que les politiciens congolais soient attablés à Bruxelles avec les colons pour discuter du sort de leur pays alors que Lumumba est emprisonné. Il incite les autres à agir pour le libérer. Deux femmes font des propositions qui sont rejetées par la Mama Makosi (« femme puissante » en congolais). Elle propose aux autres de travailler dur pour lever les fonds nécessaires au paiement de la caution du détenu. Mokutu encourage l’action tant qu’elle est en faveur de Lumumba. Il se retire. Le joueur de sanza entonne un chant de guerre qui est repris par les autres personnages.

À la prison d’Élisabethville, Lumumba est menacé par deux geôliers. Cependant, l’arrivée du directeur met fin à leur barbarie. Il vient annoncer la libération du détenu. Lumumba, président du M. N. C. (Mouvement national congolais), est attendu aux travaux de la table ronde à Bruxelles. Le directeur de la prison l’appelle Excellence et lui souhaite un bon voyage. Le joueur de sanza incite à rester vigilants, car un air de changement souffle sur le Congo.

Dans la scène suivante, quatre banquiers sont catastrophés car ils viennent d’apprendre que grâce à l’intervention de Lumumba, le gouvernement belge a retenu la date du 30 juin 1960 comme jour de l’indépendance du Congo. Les banquiers pensent que cet avènement met leurs acquis à mal. Après un bref échange, ils finissent tous par se réjouir.

À Léopoldville, la foule est en liesse, on célèbre l’avènement de l’indépendance (Dipenda en congolais). Une dispute tribale survient entre Mukongo et Mungala. Le joueur de sanza s’interpose. Puis deux buveurs se querellent à propos de la meilleure marque de bière. Une fois de plus, le joueur de sanza intervient et après avoir réussi à calmer tout le monde, il porte un toast à la paix, au Congo ; tous les autres l’imitent et entonnent ensemble le célèbre chant Indépendance Chacha.

C’est le jour de l’indépendance. Basilio, le roi des Belges, est venu en personne la proclamer. Il pense que le travail des missionnaires et des Belges a permis de civiliser les nègres congolais et qu’ils pourraient être capables de s’en sortir. Le général Massens, lui, pense que ce sera un échec. Kala-Lubu, le président de la République du Congo, exprime à son Premier ministre, Patrice Lumumba, son désir de voir cette cérémonie se dérouler sans écart. Après les cris d’acclamation et d’enthousiasme du peuple congolais, Basilio prend la parole et les encourage tous à bien gérer leur pays. Il assure que la Belgique sera toujours prête à leur apporter de l’aide. Après lui, c’est au tour de Kala-Lubu de prendre la parole. Il remercie tout d’abord Basilio et encourage son peuple à travailler en alliant tradition et civilisation. À la fin de son discours, les applaudissements sont mitigés. Puis vient Lumumba. Son allocution est corrosive. Il rappelle la misère que le colon a fait vivre aux Congolais dans leur pays et incite ses concitoyens à puiser de l’énergie dans leurs blessures afin de reconstruire leur nation.

Alors que Lumumba retourne dans son fief, le joueur de sanza et Mokutu lui reprochent sa grande causticité. Mais Lumumba se montre satisfait d’avoir été la voix des sans-voix et d’avoir osé proclamer tout haut des non-dits. S’ils sont vraiment ses amis et s’ils aiment vraiment le Congo, ils ne peuvent qu’être d’accord avec lui. Ils approuvent finalement son discours et tous se retirent, accompagnés par le chant du joueur de sanza.

Cinq banquiers, que l’allocution de Lumumba avait jetés dans la torpeur et qui semblaient décider à s’en aller, se ravisent. Ils pensent que toutes les richesses minières du pays seront gérées de manière anarchique et cette situation leur permettra de s’enrichir. Dans une boîte de nuit, dite Le Club de l’élite, une femme encourage les Congolais à travailler pour bâtir une nation plus forte. Une autre voix s’élève et incite le peuple à revendiquer ses droits. Des soldats ivres prônent le renversement des politiciens, de Lumumba.

Entretemps, ce dernier se plaint de l’incompétence de ses collaborateurs et du personnel. M’Polo le prévient alors de l’arrivée des soldats qui réclament sa mort. Il lui demande de les laisser entrer. Il répond à leur exigence notamment en les rassurant et en nommant Mokutu général. Il parvient à les raisonner et ils promettent de protéger le Congo contre tous. Le joueur de sanza entonne un nouveau chant. Des réfugiés blancs dont Basilio et le général Massens sont retranchés dans un immeuble cerné par les troupes congolaises. Massens rappelle à Basilio sa mise en garde et il pense qu’il faut recourir aux armes. Basilio se laisse facilement convaincre ; la guerre est déclarée.

La scène suivante se déroule dans le ciel d’Élisabethville. L’avion où se trouvent Lumumba et Kala-Lubu tente d’atterrir mais les autorités katangaises (du Katanga, province du Congo dont les dirigeants demeurent réfractaires à Kala-Lubu) leur refusent l’accès. Lumumba lance mille jurons et demande au pilote de les amener à Moscou afin qu’ils y achètent des armes.

Plus tard Lumumba se trouve au parlement de Léopoldville. Sénateurs et députés se plaignent de sa conduite ainsi que de celle du président. Prenant la parole, il souligne le fait que le jour même, 11 juillet 1960, Tzumbi, aidé par M’Siri, a proclamé l’indépendance du Katanga, la province la plus riche du Congo ; puis il ajoute que les voyages inopinés qu’on lui reproche sont largement insuffisants étant donné que depuis le jour de l’indépendance, l’ancien colon, la Belgique, s’est laborieusement employé à mettre en péril la nouvelle république. Il pense que l’arrivée imminente de Hammarskjöld, secrétaire général de l’O. N. U., est porteuse d’espoir, car l’homme impartial qu’il est pourra faire justice. Il encourage ses collaborateurs à se battre pour cette indépendance si chèrement acquise. À la fin de son propos, tous semblent décider à lutter pour défendre leur Dipenda. Après un chant du joueur de sanza, l’attention est portée sur Hammarskjöld qui vient d’arriver au Congo. Après avoir demandé à ses collaborateurs de travailler avec grand soin dans le cadre de cette mission capitale, il s’adresse aux dirigeants et au peuple congolais. Il se décrit comme un homme « neutre » venu les aider à recouvrer paix et justice. Au milieu des chants du peuple, « l’ambassadeur Grand Occidental » s’avance pour mettre en garde Lumumba et son gouvernement, puis il se présente comme « le pompier » venu au Congo pour éteindre le feu allumé par le communisme russe.

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