Une saison au Congo

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Acte III

Le troisième et dernier acte s’ouvre sur une cellule de prison,au camp Hardy à Thysville. M’Polo, Okiti et Lumumba s’y trouvent, ils sont trèsmal installés. Le joueur de sanza chante. Lumumba, endormi, fait un cauchemarpuis se réveille. Ses deux compères le plaignent. Apparemment, il fait toujoursle même cauchemar dans lequel il est assailli de toutes parts et se batviolemment. Il pense que bientôt le pouvoir leur reviendra, car Mokutu, en lesacrifiant, n’a pas obtenu le résultat escompté ; les choses sedésagrègent même dans le pays. Ses deux compagnons sont moins optimistes. Lumumbapaie à boire aux geôliers et leur parle de l’état des choses dans le pays, deuxmois après l’obtention de l’indépendance. Les deux geôliers, des soldats ducamp Hardy, se disent fatigués de la gouvernance de Mokutu. Ils ouvrent lesportes de la cellule, libèrent Lumumba et le portent en triomphe.

Lumumba se rend au bar du premier acte et décide d’y rétablirson quartier général. La Mama Makosi, la foule et le joueur de sanza luiapportent leur soutien. Son épouse arrive. Elle se montre heureuse car ellepensait l’avoir perdu ; elle pense néanmoins qu’il devrait s’enfuir. Ilrejette cette proposition et l’envoie à Brazzaville avec pour mission derencontrer un certain Luis à qui elle doit relater les derniers évènements. Ilse prépare à parler aux journalistes qu’il a convoqués puis les entretient deson désir de mettre fin aux guerres civiles, leur demande de présenter le Congocomme un état souverain à la « neutralitépositive » ; le Congo veut considérer les pays occidentaux commedes amis et ne pas être leur sujet. Lumumba compte rétablir l’autorité del’État, usurpée par Mokutu. Un journaliste lui demande si sa présentation desfaits n’est pas utopique et s’il a le pouvoir de tenir ces promesses. Lumumbaaffirme être le Premier ministre à qui le peuple et le Parlement fontconfiance. Il demande aux journalistes de faire simplement leur métier, celuide « renseigner et d’informer […] de manière probe et honnête ».

Kala et Mokutu, accompagnés de soldats, arrivent au bar.M’Polo demande à Lumumba de laisser agir la foule qui est de leur côté. Ilrefuse et prône la non-violence, il ne veut plus voir couler le sang de sesconcitoyens et il est prêt à périr comme Gandhi. Kala fait vider le bar. Ilpropose à Lumumba d’entrer dans le gouvernement d’Iléo au poste de son choix.Lumumba rejette son offre, car il refuse de travailler avec des traîtres et delégitimer un gouvernement dont il n’approuve pas la politique. Mokutu l’arrête.

La scène suivante se déroule au siège du gouvernement katangais(le C. S. K.), à Élisabethville, constitué de Tzumbi, Zimbwé, Travéléet M’Siri, qui réclame à Mokutu la tête de Lumumba. Mokutu s’est rendu àÉlisabethville pour réclamer au C. S. K. de mettre fin à lasécession, car il a rempli sa part du marché – sûrement officieux – qu’ils avaientconclu, et il est surpris qu’à présent le C. S. K. poursuive nonseulement la sécession, mais réclame aussi l’indépendance du Katanga. Lesmembres du C. S. K. lui demandent de transférer Lumumba de Léopoldville à Élisabethville.Mokutu essaie de leur expliquer que le prisonnier ne constitue plus un danger.

Pendant ce temps à New York Hammarskjöld discute avecMatthew Cordelier, un responsable américain. Il lui apprend le transfert deLumumba de Léopoldville vers le Katanga. Il s’inquiète pour lui. La réaction deCordelier lui fait comprendre que son collaborateur est loin d’être impartial,que c’est lui qui a empêché Lumumba d’accéder à la radio pour se défendre alorsque ses persécuteurs le calomniaient ; que c’est encore lui qui l’a coupédu monde en lui refusant un avion pour se rendre au Katanga tandis queplusieurs avions belges y atterrissaient chaque jour. Hammarskjöld ouvre àprésent les yeux et se décide à ne pas en rester là.

Au Katanga, un mercenaire blanc s’entraîne à tirer sur unmannequin noir. Il abat Okito et M’Polo ; M’Siri lui apporte Lumumba. Ille frappe au visage. M’Siri arrache la baïonnette au mercenaire et s’adresse àLumumba. Il le confronte et compte bien être témoin de sa prétendueinvulnérabilité. Lumumba lui explique que son invulnérabilité c’est l’espérancede l’Afrique et que son cœur c’est un « dur noyau, […] l’honneur del’Afrique ! ». M’Siri lui enfonce la lame de la baïonnette dansle cœur, Lumumba tombe et le mercenaire l’achève d’une balle. Plus loin, lesbanquiers, Kala, Tzumbi, Mokutu et Hammarskjöld observent, statiques. PaulineLumumba arrive et le haut-parleur se fait entendre. Puis, le joueur de sanzaapproche, vêtu en sorcier. Hammarskjöld s’exprime ; il regrette l’anarchieet l’incohérence qui règnera à présent au Congo, puis il se retire. Un banquierprend la parole ; il est heureux de pouvoir souligner qu’eux, banquiers,ne sont pas responsables du crime auquel ils viennent d’assister, puis il s’enva à son tour. Tzumbi pense qu’on lui imputera tous les torts et il s’en va.Kala, lui, regrette que personne ne respecte ses ordres et il s’en va aussi.Mokutu regrette l’assassinat de Lumumba et dit ne pas être au courant de la finque les Katangais lui réservaient.

La scène suivante se déroule à Kinshasa, dans le cabinet deMokutu. Il discute avec ses ministres. Il demande à l’un d’eux de s’assurer quela communauté internationale soit informée que le Congo a un dirigeant. On està présent en juillet 1966, le jour anniversaire de l’indépendance. Une femmeacclame Mokutu tandis que la Mama Makosi crie « Uhura Lumumba ! ».Le joueur de sanza chante. Le général Mokutu prend la parole. Il célèbreLumumba et décide qu’une statue sera érigée en sa mémoire et que le plus beauboulevard du pays portera son nom. Le peuple exulte et acclame Lumumbal’immortel. Subitement, Mokutu, sûrement vexé de constater l’amourinconditionnel que le peuple attache à Lumumba, ou plutôt à sa mémoire, demandeaux soldats de tirer. Ils s’exécutent et tirent sur la foule. De nombreusespersonnes sont tuées dont le joueur de sanza. Mokutu se retire avec son état-major.

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