Une saison au Congo

par

La négritude

De manière générale, la négritude est l’ensemble des valeurs culturelles et spirituelles du peuple noir. C’est la prise de conscience de l'appartenance à cette culture spécifique ; la négritude implique la renaissance de la culture noire, la dénonciation, la revendication, et un élan libérateur. C’est un mouvement afro-caribéen, un courant philosophique qui vient restaurer l’image du noir et la débarrasser de toute sorte de préjugés impérialistes dans un contexte marqué à l’époque par le racisme. Ce terme est apparu peu avant 1935, notamment sous la plume de Léopold Sédar Senghor et d'Aimé Césaire. Ce dernier est l’auteur de la pièce qui nous intéresse ici. Dans notre corpus, la négritude est partout présente ; d’abord grâce aux champs linguistique et sémantique très vastes (terminologie qui rappelle l’Afrique : Sanza, Mama Makosi, jikita, jibula, Ata-ndele, pamba, dipenda…) et ensuite à travers des personnages très charismatiques. En effet, dès le début de la pièce, le joueur de sanza, l’un des personnages-clés de notre pièce rappelle la culture noire : le sanza est un instrument de musique constitué d’une caisse sur laquelle sont fixées des languettes que l’on pince avec les doigts. Le joueur de sanza est donc comparable à un griot des temps modernes, qui ponctue la diégèse par des chants porteurs d’un message qui évoluant avec l’intrigue. Son premier chant fait référence à la crainte que Patrice Lumumba inspire aux Belges. Il compare les Belges à un buffle blessé dont les Congolais ne doivent plus avoir peur : « Le buffle a la marche lourde, la marche lourde, […] Si, vous la voyez, n’ayez pas peur de cette marche lourde. » (p.14).

Patrice Lumumba, dont nous parlerons de manière plus détaillée dans la deuxième partie de cette analyse, représente la libération non pas seulement des Congolais, mais de tout le peuple noir. Il est l’élément le plus représentatif de la négritude dans notre corpus. Le seul à cette époque dans son pays qui arrive à parler sans sourciller à l’ « homme blanc » et à être craint par ce dernier. L’arrestation de Lumumba n’est donc pas une surprise et c’est encore le joueur de sanza qui appelle le peuple à la rébellion. Il leur demande de se soulever comme un seul homme pour libérer Lumumba : « Vienne le temps des pluies, viendra le temps des guerres, le temps du sang rouge […] Bientôt tombera le buffle […] la liberté est pour demain. » (p.17-18). Le lecteur est de nouveau confronté à cette métaphore de la libération, une notion caractéristique de la négritude.

Un autre personnage qui rappelle aisément le thème de la négritude, c’est La Revendication, une personnification qui intervient principalement à la septième scène du premier acte : « Réveillez, réveillez-vous Congolais. Fermez l’oreille au bourrage de crâne ! Sortez de vos trous, de vos ateliers, de vos usines ! Mais pour revendiquer, et pour exiger ! L’indépendance ne doit être un mot vide. ». Le message est clair, les Congolais doivent demander une indépendance véritable, non pas celle que pourrait offrir des pantins des Belges positionnés aux postes clés pour poursuivre le pillage et l’asservissement des Congolais, mais une indépendance où les petites gens cessent d’être avili pour être LIBRES. Cette liberté, un homme est prêt à tout pour que l’Afrique l’obtienne. Il s’agit de Patrice Lumumba.

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