Une saison au Congo

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Aimé Césaire

Aimé Fernand David Césaire, dit Aimé Césaire, est né en 1913 à
Basse-Pointe, dans le Nord-est de la Martinique, et il est mort en 2008 à
Fort-de-France, sur la côte ouest de l’île. Poète, essayiste, dramaturge et
politicien français d’origine martiniquaise, il est l’un des pionniers du
mouvement littéraire de la négritude. Anticolonialiste déterminé, il adresse
dans ses œuvres un avertissement aux pays accédant à l’indépendance. Ses textes
majeurs sont Cahier d’un retour au pays
natal
, apparenté à un long poème, et la pièce de théâtre La Tragédie du roi Christophe.

Césaire est issu d’une famille modeste mais éduquée comptant sept
enfants – son père est un petit fonctionnaire et sa mère couturière. Très tôt,
sa grand-mère lui apprend, ainsi qu’à ses frères, à lire et à écrire. Son
parcours exemplaire au lycée Schœlcher de Fort-de-France lui vaut une bourse
d’étude du gouvernement français. Il poursuit donc ses études secondaires au
lycée Louis-le-Grand à Paris. Il y rencontre le Sénégalais Léopold Sédar
Senghor avec qui il se lie d’amitié.

En septembre 1934, ils fondent ensemble la revue L’Étudiant noir. À leurs côtés, on retrouve Léon Gontran Damas,
Guyanais et ami de Césaire depuis le lycée Schœlcher, ainsi que le Sénégalais
Birago Diop. La revue est le fruit d’une prise de conscience de leur statut de
colonisés ainsi que de la situation déplorable dans laquelle se trouvent leurs
compatriotes antillais ou africains. C’est dans cette revue que Césaire utilise
le terme « négritude » pour la première fois. Ce mot qu’il a forgé
est pour le jeune homme lourd de sens : c’est le refus de l’assimilation à
la culture occidentale, la condamnation de la dépréciation de l’Afrique, le
rejet de l’oppression coloniale et par-dessus tout, la fierté d’être noir.
Seulement, la pensée négritudiste n’est pas exclusivement culturelle ou
raciale, elle se veut aussi politique. De fait, Césaire veut faire de son
concept la voix des sans voix, le soutien des opprimés.

En 1935, Césaire est admis à l’École Normale Supérieure et il commence
l’année suivante la rédaction de son Cahier d’un retour au pays natal. Il
s’agit du plus connu de tous ses ouvrages. Il prend la forme d’un long texte
mêlant versets amples, vers libres et prose, rythmé par des leitmotivs qui
aident à structurer un flot continu. Césaire s’y fait le héraut d’un peuple
sans voix, par le détour des propos racistes qu’il emprunte pour mieux les
dénoncer. Le poète s’apparente ainsi à Orphée, descendu aux enfers où règnent la
ségrégation et la mauvaise foi, d’où émerge finalement la fierté  inhérente à son statut de noir, seule issue
face à l’oppression raciale.

En 1937, Césaire épouse une étudiante martiniquaise et en 1939 ils retournent
ensemble en Martinique ; l’adolescent qui avait quitté Fort-de-France des
années auparavant laisse sa place à un agrégé de lettres. Il enseigne avec sa
femme au Lycée Schœlcher, théâtre de ses premiers émois littéraires. Il
dispensera des cours, très appréciés, pendant cinq ans en lycée.

Désappointé par la stagnation de l’univers culturel dans la région, le
couple Césaire fonde avec des amis en 1941 la revue Tropiques, qui propose une parole de résistance. Parmi les
collaborateurs de l’entreprise figurent René Menil (philosophe du courant
surréaliste, écrivain et essayiste martiniquais) et Aristide Maugée
(intellectuel martiniquais). Cette revue a pour but la promotion du patrimoine
culturel de l’île. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le fonctionnaire du
gouvernement de Vichy en place à Fort-de-France instaure une censure contre le
périodique, qui continuera malgré tout de paraître jusqu’en 1943. En ce
temps-là, André Breton, maître à penser des surréalistes, se rend en
Martinique. Séduit par la poésie de Césaire, il le rencontre en 1941 et les
deux hommes noueront une profonde amitié. En 1946, le recueil de poèmes
intitulé Les Armes miraculeuses
paraît chez Gallimard portant une préface d’André Breton. Il réunit une bonne
partie des textes publiés par le poète dans Tropiques. Cette
œuvre marque le début de l’appartenance de Césaire au courant surréaliste.
Malgré l’hétérogénéité des textes, on y perçoit tout d’abord la quête d’une
identité et une lutte contre les obstacles opposés à la conscience noire qui
rappellent le Cahier, notamment dans
les quatre poèmes qui ouvrent le recueil : « Les pur-sang »,
« Le Grand Midi », « Conquête de l’aube » et
« Batouque ». La seconde partie, où l’influence surréaliste se
ressent, n’a pas d’unité thématique et a été l’objet de nombreux remaniements.
Y apparaît donc un poète hésitant devant la structure, la chronologie et la
matière propres à architecturer son œuvre.

En 1944 l’attaché culturel de l’ambassade de France, le docteur
Mabille, invite Aimé Césaire à Haïti, « où la négritude se mit debout pour
la première fois » dit-il. Il y reste six mois et de cet épisode naissent
un essai historique, Toussaint Louverture,
la Révolution française et le problème colonial
, centré sur le personnage
historique éponyme (≈ 1743-1803), chef de la révolution haïtienne (1791-1802) et
héros de l’émancipation des Noirs ; et La Tragédie du Roi Christophe,
la deuxième œuvre la plus connue de Césaire, une pièce de théâtre inspirée
d’Henri Christophe, héros de l’indépendance. Elle est publiée en 1963 et
représentée dès l’année suivante au festival de Salzbourg. Le cadre en est
l’île au moment de son indépendance de 1806 à 1820, lorsque l’Empire est scindé
en deux entre la république du Nord, conduite par le mulâtre Piéton, et le
royaume noir dirigée par l’ancien esclave Christophe, qui se révèle mégalomane
et sanguinaire, un parent des autocrates qui ont sévi et sévissent dans
l’Afrique décolonisée. Le ton et l’atmosphère, entre scènes dramatiques et
passages burlesques, ont quelque chose du drame shakespearien. La pièce
connaîtra un grand succès, particulièrement en Afrique. Césaire reconnaît au
théâtre le mérite de toucher la masse des non-lecteurs, alors capable d’être
rapprochée de l’intellectuel révolutionnaire. Plusieurs de ses pièces, et de
plus en plus, montreront une volonté de pédagogie, perceptible notamment à
travers une simplification de son écriture.

Bien qu’il soit un passionné d’écriture, Césaire a également eu une
carrière politique chargée qui débute dès son retour à Fort-de-France. Il a en
effet occupé longtemps des postes à responsabilité. En 1945, alors qu’il n’a
que trente-deux ans, il est élu maire de Fort-de-France, affilié au Parti communiste
avec lequel il rompra en 1956 – il écrira notamment une Lettre à Maurice Thorez cette année-là, pointant l’idéal
d’assimilation de ses anciens amis et leur croyance en la supériorité du modèle
occidental. En 1946, il devient le député de la Martinique à l’Assemblée
nationale et le restera quarante-sept ans. La même année, il est l’instigateur
de la loi faisant de la Martinique, de la Guyane française, de la Guadeloupe et
de la Réunion des départements français. Il est conscient des améliorations que
ce statut de département peut apporter mais il n’en ignore pas pour autant le
risque d’aliénation culturelle.

Césaire vit dorénavant entre Fort-de-France et Paris. C’est en France
qu’il met sur pied la revue Présence
africaine
avec l’appui d’Alioune Diop, de Paul Niger et de Guy Tirolien.
Par la suite, la revue devient une maison d’édition prestigieuse qui a publié
notamment des travaux de Cheikh Anta Diop, et qui promeut encore jusqu’à ce
jour la richesse du monde culturel noir. Plusieurs des œuvres de Césaire y ont
également été publiées.

Au total, Césaire est l’auteur de quatorze œuvres, de recueils de
poésie, de pièces de théâtre ainsi que de plusieurs essais. Son travail a été
traduit dans de nombreuses langues.

Anticolonialiste résolu – son Discours
sur le colonialisme
de 1953, empreint d’un humour féroce, décrit la maladie
coloniale dont souffre selon lui l’Europe –, politicien accompli, écrivain de
génie, Aimé Césaire était surtout un linguiste chevronné qui dès son jeune âge
maniait fort bien la langue française. Son père disait d’ailleurs de l’enfant
« quand Aimé parle, la langue française sourit ». En 2011, Césaire
entre au Panthéon à travers une plaque accrochée en son hommage, le poète ayant
souhaité que son corps demeure sur l’île qui l’avait vu naître.

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