Une saison au Congo

par

Patrice Lumumba : Entre mythe et réalité

À la question : Patrice Lumumba dans Une saison au Congo, constitue-t-il un mythe ou une réalité ? Aimé Césaire apporte une réponse claire sur la quatrième de couverture de notre corpus :

« L'Afrique au temps du vertige des indépendances reconquises. Et d'un seul coup, tous les problèmes: révoltes, putschs, coups d'état. Chocs des civilisations, intrigues des politiciens, manœuvres des grandes puissances. Tout cela donnant libre cours dans le champ clos du sous-développement. De temps en temps, une grande et haute figure. Au Congo, celle de Patrice Lumumba. Homme politique. Sans doute, le seul du Congo et le plus grand de l’Afrique. C'est qu'il y a en lui du voyant et du poète. Homme d'imagination, toujours au-delà de la situation présente, et par là-même homme de foi, il est aussi l’homme d'Afrique, le muntu à la fois l’homme qui participe à la force vitale (le ngolo) et l’homme du verbe (le nommo). Aux prises avec les difficultés du monde moderne, le froid monde de la logique et des intérêts, il accomplit, en toute lucidité, son destin de victime et de héros. Vaincu mais aussi vainqueur. Se brisant contre les barreaux de la cage, mais aussi, y faisant brèche. À travers cet homme, homme que sa nature même semble désigner pour le mythe, toute l’histoire d'un continent et d'une humanité se joue de manière exemplaire et symbolique. N'était-ce pas suffisant pour que l’on tentât d'évoquer cette prestigieuse carrière? »

Mettons l’accent sur les deux dernières phrases de cette quatrième de couverture. En effet, la vie de Patrice Lumumba le destinait entièrement à devenir mythique. Par conséquent, sa vie trépidante de héros et de martyr, même relatée avec simplicité révélerait toujours une dimension presque démiurgique, irréelle. C’est d’ailleurs ce que nous devons comprendre lorsque l’auteur souligne que cette vie méritait qu’on « tente de l’évoquer ». Dès lors, le Patrice Lumumba de notre corpus embrasse la réalité de manière saisissante et nous plonge presque dans un récit historique magnifié sous la plume aux accents épiques d’Aimé Césaire. Un poète se glisse dans la peau d’un autre pour laisser éclater toute sa beauté, comme le révèle cette tirade pugnace de Lumumba qui court de la vingt-huitième à la vingt-neuvième page : « Moi, sire je pense aux oubliés. […] Congo ! Grand Temps ! et nous, ayant brûlé de l’année oripeaux et défroques, procédons de mon unanime pas jubilant dans le temps neuf ! Dans le solstice ! ». Toute la pensée, le message de Lumumba se trouve résumé dans cette tirade et une fois de plus, la renaissance caractéristique de la négritude est présente.

Comme nous l’avons souligné plus haut, Lumumba est l’élément emblématique de la négritude dans notre corpus. Seulement, la symbolique de Lumumba dans Une saison au Congo ne se limite pas là. En effet, Kala-Lubu révoque Lumumba car il craint ce dernier. C’est un personnage plus charismatique, plus adulé, plus aimé par le peuple. En causant sa perte, Kala-Lubu est loin de tempérer les ardeurs d’un peuple qui a déjà trouvé son héros. En agissant en traître, il précipite son pays dans le précipice. Il choisit de garder près de lui un ancien compagnon de Lumumba qui se prétendait son ami, Mokutu. Ce dernier est prompt à retourner sa veste. Par ailleurs, Lumumba ne se préoccupe pas que du Congo mais de l’Afrique, de tout le continent noir. Césaire semble le comparer dans sa dimension messianique au Christ lui-même. A propos du sort qui l'attend, Mokutu n’hésite pas à parler comme Ponce Pilate et à déclarer : « je m’en lave les mains !» (p.104). En le livrant aux Katangais, il feint de ne pas savoir ce qui va advenir de lui tout comme Ponce Pilate qui livre Jésus à la foule plutôt que de le libérer, feignant de ne pas savoir qu’elle le crucifierait. Par ailleurs, Hammarskjöld compare Lumumba au Christ quand il traite Cordelier d’ « Assassin du Christ !» (p.107) et ajoute que si ce dernier avait été à la crucifixion du Christ il aurait probablement été du côté des Romains. Lumumba, le martyr, meurt pour la cause qui lui est chère, l’Afrique. Seulement, même mort, son combat continue car Lumumba le héros, le muntu (« force vitale et verbe à la fois ») continue de vivre. Certes, Mokutu (personnage ne masquant qu'à une lettre près le dictateur Mobutu) assassine une partie de la foule mais il ne peut pas faire taire l’espérance d’une Afrique qui aujourd’hui encore a besoin de se reconstruire. L’Afrique a sans conteste besoin de personnes comme Lumumba, le combattant près à tout pour soutenir ses opinions, son message, et à sortir ses frères de l’obscurité.

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