Utopie

par

Résumé

Thomas More (sir), né le 7 février 1478 à Londres et mort le 6 juillet 1535 au même endroit, est un humaniste anglais. Fils d’un juge, il est né dans la Cité de Londres l’année où William Caxton imprime à Westminster le premier livre anglais. Il reçoit une solide éducation scolastique, apprend le latin et la rhétorique d’abord à Londres, puis à Oxford où il étudie Aristote et s’initie au grec. A partir de là, il entame une brillante carrière juridique et politique, qui depuis des études à l’école de droit de Lincoln’s Inn le conduira au barreau, puis au Conseil privé du Roi, au Parlement à plusieurs reprises, avant qu’il ne devienne chancelier du royaume. Il fait partie du courant de pensée humaniste né en Europe au 16° siècle et sera un grand ami d'Erasme avec qui il entretiendra une longue correspondance ainsi que des voyages. Sa mort sera provoquée par le roi qui le condamne pour l'avoir désavoué lors de son divorce. Il refuse que le roi s'arroge autant de pouvoirs au niveau de la religion (la religion catholique et le Pape interdisaient le divorce. Il sera alors décapité, comme un traitre au roi. Il sera réhabilité au 19° siècle.)

Thomas More publie son œuvre la plus connue et la plus importante, Utopie, en 1516.

Il faut d'emblée s'intéresser au titre du livre Utopie et à l'étymologie du mot: Utopia ou Utopie en français est un néologisme (un mot inventé) de More qui l'a formé de 2 mots grecs. Utopia vient de : « ou-topos », ce qui signifie un aucun lieu, c'est-à-dire nulle part, ou alors un lieu heureux. Eu : le bien, le fait d'être heureux. Ettopos : un endroit, un lieu particulier. Utopie serait donc un lieu imaginaire, qui n'existe pas mais où le bonheur et le bien existent et même règnent.

La description de l’île d’Utopie, avec son gouvernement démocratique, son mépris des richesses et son « communisme » où la propriété est abolie, est effectuée à travers le regard d’un voyageur imaginaire qui représente l’Angleterre du 16° siècle. Thomas More décide de donner à son récit une forme de dialogue entre deux personnes : un narrateur qui est allé sur Utopie lors d'un voyage : Raphaël Hythlodée qui est une sorte d'explorateur, figure importante du début de ce siècle et un ami qui lui pose des questions sur ce voyage.

À travers cet explorateur imaginaire, Thomas More fait passer son message : prôner la tolérance de tous les domaines (mœurs, religion) et la discipline des peuples pour servir au mieux la liberté. Il s’agit essentiellement, pour More, de critiquer les exagérations du règne d’Henri VIII de Plantagenêt.

 Il faut également noter que cet endroit, Utopia est une île : on retient deux choses : premièrement c'est une île comme le pays de T. More, l'Angleterre. Deuxièmement, que le fait que ce soit une île rend ce lieu encore plus inconnu et impossible à trouver sur une carte quelconque. Cela entretient ainsi le mystère à cette époque des grandes découvertes géographiques.

Si More écrit cet ouvrage pour transmettre ses idées, c'est qu'il voit bien les ravages qui se produisent dans son pays parmi les peuples. Il est ainsi un témoin de la misère sociale et des problèmes de ses compatriotes qui n'ont pas sa chance, celle d'avoir fait des études et d'être bien placé aux côtés du roi et de la société (même si cela lui vaudra également la mort) à l'époque du début du 16° siècle.

Par exemple il verra les enclosures : c'est le développement des grands élevages ovins (les moutons) par les riches propriétaires terriens sous le régime des Tudors. Il constate que la puissance naissante de l'industrie fait également la fortune de ces propriétaires agricoles, au détriment des petits éleveurs pauvres et de la collectivité qui avait l'habitude de travailler en coopérant tous ensemble. Beaucoup de petits propriétaires ont dû vendre leur terre à cause de la concurrence qui ne leur permettait plus de survivre et se retrouvent sans rien, avec peu d'argent : cela se traduira dans son œuvre par cette phrase d'un utopien adressée à Raphaël : « Vos moutons si doux, si faciles à nourrir de peu de chose, mais qui, à ce qu'on m'a dit, commencent à être si gourmands et si indomptables qu'ils dévorent même les hommes », montrant que le commerce de ses animaux a entrainé la misère chez beaucoup de gens.

C'est cela que l'auteur désire dénoncer dans la 1° partie de son œuvre : il formulera d'ailleurs sa critique ainsi  « On se trompe en pensant que la misère du peuple est une garantie de paix, car où y a-t-il plus de querelles que parmi les mendiants ? ». Il montre que la misère entraine les tensions et vice versa, ce qui crée un cercle vicieux.

La seconde partie de l'œuvre est plus axée sur la description de son lieu imaginaire, de son île d'Utopie. L’île est gouvernée par un prince assisté d’assemblées élues qui surveillent et contrôlent le pouvoir. Les lois et les questions d’intérêt général sont débattues en assemblée, l’idée même d’une consultation référendaire existe : « Quelquefois même l’opinion de l’île entière est consultée ». Cette île est en tout différente de l'Angleterre dans laquelle il vivait : par exemple l'économie utopienne donc de cette île repose avant tout sur la collectivisation des moyens de production et l'absence d'échanges marchands avec du profit : ainsi, pas de propriété démesurée ni d'écart de richesse. L'autre originalité est que cette île, comptant environ 50 villes différentes se gère et échange les biens sans monnaie. Il oppose ainsi les échanges collectifs face au cumul des richesses présent en Angleterre, pour lui origine de tant de maux. Les élus de ces villes ont pour mission de faire des comparaisons entre les richesses échangées et ainsi pouvoir trouver les quantités qui se valent entre elles : leur philosophie est la suivante : chaque famille peut prendre tout ce dont elle a besoin pour vivre, et le prend sans payer ni compensation ou d'échange. Cela évite le cumul des biens, car dans ce monde d'abondance idéal, chacun prend juste ce qu'il lui faut, étant certain de trouver assez le lendemain en cas d'autre besoin. En cela, T. More critique les excès et les abus des riches de son pays, qui créent la misère de façon égoïste.

Le souci égalitaire se retrouve dans la tenue vestimentaire : « Les vêtements ont la même forme pour tous les habitants de l’île ; cette forme est invariable, elle distingue seulement l’homme de la femme, le célibat du mariage ». L’uniformité est encore une constante du monde utopique, établie par More. More précise, lui, dans la suite de son ouvrage que les vêtements qui peuvent « durer sept ans », sont essentiellement faits de peau ou de cuir, de toile ou de drap. Autre constante établie par More, la chasse à l’oisiveté : « La fonction principale et presque unique des syphograntes est de veiller à ce que personne ne se livre à l’oisiveté et à la paresse, et à ce que tout le monde exerce vaillamment son état. »

Même si les horaires sont curieux, More insiste sur l’éducation : « Tous les matins, des cours publics sont ouverts avant le lever du soleil. Le peuple y accourt en foule ; et chacun s’attache à la branche d’enseignement qui est le plus en rapport avec son industrie et ses goûts ». Enfin, les Utopiens de More sont vertueux : « Ils font de la musique ou se distraient par la conversation. Ils ne connaissent ni dés, ni cartes, ni aucun de ces jeux de hasard également sots et dangereux. »

Il s'oppose encore à son pays qui commerce énormément, une des plus grandes puissances maritimes à l'époque avec les pays Ibériques : Utopie ne vend au commerce international que ce qu'elle a en trop, et en profite pour mettre de l'or de côté, afin d'engager des mercenaires en cas de guerre : en effet elle n'a pas d'armée permanente, ce qui a aussi été reproché au roi d’Angleterre, et cela depuis la Magna Carta de 1215. More prône ainsi la paix. Pourtant, L’Utopie de More a également une face sombre. Les Utopiens  sont irrédentistes, s’ils sont trop à l’étroit dans leurs villes qui comptent arbitrairement 110 000 habitants, si les campagnes ne suffissent plus à nourrir les villes qui en dépendent, les Utopiens vont conquérir de nouvelles terres, bien qu’ils aient « la guerre en abomination, comme une chose brutalement animale ». Si les occupants des territoires conquis sont d’accord avec leur mode de vie, ils sont intégrés. Ils sont traités avec moins d’égards dans le cas contraire.

Un autre point de critique, et non des moindres est la liberté religieuse : en effet le roi Anglais devenu anglican pour pouvoir se marier après son divorce persécutait tous les catholiques contre lui dans son pays, ce qui déplaisait profondément à T. More. Les habitants d'Utopie reconnaissent qu'il y a une sorte de Dieu, et que les âmes sont immortelles. Mais ils n'imposent pas un dieu unique, ni religion d'état.

Enfin, à travers la présentation des mœurs des Utopiens, rigoureuses et naturelles, l'auteur critique le peu de morale de son pays et les dérives qu'il peut y voir : dissimulation d'argent et de preuves, la chasse à courre, les jeux de hasard qui plaisent tant au peuple et leur fait dépenser le peu qu'ils sont, la polygamie et l'adultère, ce qui est normal. De plus le divorce par consentement mutuel est toléré, ce qui s'avère être un clin d'œil à son roi et à la religion d'état catholique qui s'y refusait.

En présentant une société idéale selon lui, sur beaucoup de point diamétralement opposée à son Angleterre natale, il en fait la satire et reporte tout ce qui lui déplait en elle. Par son œuvre, More veut inciter à réforme sa patrie, montrant qu'une autre société est possible, sans non plus espérer que les consciences ne changent à ce point : il propose des changements qui pourraient être judicieux et qui iraient dans le bon sens, pour tous, autant le peuple que le roi.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Résumé >