Utopie

par

L’inégalité

A- La propriété individuelle comme cause de l’inégalité.

Dans le premier livre d’Utopie, l’inégalité est omniprésente. Elle est présentée comme cause de tous les maux minant les sociétés européennes de ce siècle. Cette inégalité selon l’auteur s’explique par la conscience suraigüe que chacun a de lui-même et la possibilité que lui donne le modèle social en vigueur de penser et planifier son enrichissement personnel. « Partout où la propriété est un droit individuel, où toutes choses se mesurent par l'argent, là on ne pourra jamais organiser la justice et la prospérité sociale, à moins que vous n'appeliez juste la société où ce qu'il y a de meilleur est le partage des plus méchants, et que vous n'estimiez parfaitement heureux l'État où la fortune publique se trouve la proie d'une poignée d'individus insatiables de jouissances, tandis que la masse est dévorée par la misère. » affirme-t-il. Cette assertion se justifie par le constat que la société devient donc un champ de bataille où chacun est en concurrence avec les autres. Cette concurrence est sauvage car sans arbitres, les lois ne servent en effet qu’à sanctionner les crimes, non à les prévenir. Aussi, un individu tombé dans l’indigence du fait de manœuvres malhonnêtes de plusieurs autres, qui pour survivre est contraint à voler est envoyé en prison et/ou à la potence. D’après More, cette lutte pour la propriété individuelle va crescendo jusqu’aux plus hautes sphères où l’enrichissement devient la norme et l’inhumanité et le vice des idéaux. Aussi le gouvernement n’est-il qu’une reproduction à l’échelle nationale de cet acharnement à l’enrichissement. Ainsi, les individus se battent, s’appauvrissent sous l’œil indifférent d’une justice laxiste en matière de prévention. L’Etat quand à lui, pour assurer les charges liées au prestige de ses membres ou leur avidité, invente des guerres et des tassent qui vident les poches des petites gens qui n’ont de destination alors que la misère et le crime. Commet-on un acte criminel que le gibet attend, dressé pour éradiquer. Plutôt que de corriger ce système néfaste, et de chercher à améliorer le criminel en vue de sa réinsertion, les dirigeants le laissent aller et élimine ainsi une bonne partie des énergies et potentialités qui auraient pu être consacrées au développement de la nation. Ce qui à l’échelle étatique est ce qu’est l’auto-cannibalisme à l’échelle individuelle.

B- La mal-organisation comme cause de l’inégalité.

Thomas More présente ici les inégalités auxquelles la société est confrontée, non comme le fait de la nature foncièrement mauvaise de l’homme (puisqu’il le prouvera dans le livre second, l’homme n’est que ce que sa société et son siècle en font), mais plutôt comme un résultant d’une mal-organisation sociale, ayant pour cause le choix par l’état de mauvaises priorités, de mauvaises méthodes de gouvernement et de mauvais gouvernants. Ainsi, pour lui, « La principale cause de la misère publique, c'est le nombre excessif des nobles, frelons oisifs qui se nourrissent de la sueur et du travail d'autrui, et qui font cultiver leurs terres, en rasant leurs fermiers jusqu'au vif, pour augmenter leurs revenus […] Ce qui n'est pas moins funeste, c'est qu'ils traînent à leur suite des troupeaux de valets fainéants, sans état et incapables de gagner leur vie. » D’après More, les dirigeants n’ont pas conscience de la mission qui est la leur : mener le peuple au bonheur. Ou alors, quand ils en ont conscience, ils ne souscrivent pas à ce mandat, optant plutôt pour des concepts comme la grandeur de l’état, ou le renforcement de l’autorité de ce dernier, ignorant superbement la composante fondamentale de cet état, qu’est l’individu, si ce n’est pour le tondre. La mal-organisation sociale étant donc la cause des dysfonctionnements constatés, il convient désormais de bien penser cette organisation. C’est pour cela que More écrit cet ouvrage afin de présenter sa vision de la société idéale, une société dont on a supprimé la propriété individuelle, où tous les individus assurent dans un cadre parfaitement régulé, le bien-être du groupe, et où le groupe par rétroaction assure également leur bien-être. Dans ce système utopique, les déviances sont corrigées non par la suppression de la source du dysfonctionnement, mais pas sa correction et sa réinsertion. Chaque vie est estimée à sa valeur et chaque individu consacre sa vie au service de l’Etat.

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