Utopie

par

Le rapport entre la philosophie et le pouvoir

Un autre thème abordé par More est relatif aux rapports entretenus par la philosophie avec le pouvoir.

A-     Le caractère inconciliable de la philosophie et du pouvoir

Se basant  sur une citation de Platon : «L'humanité sera heureuse un jour, quand les philosophes seront rois ou quand les rois seront philosophe.» énoncé par l’auteur pour l’inciter à mettre ses lumières au service des gouvernants afin que son expérience vécue en Utopie soit de quelque utilité au progrès, Raphael Hythloday s’y refuse en s’attachant à démontrer le caractère inconciliable de la philosophie et du pouvoir ou plutôt l’absence de conciliation possible entre la philosophie traditionnelle, anthropocentrique et dévouée au bonheur de l’Homme avec la philosophie du pouvoir. En effet, lorsque la première n’est que raison et désir du bonheur humain dans un cadre social qui permet son éclosion, le second n’est qu’intérêts. Intérêts individuels ou intérêts de l’état (comme conception abstraite et jamais comme somme des citoyens). Dans ce cadre où naissent toutes les iniquités, la vérité n’a que faire, apportant une lumière trop vive à des yeux qui ne voient que dans l’obscurité et des cœurs qui se complaisent dans les ténèbres. Les méandres de la raison d’état, n’offrent aucun passage à la vérité, la quête du bonheur et autres idéaux nobles de la philosophie et le philosophe gagnerait autant à aller se perdre en politique que le troglodyte de Platon à retourner dans sa caverne. Seul une mort certaine et une corruption morale l’attendent. More semble penser que la philosophie ne saurait être un auxiliaire actif du pouvoir. Aussi affirme-t-il que « Quand les sages voient la foule répandue dans les rues et sur les places, pendant une longue et forte pluie, ils crient à cette multitude insensée de rentrer au logis, pour se mettre à couvert. Et, si leur voix n'est pas entendue, ils ne descendent pas dans la rue pour se mouiller inutilement avec tout le monde ; ils restent chez eux, et se contentent d'être seuls à l'abri, puisqu'ils ne peuvent guérir la folie des autres. »

 

B-    Les alternatives de la philosophie face au pouvoir.

À l’accusation que le sage encourage le mal ambiant en dispensant les dirigeants de ses conseil, Raphaël Hythloday répond : « Vous calomniez les sages, […] ils ne sont pas assez égoïstes pour cacher la vérité ; plusieurs l'ont communiquée dans leurs écrits ; et si les maîtres du monde étaient préparés à recevoir la lumière, ils pourraient voir et comprendre. »

Le raisonnement implicite mené par Thomas More est que puisque la philosophie ne peut agir directement sur la société en s’alliant au pouvoir, elle peut cependant former les pensées des générations présentes et futures puisque toute existence humaine est par définition pensante, et comme telle sous-tendue par des convictions, des croyances, des opinions, bref une façon de penser qu’il faut bien qualifier de ‘philosophie’. C’est à ce niveau que la Philosophie doit intervenir. Elle doit apprendre à l’humain à bien penser donc penser le bien collectif. Elle doit lui inculquer les vertus qui feront de l’individu un dirigeant sage et avisé. Dans ce combat, la philosophie retrouve donc ses alliés naturels que sont les écoles, la société, la famille, autant de nids d’où elle peut éclore afin de mener à un changement durable. En défendant cette façon de penser, More s’inscrit dans une ligne directrice dont l’histoire prouvera toute la justesse puisque toute révolution a à son origine un ensemble de courants de pensée qui l’ont précédée et justifié. C’est ce courant de pensée, l’utopisme que dans son œuvre remarquable, Thomas More s’évertue à mettre en place. Certes, il sait que le modèle social qu’il propose est irréalisable et se heurtera à bien des difficultés dans la gestion quotidienne des situations. Mais l’idéal qui le sous-tend, lui est réel, immortel, et la manifestation de tout ce que l’esprit humain peut comporter de beauté et de noblesse, aussi convient-il d’y porter le regard un instant pour y puiser l’illumination permettant d’affronter la gestion quotidienne du pouvoir et des hommes.

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