Vers un théâtre pauvre

par

Le but du théâtre de Grotowski : une communion acteur/spectateur

On peut estimer que sur la forme, Grotowski, par ses préconisations et les idées de réforme qu’il expose, la forme de théâtre qu’il prône, a pour but la pérennisation du théâtre et sa survie de la manière la plus pure qui soit pour s’y retrouver lui, et se projeter autant en tant que spectateur qu’en tant que metteur en scène. C’est ce théâtre pauvre qui permettra au théâtre de survivre face aux autres formes d’art infiniment plus riches sur la forme. En effet, dès le début de ses réflexions et travaux datant des années 1950 et 1960, il dit que le théâtre comme divertissement est de plus en plus menacé par l’avènement du cinéma et surtout de la télévision. Dans une interview il expose que le théâtre pauvre est « un théâtre dépouillé de tout ce qui n’est pas le théâtre lui-même », c’est-à-dire purement propre au théâtre. Il parle aussi de « théâtre total », mais s’oppose directement à tout ce que l’on peut entendre par cette expression : ce n’est pas un théâtre d’abondance et d’artifices, c’est la concentration de tous les éléments et de toutes les valeurs du théâtre sans extra. Son but est donc de parvenir à retrouver l’essence du théâtre, purement et simplement.

 

L’auteur préconise une partie d’improvisation, une grande liberté pour les acteurs, et donc une relation spéciale vis-à-vis des spectateurs, qui sont souvent invités à intervenir, ressentir donc une communion. Ces spectateurs, face à un théâtre pauvre, avec si peu d’éléments à côté des acteurs, ont donc besoin de faire preuve d’imagination, et de communier avec les acteurs pour comprendre leur travail et leur langage corporel, leurs mouvements, afin d’y déceler ce qu’ils envisagent pour combler le manque de matériel.

L’acteur, par la dimension organique de son travail, doit jouer vers le public, et non plus pour le public : il doit y avoir une communion, et donc une façon de jouer dans sa direction. Il s’agit donc d’une rencontre entre l’acteur et le spectateur, par le biais du « corps signe », qui est une nouvelle méthode de communication, en se libérant du texte, de toute forme de littérature qui ne doit plus servir de fondement à la retranscription des sentiments par l’acteur : « Nous découvrons que l’essence du théâtre ne se trouve ni dans la narration d’un événement, ni dans la discussion d’une hypothèse avec le public, ni dans la représentation de la vie quotidienne, ni même dans une vision – mais que le théâtre est un acte accompli ici et maintenant dans les organismes des acteurs, devant d’autres hommes, quand nous découvrons que la réalité théâtrale est instantanée, non pas dans une illustration de la vie mais quelque chose près de la vie par analogie. »

 

 

Un des buts de Grotowski est ainsi de briser le média qu’est le matériel pour que les spectateurs ressentent plus directement l’expérience, se l’approprient – car au fond ils n’ont rien de plus ni rien de moins à leur disposition que les acteurs : aucun accessoire, aucun décor à exploiter, aucun texte à savoir par cœur ou très peu –, et donc de faire en sorte que tous, spectateurs et acteurs, aient la même vision de l’espace. Il se place comme un spectateur, dans une perspective expérimentale, il s’exprime ainsi à ce sujet : « je ne mets pas une pièce en scène pour apprendre aux autres ce que je sais déjà ». Le théâtre doit donc être simple et novateur ; Grotowski veut lui-même apprendre et découvrir par le biais du théâtre, et ne pas se fonder sur ce qu’il connaît déjà. 

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