Vers un théâtre pauvre

par

Les travaux de Grotowski

Ce livre n’est pas un essai ou une profession de foi, c’est le rassemblement de nombreux travaux de l’auteur, de discours qu’il a prononcés, mais aussi d’entretiens ou encore de références à d’autres théoriciens s’étant lancés dans l’exercice, comme Eugenio Barba (notamment fondateur de l'Odin Teatret et de l'International School of Theatre Anthropology au Danemark), Ludwik Flaszen (avec qui il fondera le Théâtre des 13 rangs, qui deviendra ensuite le Théâtre Laboratoire en 1962) ou encore Franz Marijnen (metteur en scène flamand).

Peter Brook dans son commentaire du livre dira de son auteur : « Grotowski est unique.
Pourquoi ?
Parce que personne d’autre au monde, à ma connaissance, personne depuis Stanislavski, n’a étudié la nature du jeu de l’acteur, son phénomène, sa signification, la nature et la science de ses processus mentaux, physiques et émotionnels aussi profondément et complètement que Grotowski. » Son travail consiste réellement dans l’étude du jeu artistique et de tous les processus qui s’enchaînent dans cette démarche si particulière.

Par son Théâtre laboratoire, Grotowski théorise sa vision du théâtre, qui serait un retour à l’essentiel du théâtre, sans fioriture, sans décor, sans artifice pour se centrer sur l’acteur et un jeu basé sur l’hybridation et l’hystérie. On retrouve donc l’hystérie comme point de départ de tout le langage corporel des acteurs, sans préméditation ; les travaux de Grotowski ont abouti à ce que les acteurs, par exemple, aient des masques qui soient leurs propres visages : des expressions faciales figées et exagérées qu’ils gardent longtemps, qu’ils peuvent modifier, des archétypes, comme si le visage, les nerfs, permettaient de créer les masques typiques comme ceux de la commedia dell’arte italienne. Ces masques sont censés représenter des personnages, marqués par un sentiment constant : joie, tristesse etc. Il y a donc une absence de limite, peu de directives par le metteur en scène, une grande liberté de mouvement pour les acteurs, sans brides ; le travail de Grotowski se fonde donc en partie sur ce que l’on appelle le happening : spectacle fondé sur l’improvisation, le spontané et même la participation des spectateurs. 

Grotowski, en tant qu’auteur de théâtre avant-gardiste, a grandement contribué au développement de cette forme de théâtre qui date des années 1960 et qui fut au départ une idée américaine (Allan Kaprow).

On peut également retenir que Grotowski travailla dans le cadre du Théâtre des sources en 1980, puis dans celui de l'Objective Drama Project dès 1986 puis du Workcenter de Pontedera : tous ces projets de théâtre ont pour objectif de former les acteurs à ses méthodes et au théâtre tel qu’il le conçoit, le but global étant de nombreux exercices pour faire découvrir aux acteurs toutes les ressources propres dont ils disposent.

Cependant, sa théorie sur le body art date des années 1950, celle d’un théâtre plus riche en mouvements, et plus pauvre en verbe, en décors, en costumes ; c’est ainsi que l’on trouve l’essence du théâtre, le côté organique dans la relation acteur/spectateur. C’est une manière de s’opposer au théâtre conventionnel, où les textes sont très importants. Le travail de Grotowski, très visionnaire, inspirera beaucoup d’artistes de son temps, reconnaissant une vision de l’art du futur revenant à plus de simplicité et de pureté. 

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