Winesburg, Ohio

par

L’absence d’amour

Les nombreusesnouvelles de Winesburg, Ohio sont unmicrocosme du monde tel que l’auteur le perçoit. Il fait un portraitparticulièrement glauque de la société américaine du début du XXème siècle. Eneffet, l’amour et la passion semblent absents du monde que construit l’écrivain.

         Les nouvelles dans lesquelles il est leplus question d’amour sont également celles dans lesquelles l’amour faitl’objet d’une vision corrompue. Dans « Adventure », Alice Hindman estprésentée comme étant épuisée par une longue lutte interne. Alice s’abandonneaux sentiments amoureux qu’elle éprouve pour Ned, mais ce dernier, sachantqu’il va bientôt devoir partir de Winesburg, décide de la faire sienne.Toutefois, ce n’est pas l’amour, mais la tristesse qui dicte sa conduite à NedCurrie. L’amour est absent de la consommation de leur union. L’amour n’estalors qu’une échappatoire à la tristesse et à l’appréhension de la vie futurepour Ned. Quant à Alice, elle semble n’aimer que pour fuir la monotonie de savie quotidienne.

         « Dansl’après-midi de la veille du jour où il devait commencer sa nouvelle vie enville, Ned Currie alla voir Alice […] La lune se leva et ils se retrouvèrentincapables de parler. Dans sa tristesse, le jeune homme oublia les résolutionsqu’il avait prises à l’endroit de cette fille. »

         Un autre récit dans lequel l’absenced’amour ressort est « Respectability ». Walsh Williams est un hommequi a été dépité par l’amour toute sa vie durant, en particulier par celui deson épouse. La description de son épouse donne la nette impression qu’elle estune belle femme, et à la description faite de Walsh Williams, on est tentés depenser qu’il était plus à la recherche de beauté lorsqu’il l’a épousée qu’à larecherche d’amour.

         L’amour qu’il porte à cette femme n’a d’égalque le mépris qu’il étendra à toutes les femmes par la suite. Toutefois, c’estla perte de son épouse qui l’a rendu ainsi. Il devient un homme dont ladescription fait appel à des termes comme « hideux »,« monstre » et « perverti ». Il regrette d’avoir perdu cequ’il y avait de beau dans sa vie, mais on a du mal à penser qu’il s’agit d’unchagrin d’amour.

         Dans « Death », ElizabethWillard démontre une autre conception de l’amour. Elle semble être amoureused’un idéal plutôt que d’un homme quelconque. On voit qu’elle a dans sa jeunesselongtemps recherché dans les bras de nombreux hommes cet idéal qui lui échappecontinuellement. Plus elle s’efforce de parvenir à ce partenaire idéal, pluselle est désenchantée. Elle donne l’impression d’être amoureuse de l’amour etnon des hommes. En effet, la compagnie fréquente du docteur Reefy suffit à larevigorer, mais elle n’a pas de sentiments pour lui. Dans le cas d’ElizabethWillard, l’amour est un idéal hors de portée qui ronge la vie de ceux qui semettent à sa quête.

         « Leurs corpsétaient différents, de même que la couleur de leurs yeux, la longueur de leursnez, et les circonstances de leurs existences ; mais il y avait quelquechose à l’intérieur d’eux qui voulait dire la même chose, qui désirait la mêmedélivrance. Une chose qui aurait laissé la même impression dans le souvenird’un observateur. »

         Le monde qu’Anderson dépeint est donc unmonde où l’amour véritable est absolument absent. C’est un point de vue qui estrenforcé par le fait que le protagoniste principal, George Willard, sembledevenir plus mûr à mesure qu’il réalise que le monde n’a pas d’amour à luioffrir. 

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