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  • Publié le : 15 juin 2010
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Le mal américain : l'unilatéralisme

Saddam Hussein vaincu, le Koweït libéré, le 6 mars 1991, George Bush senior s'exprime devant le Congrès et déclare : «Maintenant nous voyons apparaître un nouvel ordre mondial … Un monde où les Nations unies, libérées de l'impasse de la guerre froide, sont en mesure de réaliser la vision historique de leurs fondateurs. Un monde dans lequel la liberté et lesdroits de l'homme sont respectés par toutes les nations».

Douze ans plus tard, on parle de guerre permanente et de terrorisme planétaire, les budgets militaires enflent démesurément, les conflits ethniques et religieux se succèdent, les discours populistes, nationalistes ou fondamentalistes prolifèrent, les droits de l’homme sont considérés à l'aune de la real politik et, sur fond de crised'une économie mondialisée, on débouche sur un conflit de civilisations aux enchaînements imprévisibles.

C'est là un constat brut, mais les débats autour d'une guerre programmée en Irak obligent à un autre constat. Dans ce même discours du 6 mars 1991, George Bush se réclame d'un principe à la base du droit international et de l'Organisation des Nations Unies, le multilatéralisme, et déclare : «iln'y a pas de solution unique, pas de réponse seulement américaine». Douze ans plus tard, l'unilatéralisme conduit seul la politique de la plus grande puissance mondiale.

De Busch à Busch, en passant par Clinton, y a-t-il eu différents discours ou double discours ? Y a-t-il eu, avec l'accès au pouvoir de l'administration Bush junior, inflexion ou rupture avec les politiques précédentes ? On peutd'emblée observer que les Etats-Unis n'ont jamais pensé un «nouvel ordre mondial» qui ne soit pas à leur image et dont ils ne soient le grand ordonnateur. Dick Cheney, alors secrétaire à la défense et aujourd'hui vice-président des Etats-Unis, déclare en 1991 : «En gagnant le plus rapidement possible la guerre [en Irak], l'Amérique apparaîtra plus forte aux yeux du monde entier. Et aura prouvéqu'elle a les ressources pour instaurer un nouvel ordre mondial».
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L’application de cette logique

unilatéraliste connaîtra des oscillations en raison de la situation intérieure des Etats-Unis, des évènements internationaux et du jeu d'influence des lobbies économiques et parlementaires.

Devenus, avec la fin d'un monde bipolaire, l'unique superpuissance, les Etats-Unis se sentent investisd'une responsabilité planétaire. Très vite, s'impose la nécessité de s'assurer une autorité supranationale pour remplir ce qui est considéré comme une mission, deux institutions sont essentielles à son accomplissement, l'une, incontournable, les Nations Unies, l'autre, bras armé instrumentalisé, l'OTAN. Les administrations américaines successives vont donc dessaisir l'ONU de certaines de sesattributions qui attentent à leur hégémonie et donner une nouvelle légitimité à l'OTAN, menacée dans sa raison d'être avec la fin de la guerre froide. ii Ceci explique pourquoi les contradictions s'expriment aujourd'hui avec tant d’intensité au sein de ces deux institutions.

Une constante de la politique américaine va être d’intervenir sous le couvert des Nations Unies sans jamais se soumettre àson autorité. Ainsi, Bush père, alors même qu'il proclame que les Nations Unies sont «en mesure de réaliser la vision historique de leurs fondateurs», exige que les forces de la coalition intervenant en Irak ne soient pas placées sous la direction du Comité d'état-major des Nations Unies, pourtant «responsable, sous l'autorité du Conseil de sécurité, de la direction stratégique de toutes forcesarmées mise à la disposition du Conseil»,
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mais sous le contrôle opérationnel des Etats-Unis. Cette

violation de l'article 47 de la Charte suscite alors ce commentaire de Claude Julien : «Forts de l'aval du Conseil de sécurité, les Etats-Unis ont ainsi ignoré les mécanismes juridiques, militaires et diplomatiques qui auraient rehaussé le prestige des Nations unies. Pour avoir, par le...
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