Fin de partie

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  • Publié le : 22 février 2010
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Un peu de théâtre, ça ne peut faire de mal à per­sonne. Pour vous chan­ger de vos lec­tures ro­ma­nesques ha­bi­tuelles, Kri­nein a dé­ci­dé de vous of­frir un petit dé­tour théâ­tral à tra­vers une des plus fa­meuses pièces de Sa­muel Be­ckett, Fin de par­tie. Ce pi­lier de la lit­té­ra­ture du XXe siècle a ré­vo­lu­tion­né le théâtre, jusqu'alors clas­sique et ancré dans un sta­tismegé­né­ra­li­sant, pour pro­po­ser un « anti théâtre » ou « théâtre de l'ab­surde » (même si l'au­teur re­fu­se­ra ces ap­pel­la­tions). Ci­tons par exemple des pièces comme En at­ten­dant Godot ou Oh les beaux jours. Loin de sé­pa­rer les genres, Be­ckett les fait fu­sion­ner. Le co­mique et le tra­gique trouvent ainsi une unité et sont au ser­vice l'un de l'autre. Toute idéo­lo­gie ou en­ga­ge­ment po­li­tiqueest éga­le­ment banni des pièces de l'au­teur, ce­lui-​ci re­fu­sant que l'on trouve un sens à ses textes. Enfin, Be­ckett in­vente un nou­veau lan­gage théâ­tral, celui du corps et de la ges­tuelle, qui prend une place à part en­tière dans cha­cune de ses pièces. Les di­das­ca­lies foi­sonnent, étouffent les dia­logues. Rap­pe­lons tout de même que Be­ckett n'a pas été qu'un au­teur de théâtremais aussi un ro­man­cier tout aussi connu pour des textes comme Ma­lone meurt, ou Mol­loy. Fin de par­tie, créée en 1957, met en va­leur les thèmes de l'em­pê­che­ment de la vie, de la mort, et du théâtre lui-​même.

Dans un décor apo­ca­lyp­tique, Hamm, un aveugle han­di­ca­pé, et Clov, son ser­vi­teur et fils d'adop­tion, usent leur vie à com­bler le vide du quo­ti­dien. Avec eux, coin­cés dansdeux pou­belles, Negg et Nall, les pa­rents de Hamm, passent leur temps à dor­mir et ré­cla­mer à man­ger. Ces quatre fan­toches ne font qu'at­tendre la fin de leur vie, cette fin de par­tie, tout en crai­gnant et ban­nis­sant toute forme de vie nou­velle. Ils rem­plissent le vide par des pa­roles et des conflits ab­surdes, pour em­pê­cher le si­lence de venir en­va­hir l'es­pace et le temps.Cette pièce porte le déses­poir en elle et pro­pose une ré­flexion tra­gique sur la vie. Il y a évi­dem­ment des élé­ments co­miques, comme dans toutes les pièces de l'au­teur, mais le rire chez Be­ckett n'est ja­mais franc, il reste dans la gorge et peine à en sor­tir. Ce co­mique n'est en fait là que pour ren­for­cer le tra­gique de la pièce, ce qui est d'au­tant plus ter­ri­fiant pour lespec­ta­teur. Si cette pièce est si an­gois­sante, c'est parce qu'elle nous ren­voie in­évi­ta­ble­ment à notre condi­tion de mor­tel, nous ne pou­vons nous em­pê­cher de nous ap­pa­ren­ter à ces per­son­nages qui se dé­gradent et qui af­firment la va­ni­té de la vie. L'illu­sion théâ­trale n'est plus d'ac­tua­li­té, l'iden­ti­fi­ca­tion l'a rem­pla­cée. Le théâtre de­vient plus si­gni­fiant que laréa­li­té, les deux se confon­dant dans la pièce. Be­ckett nous rap­pelle ainsi que nous sommes aussi dé­ri­soires que ces pan­tins ges­ti­cu­lants qui s'agitent sur scène. Il crée donc un vé­ri­table ma­laise en nous im­po­sant ce vide in­to­lé­rable qui consti­tue notre vie. La mort ap­pa­raît comme une condam­na­tion de la vie, le monde est ré­duit au néant. L'au­teur joue avec nous en dis­per­santdans son texte des ré­fé­rences « mé­ta-​théâ­trales » (ré­pliques ou gestes qui font di­rec­te­ment ré­fé­rence au théâtre ou à sa fonc­tion), en ré­af­fir­mant la non si­gni­fi­ca­tion de ses pièces et en brouillant les li­mites entre la scène et la salle. On trouve éga­le­ment des pas­sages ca­pi­taux qui mal­traitent la re­li­gion et pa­ro­dient la théo­lo­gie, Dieu n'étant plus le Sau­veurpuis­qu'il n'a ja­mais exis­té.

Fin de par­tie est donc une pièce ter­ri­ble­ment né­ga­tive et à la fois par­fai­te­ment per­ti­nente puis­qu'elle dresse un por­trait ter­ri­fiant et lu­cide de la vie. Les pièces de Be­ckett ne sont pas pour au­tant évi­dentes à lire puis­qu'elles sont ponc­tuées de di­das­ca­lies qui en­rayent un peu la lec­ture du texte, et pro­posent une vi­sion...
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