Jeu et observation

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  • Publié le : 27 mars 2011
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Winnicott : Jeu et Observation
1. De la pédiatrie à la psychanalyse
Entre 1928 et 1942, Winnicott publie une vingtaine d’articles et son premier livre (Clinical Notes on Disorders of Childhood, en 1931). On pourrait répartir ces travaux en trois grandes catégories : les articles médicaux à proprement parler, les articles psychologiques ou psychiatriques et les articles traitant des rapportsentre psyché et soma. Les premiers articles de psychologie ou de psychiatre, de même que ceux qui relèvent de la problématique du rapport entre troubles psychiques et affections corporelles mentionnent assez rarement le terme de psychanalyse, et la citation du nom de Sigmund Freud ou de ses oeuvres y est tout aussi rare. Anna Freud y est évoquée presque aussi souvent que Sigmund Freud et MélanieKlein.
L’image générale que l’on peut esquisser à partir des textes psychologiques et psychosomatiques de cette période semble néanmoins nettement kleinienne. Mélanie Klein elle-même déterminait la question fondamentale de son approche comme étant celle de l’angoisse et des destins de l’angoisse. Et à l’instar de Mélanie Klein, Winnicott semble d’abord s’intéresser aux questions de l’angoisse dansles troubles psychiques et les affections psychosomatiques des enfants. Le fait de gigoter (la bougeotte), de même que les désordres de l’appétit, de la digestion, du sommeil et les difficultés des rapports avec les parents, les sœurs et frères et les autres enfants représentent, aux yeux de Winnicott, autant de phénomènes dus à l’angoisse consciente ou inconsciente. Dans leur ensemble, ces textestémoignent donc d’une démarche qui, sur le plan théorique, pourrait aisément être attribuée à l’orientation kleinienne.
Toutefois, sur le plan clinique, une différence manifeste se fait déjà ressentir. La pratique de Winnicott se caractérise d’emblée par une sorte d’abstentionnisme. Bien que dans la plupart de ces textes, Winnicott esquisse des vignettes cliniques, l’intervention thérapeutiquesemble presque hésitante, aussi bien sur le plan médical que sur le plan psychologique. La raison en est que Winnicott voit dans la plupart des symptômes décrits, des caractéristiques de processus qui n’ont rien de pathologique en eux-mêmes. Ainsi, aux yeux de Winnicott, il n’y a rien de particulièrement anormal à ce que les enfants se montrent angoissés, ne parviennent pas à dormir, perdent leurappétit ou se mettent à gigoter. Selon Winnicott, il s’agit là de phénomènes simplement transitoires qui accompagnent tout développement naturel, et par rapport auxquels il vaut mieux s’abstenir de toute forme d’intervention. Inversement, un traitement hâtif pourrait, dans ces cas, contribuer à fixer, à développer ou à installer des problèmes qui se résolvent mieux et plus rapidement en n’y touchantpoint. On cherchera en vain de telles réflexions chez Mélanie Klein qui, contrairement à Winnicott, semble pencher vers une activité interprétative plus importante, plus aisément interventionniste.

2. La clinique des enfants
La profonde inspiration kleinienne de Winnicott est patente. Et c’est moins dans les considération théoriques, que dans son travail clinique où se manifestent les premièresdifférences entre Winnicott et Mélanie Klein. Quelques exemples tirés des textes de Winnicott permettront de mesurer cette proximité et cette différence.
2.1. L’angoisse
Il est normal, remarque Winnicott dans son article de 1931 sur « la normalité et l’angoisse », qu’un enfant de deux ou trois ans soit très ému ou agité à la naissance d’une petite sœur ou d’un petit frère. Ainsi, il arrivefréquemment qu’un enfant, tout à fait sain et « robuste » jusqu’à ce moment, tombe malade, se sente malheureux, pique des crises de colère, et réagisse par de l’énurésie, de la constipation, de la congestion nasale. Si une maladie physique s’y rajoute – coqueluche, pneumonie, gastro-entérite – cette dernière mettra un temps beaucoup plus long à guérir.
Il est important pour le médecin, écrit alors...
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