Le chene et le roseau

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  • Publié le : 4 novembre 2010
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Le chêne et le roseau est la fable numéro vingt-deux (et dernière) du Livre I des (justement) Fables de Jean de La Fontaine, qui a paru en 1668. Jean de La Fontaine est un poète Français, né en 1621 dans l'Aisne et décédé en 1695 à Paris, notamment connu dans les écoles et dans les esprits pour son travail sur les Fables, de courts récits distrayants en vers et à portée didactique, dont il arédigé douze livres, soit un peu plus de deux cents quarante-cinq fables, inspirées pour la plupart (et pour les plus connues) du fabuliste Grec Esope, ou d'Horace et de nombreux contes Indiens qu'il a repris non sans les remettre au goût du jour et les embellir, dissimulant habilement ses critiques de la société dans des historiettes facile à digérer et qu'il destine au Dauphin, comble de l'audace etingénieux stratagème, arguant qu'il veut le rendre (et rendre l'Homme) meilleur et plus heureux. L'extrait présenté nous met face à deux personnages imaginaires, comme de coutume, ici sous la forme de d'arbres, s'affrontant à propos de leurs résistances. Le vers est hétérométrique, mélange d'alexandrins (e.g., vers 2, 3, au nombre de 17) et d'octosyllabes (e.g., vers 4, 5, dont on dénombre 15usages), comme les rimes, parfois suffisantes, parfois pauvres, dont l'alternance masculines/féminines n'est qu'en partie respectée. La première partie du commentaire traitera de la progression dramatique du récit, la seconde développera les rapprochements possibles entre les plans psychologique et social, et la symbolique des personnages.

Le texte, dans sa première partie, s'amorce par un dialogueentre le chêne et le roseau (vers 2 à 24). On nous y expose la situation initiale très rapidement, et on peut y entrevoir le chêne robuste et arrogant rabaisser le roseau frêle et sans défense, sans action de la part d'aucun des protagonistes. C'est le roseau, vecteur de malheur, qui déroule le tapis rouge pour le coup de théâtre à venir : le vent tempêtueux parvient à déraciner le bel arbre avecune facilité déconcertante et à le ramener sur Terre, lui qui se voyait déjà se partager sol et ciel, en tout Seigneur des lieux.
En effet, par opposition à la première partie (où le chêne est fort et le roseau est faible), la seconde, récit simple, nous fait part d'un bouleversement de l'ordre établi avec une certaine maestria par les forces de la Nature lorsqu'elles se mêlent de la querelledes deux antagonistes et donnent raison à celui qui était plus tôt taxé de victime d'injustice par l'autre se croyant mieux loti : les rôles précédemment énoncés et acceptés sont échangés, guides à la morale implicite de l'histoire : "La loi du plus fort n'est pas toujours la meilleure.", expliquée et exploitée par les vers 30 à 32, mais nuancée par les vers 28 et 29 ("l'arbre tient bon, le roseauplie ; le vent redouble ses efforts") par l'apport d'une situation concrète et rare, précieuse et malaisément reproductible.

C'est dans les symboles que représentent les deux êtres imaginaires que tient tout le sens de la fable : tout d'abord, le chêne, arbre majestueux, use et abuse d'une pédanterie certaine qu'il semble considérer comme acquise de droit envers l'arbrisseau (il entame ladiscussion au vers 2 et commence par l'insulter : "Vous avez bien sujet d'accuser la nature"), qu'il continue d'utiliser pour se montrer le plus fort, le plus digne, le plus résistant (le ver 7, "Cependant que mon front, au Caucase pareil", est un alexandrin construit sur une métaphore hyperbolique se voulant non des moins flatteuses, est entier gage de sa prédominance à lui seul), ce qui ne lui suffitguère puisqu'il lui est utile de rabaisser son rival également ("le moindre vent [...] vous oblige à baisser la tête", vers 4-6, le démontre clairement), et de le comparer à sa propre personne ("Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr", ver 10), comme pour s'assurer encore de sa supériorité, à quoi reviennent les propositions de protection qu'il ne saurait dans les faits fournir au roseau...
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