Tout comprendre est-ce tout pardonner

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  • Publié le : 28 avril 2010
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TOUT COMPRENDRE, EST-CE TOUT PARDONNER?

INTRODUCTION

On dit couramment que comprendre, c'est pardonner, et que tout comprendre, c'est tout pardonner.
Remarquons que la formule peut se prêter à deux interprétations en sens opposés. On peut y voir aussi bien l'exaltation du pouvoir humain de commisération envers son semblable et de la puissance de la compréhension, donc de la raison. Ou àl'inverse une formule ironique : il est facile de tout pardonner, si on réduit le pardon à la compréhension ! Le pardon ne présenterait plus aucune difficulté : il suffit de comprendre, et le pardon s'ensuivrait.
La formule semble donc présenter une tension interne : en même temps, la compréhension mène au pardon, et le pardon ne se laisse pas réduire à la compréhension. Il faudra donc vérifier enun premier temps, en quoi comprendre un acte peut mener à le pardonner, ce que veut dire comprendre en ce sens. Et, à partir de là, s'il n'y a que ce qu'on ne peut pas comprendre qu'on ne puisse pas pardonner. N'y a-t-il pas quelque chose qui serait compréhensible et pourtant impardonnable ? Y a-t-il, par exemple, de l'impardonnable en soi ?

PREMIERE PARTIE

En quoi est-ce que comprendrepeut entraîner pardonner ?
Peut-on passer de la compréhension théorique d'un acte, d'une faute, à l'acte moral du pardon ? Peut-on faire dépendre le pardon de la compréhension sans renoncer au vrai sens du pardon ?
Comprendre a un sens souvent proche d'expliquer : on comprend si on nous a expliqué. Ici, expliquer, ce serait, de la part du fautif, dire pourquoi il a fait ceci ou cela, quelles sontles circonstances qui expliquent son geste incongru ou offensant. Il ne s'agissait peut-être que d'un geste maladroit (casser le vase de la belle-mère), involontaire ou mal interprété (ce n'est pas ce qu'il voulait faire), ou encore dicté par les circonstances (il ne pouvait pas faire autrement). Expliquer ses actes en invoquant les circonstances permet toujours de se disculper quelque peu :toute circonstance est une circonstance atténuante.
Et comprendre les raisons de cet acte me mène toujours à les "admettre". Qu'est-ce comprendre : c'est un peu prendre sur soi, être-avec, pouvoir se mettre à la place de l'autre. Comprendre quelqu'un, c'est pouvoir se mettre à sa place, dans sa peau. Et je pardonne donc dès lors que j'ai compris. Compris quoi ? Compris que à sa place, j'en auraisfait autant ou j'aurais au moins été tenté de le faire. Au fond, on ne pardonne jamais qu'à la faiblesse humaine. On n'est donc jamais aussi coupable qu'on peut le sembler : le fautif se dit victime des circonstances, la vraie victime peut admettre cette défaillance.
Mais il semble alors, si on admet que "comprendre, c'est pardonner", que le pardon se résorbe dans la compréhension : ce qui compte,c'est de comprendre, le pardon vient de lui-même. Le pardon y est comme un geste secondaire, une conséquence, quelque chose de machinal ou de mécanique. Une fois qu'on a compris, on pardonne, mais comme sans y prendre garde.

Dire que comprendre, c'est pardonner, c'est confondre excuser et pardonner.
En fait, le pardon qui est issu de la compréhension n'est pas réellement du pardon, mais del'excuse.
En effet, qu'est-ce que excuser ? C'est un acte social. Présenter ses excuses à quelqu'un qu'on a offensé, c'est faire preuve de savoir-vivre, de sociabilité. Présenter des excuses, c'est déjà montrer qu'on a conscience d'avoir fauté contre les conventions, qu'il faut présenter des excuses pour ne pas passer pour un goujat. Et si la victime refuse des excuses présentées de si bonnegrâce, c'est elle qui passera pour manquer de savoir-vivre, qui pêchera contre les règles de la bonne société.

Par exemple, présenter des excuses à quelqu'un qu'on a bousculé dans une cohue, c'est essayer de ramener l'offense à ses plus justes proportions, minimiser la faute. "Je n'ai fait que vous bousculer et vous m'en voyez désolé. Mais il n'y a pas de quoi en prendre ombrage : puisque je ne...
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