Accident Nocturne

par

Résumé

L’auteur s’inspire de ses souvenirs et retrace un accident qu’il a vécu un dimanche soir à Paris et qui l’a beaucoup marqué, car le choc ressenti a engendré une longue introspection.

L’action se déroule à Paris. C’est le récit onirique, et pourtant précis, de la quête que mène le narrateur à la recherche d’une femme avec qui il a eu un accident de la circulation. Cela s’est passé une nuit, place des Pyramides, peu de temps avant la majorité du narrateur. Heurté par une « Fiat vers d’eau » conduite par une jeune femme blonde, le narrateur est alors légèrement blessé. Il est pris en charge avec la conductrice par les services de soin de l’Hôtel-Dieu. Après avoir été admis dans une chambre, le narrateur nous fait partager son dernier souvenir avant qu’il ne s’endorme ; il parle alors d’« une grosse muselière noire » qu’on lui a placée sur le nez – et il sera question pendant toute l’œuvre de l’odeur de l’éther, propre, comme la madeleine de Proust, à faire se rejoindre des instants de la vie de l’auteur. Les détails sont assez flous, le choc provoqué par cet accident permet à l’auteur d’analyser et de réfléchir à sa vie. Le présent et le passé se mélangent ainsi sans cesse dans le roman : « tout se brouille dans ma tête ».

Après ces évènements, le narrateur se retrouve, sans bien comprendre par quel moyen, dans une clinique privée, la clinique Mirabeau. Un homme mystérieux – celui qui accompagnait la jeune femme lors de l’accident – l’aide à remplir les papiers de sortie puis lui fait signer une décharge exonérant la conductrice de toute responsabilité. Il lui remet ensuite une grosse somme d’argent dans une enveloppe en lui faisant comprendre qu’il doit oublier cet accident.

Dès lors, le narrateur n’a de cesse de vouloir retrouver cette jeune femme qui se nomme Jacqueline Beausergent (il a entendu son identité citée à l’Hôtel-Dieu) : il est persuadé qu’il la connaît. Il aurait eu, dans le passé, un premier accident avec elle.

Au cours de cette quête, les souvenirs vont revenir à lui, entremêlés, sans que nulle chronologie ne les ordonne, ramenant à la surface de son esprit événements et personnages du passé. Parmi eux il se souvient du docteur Bouvière, professeur à l’université qui dispense aussi ses leçons de vie dans des cafés parisiens, suivi par une cour de jeunes gens admiratifs à qui il distribue sa parole, verbalement ou polycopiée.

Le narrateur va se lancer à la recherche de l’homme qui lui a remis l’argent, Solière, personnage fuyant et à la situation sociale des plus floues, hommes d’affaires aux activités plutôt louches qui a tout du mystère que revêt également Albert Modiano, le père de l’auteur, dont on retrouve la figure en creux dans plusieurs de ses œuvres. Il y a aussi cette femme qui, plusieurs soirs de suite, l’attend en bas de chez lui, jusqu’au jour où elle l’agresse violemment, sans qu’il ne sache qui elle est ni ce qu’elle lui veut. Le souvenir de nombreuses femmes ressurgit, disciples de Bouvière : Hélène Navachine, Geneviève Dalame, rencontrées dans son cénacle. Et bien sûr, il y a Jacqueline Beausergent. Il est persuadé qu’elle revient dans sa vie de façon inévitable : sa première apparition date de son enfance, puis il y a eu ce fameux soir place des Pyramides, mais également un soir, dans un aéroport, où il a manqué la croiser. Tous ces gens n’ont rien de mystérieux, ce sont des êtres des plus ordinaires, voire d’une déconcertante banalité, mais la façon dont ils apparaissent dans le roman et le mode d’écriture de Modiano les nimbent d’une sorte de mystère.

Plus encore que le reste, le souvenir d’un homme revient sans cesse à l’esprit du narrateur : celui de son père, homme d’affaires qui le livra un jour à la police pour s’en débarrasser, souvenir peut-être le plus marquant de la vie de l’auteur. L’argent donné dans l’enveloppe au début du roman réveille des souvenirs le concernant, il se rappelle alors « les dernières rencontres [avec lui] vers 17 ans… au cours desquelles je n’osais pas lui demander de l’argent ». De rendez-vous en rendez-vous, il voit la silhouette de ce père, déjà absent, atypique, avec lequel il a fini par se brouiller dans la vie réelle, s’éloigner davantage, jusqu’à disparaître dans le brouillard du temps et de la banlieue.

Au fil de l’alternance du passé et du présent, trois Patrick Modiano se croisent et brouillent les pistes pour le lecteur : l’enfant, le jeune homme accidenté, et l’écrivain qui raconte et se souvient. Le passé du narrateur est brumeux pour lui-même, et Accident nocturne semble être un prétexte pour l’auteur à retisser le fil de sa vie. Le roman s’achève au moment où le narrateur retrouve enfin Jacqueline Beausergent, qui est en réalité une employée de Solière – dont la véritable identité est Morawski –, assez peu mystérieuse en fin de compte, et qu’elle l’invite à monter, la nuit, dans un appartement où ils seront seuls. La lumière s’éteint sur les deux personnages, qui disparaissent dans la pénombre.

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