Acide Sulfurique

par

Entre idéalisme et perversité

A) Une réflexion sur lebien et le mal dans la société

 

Pour nous montrer que lesvaleurs morales que nous sommes censés défendre sont dévalorisées à travers lejeu télévisé, Amélie Nothomb oppose à la souffrance et à la cruauté la puretéet l’idéal qu’incarnent son héroïne : « Les gens la prennentpour le symbole du bien, de la beauté, de la pureté ». Tout au long de sonœuvre elle fait allusion aux valeurs qui nous ont étés inculquées par le biaisde ce personnage. On remarque également une utilisation importante d’antithèsesafin de marquer l’opposition nette entre les valeurs qu’il faut adopter etcelles présentes dans le monde de « Concentration » : « c’est la puretéexécutée par le vice ! L’innocence livrée au supplice ! », « Qu’une fille sibelle et si gracieuse fût promise à une mort à laquelle on assisterait endirect créait une tension insoutenable et irrésistible », ou « les coups s’acharnaientsur son corps ravissant […] pour susciter l’horreur pure ».

Il y a une omniprésentecomparaison entre le bien et le mal qui amène le lecteur à penser aux notionsmises en opposition par les religions monothéistes. Dans ce roman, seul le versantnégatif, le démon qui tente, peut réellement être distingué dans les deuxcontextes. En effet, il est représenté par la cruauté qui règne au sein descamps de concentration, mais aussi et surtout chez les auditeurs qui ysuccombent et qui jouissent de cette cruauté. Afin que les auditeurs neprennent pas conscience qu’ils succombent au « mal », qu’il n’y arien de « bien » dans cette émission, il est nécessaire de créer ce« Dieu » qui va enlever chez l’auditeur toute trace de culpabilité.L’auteur fait alors de Pannonique ce « Dieu »,  principe de grandeur et d’amour, grâce auquelle téléspectateur peut se donner bonne conscience.

 

B) Un roman d’apprentissage?

 

Par-delà la singularité de l’œuvre,plusieurs traits se retrouvent et nous permettent de qualifier l’ouvrage deroman d’apprentissage. Nous avons là une héroïne jeune, dont nous suivons leparcours, et nous pourrions définir ce roman comme celui de la révélation dePannonique. En effet, le lecteur assiste à sa métamorphose : elle passe durôle d’étudiante à celui d’espoir pour toute une partie de la population.Pannonique découvre ce dont l’être humain est capable à travers la cruauté dontelle et les autres prisonniers sont victimes, mais elle se découvre également,courageuse, fière, intègre, fidèle à ses valeurs malgré les épreuves qu’elle subit.

Outre la mue psychologiquede Pannonique, la vocation pédagogique est sous-jacente tout au long de l’œuvreet ce également vis-à-vis du lecteur. Ce récit comporte en effet une leçonbasée sur la connaissance du monde et des hommes. L’auteur veut sensibiliserson lecteur, lui permettre de se rendre compte de notre part« barbare ». Elle utilise pour cela des thèmes choquants maisréalistes : « VINT le momentoù la souffrance des autres ne leur suffit plus ; il leur en fallut lespectacle. » Choisir de faire mourir l’autre pour son propre plaisir, voilà lapente dangereuse qui menace notre société.

Par ailleurs, on note unparallèle certain entre l’histoire racontée et la période de la Deuxième Guerremondiale et des camps de concentration : « Aucune qualificationn’était nécessaire pour être arrêté. Les rafles se produisaient n’importeoù : on emportait tout le monde, sans dérogation possible. Être humainétait le critère unique. » Le vocabulaire choisiconcourt également à ce parallèle entre intrigue narrative et grande Histoire.

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