Alcools

par

Les arts poétiques

Nous appelons « arts poétiques » les poèmes qui, de manière allusive ouexplicite, ont pour thème dominant la condition du Poète ou la nature de laPoésie. Nous pouvons les diviser en suivant un ordre chronologique, ce quipermet de mieux suivre l’évolution de l’esthétique d’Apollinaire.

 

Les poèmes symbolistes(1899-1901)

 

Ce sont « Merlin et la vieille femme », « Le Larron »,« L’Ermite » et « Clair de lune ». Les trois premiers deces poèmes ont pour protagonistes des êtres peu ordinaires qui souffrent d’êtreà part ; leur quête d’une réalité qui leur corresponde passe par desmoyens surnaturels (Merlin) ou mystiques (l’ermite), ou par la transgression(le larron). Pourtant leur quête est vaine, connotée de façon dérisoire. Car,en dépit des pouvoirs du personnage, la quête de sa réalité aboutit à l’échecou à l’illusion, ce qui revient au même. Ce n’est pas du contact direct avec laVie que naît la Poésie ; or la distance croissante entre la Poésie et laVie semble bien avoir été un des aspects majeurs du symbolisme finissant.Apollinaire reprend-il à son compte cette conception de la poésie comme effortde créer un monde en marge du réel ? Ou en fait-il la satire, ce quiexpliquerait le ton de dérision ?

 

L’adieu au symbolisme(1903-1905)

 

Si, pendant son séjour en Allemagne, Apollinaire élabore une poétique quidemeure la sienne jusqu’à la fin de sa vie, ce n’est qu’à son retour en France,mêlé à la vie littéraire et artistique du temps, qu’il prend position et rejettele symbolisme finissant au profit d’une esthétique nouvelle. C’est dans cetteperspective qu’il faut lire « Palais ».

 

Vers une esthétique nouvelle(1907-1908)

 

En 1906, Apollinaire n’écrit pas de poèmes et n’en publie pas non plus. En1907, bien qu’il publie peu, il élabore une esthétique nouvelle qu’il définiraultérieurement comme la recherche d’un « d’un lyrisme neuf et humaniste à lafois » et qu’illustrent les poèmes « Le Brasier » et « Les Fiançailles ».Par leurs thèmes (le rôle du feu) et par leur forme (juxtaposition de versisolés et de strophes) ces poèmes s’écartent des arts poétiques antérieurs. Ilsn’en demeurent pas moins liés à l’esthétique symboliste par le rôle de démiurgeaccordé au poète, par le recours à l’allégorie et par la relative obscurité deleur propos qui s’ensuit parfois.

 

La prise de possession dumonde par le lyrisme (1909-1912)

 

Trois poèmes célèbrent « les noces magiques du monde et de la poésie » : cesont le « Poème lu au mariage d’André Salmon le 13 juillet 1909 »,« Cortège » et « Vendémiaire » sur lequel se clôt lerecueil. Apollinaire y proclame la toute-puissance du poète maître du Verbe etpar là maître de l’univers.

 

La modernité (automne 1912)

 

« Zone », qui relève d’un art poétique, est aussi un grand poèmelyrique dans lequel Apollinaire, bouleversé par sa rupture avec MarieLaurencin, fait une sorte de bilan sur les événements de sa vie et sur le mondequi l’entoure. On y trouve des souvenirs de son enfance méridionale, unique périodereligieuse de sa vie ; des rappels de ses voyages (à Prague, Marseille,Coblence, Rome, Amsterdam) ; les gens qu’il a vus à Paris (émigrants de lagare Saint-Lazare, Juifs de la rue des Rosiers, « malheureux » d’un « barcrapuleux » « pauvre fille au rire horrible ») ; des allusions au monde moderne(la tour Eiffel, la « jolie rue » et « les belles sténodactylographes ») dontl’invocation au Pape qui, par contraste avec l’Antiquité gréco-latine, symbolisepour lui la modernité.

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