Armance

par

L’injustice, caractéristique de la société parisienne de 1827

Armance est lepremier roman de Stendhal. Dans cet ouvrage, il peint la société française etplus particulièrement la société parisienne ; il procède ainsi à uneanalyse de ses mœurs. Il insiste sur la crise qui marque cette époque suite auxréformes qu’a entraînées la Révolution. Celle-ci a atteint de plein fouet lesnobles, car elle a conduit à la suppression de la majorité des privilèges dontils jouissaient. Néanmoins, ces derniers bénéficient de quelques subventions dontils ont hérité, en réparation des avantages qu’ils ont perdus. Ces subventionssont le fait de la « la loi des indemnités ». Cette thématiquesouvent réitérée dans le récit a pour point d’ancrage le départ d’Armance et d’Octave,victimes d’une injustice attribuable au statut social.

«Cette femme ainsi attaquée par toutes les autres est cependant la seule icidigne de mon estime ! Elle est aussi pauvre que ces autres femmes sont riches,et à elle seule il pourrait être permis de s’exagérer l’importance de l’argent.Elle le méprise pourtant, elle qui n’a pas mille écus de rente ; et il estuniquement et bassement adoré par ces femmes qui toutes jouissent de la plusgrande aisance. »

En effet, il est souvent faitmention d’Armance en termes d’orpheline et de « pauvre nièce » àtravers le roman. Le lecteur comprend donc que la valeur que la sociétéattribue à l’individu est en lien direct avec sa situation sociale. Dans le casd’Armance, elle n’existe qu’en raison de la protection de la marquise deBonnivet dont elle bénéficie, sans qu’il ne soit fait cas de ses qualitéshumaines, morales ou intellectuelles.

Cette injustice s’accentue avecl’amour qu’Armance et Octave ressentent l’un pour l’autre sans pouvoir sel’avouer. La toile de fond de cet amour est la Révolution. Lasituation politique sert de cadre, de soutien au récit de Stendhal. La Révolutiona en effet lancé de nouvelles bases pour la vie en société. Les réalités de lasociété monarchique ont changé, à commencer par la distribution des ressources.Il est intéressant de constater que c’est le dénuement d’Armance qui lui permetde porter un regard sur les personnesqui l’entourent et non sur leurs titres.

« Armance était une nièce assez pauvre de Mmes deBonnivet et de Malivert, à peu près de l’âge d’Octave, et comme ces deux êtresn’avaient que de l’indifférence l’un pour l’autre, ils se parlaient avec toutefranchise. Depuis trois quarts d’heure le cœur d’Octave était abreuvéd’amertume, il fut saisi de cette idée : “Armance ne me fait pas de compliment,elle seule ici est étrangère à ce redoublement d’intérêt que je dois à del’argent, elle seule ici a quelque noblesse d’âme.” Et ce fut pour lui uneconsolation que de regarder Armance. »

Cechangement des réalités sociales est bien reflété dans le roman. Bien qu’ilsoit question de la noblesse, l’absence de la monarchie est remarquable. Bienque le pouvoir du roi soit reconnu, il n’est fait mention de lui dans le récitque de façon circonstancielle. Autre indicateur des changements de mentalités danscette période de transition, le mariage entre Octave et Armance, tous deuxnobles, n’est pas perçu par la plupart de leurs proches comme une alliance,mais comme l’union de deux jeunes gens qui s’aiment.

« Nous marchons vers un temps, répliquait Mme deMalivert, où la faveur de la cour, à moins qu’on ne veuille l’acheter par dessoins personnels de tous les instants, ne sera qu’un objet secondaire pour unhomme de grande naissance, pair de France, et fort riche. »

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