Au bonheur des ogres

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Résumé

Paris, années 1980. Benjamin Malaussène mène une drôle de vie. D’abord, il a en charge une étrange famille : ses demi-frères et demi-sœurs dont Louna, qui est enceinte ; Thérèse, dont les deux uniques passions sont les sciences occultes et la sténographie ; Clara, qui se prépare aux épreuves du bac de français ; Jérémy, collégien imaginatif et au verbe d’une rare grossièreté ; et le Petit, qui fréquente l’école maternelle – sans oublier le malodorant Julius, le chien. En outre, Benjamin Malaussène exerce un étrange métier : il est bouc émissaire au Magasin (un de ces grands magasins parisiens où l’on trouve de tout, cathédrale de la consommation). Dès qu’un client mécontent vient se plaindre chez Lehmann, en charge du bureau des réclamations, Benjamin Malaussène est convoqué par la voix de brume de Miss Hamilton qui jaillit des haut-parleurs. Benjamin va se présenter au client comme le seul responsable du problème – sèche-cheveux qui s’enflamme, réfrigérateur qui prend feu ou autre – et Lehmann menace de le licencier, en utilisant les termes les plus humiliants possibles. Benjamin éclate alors en sanglots, jusqu’à ce que le client, apitoyé, retire sa plainte et s’en aille. L’économie que Benjamin Malaussène fait réaliser au Magasin est énorme, mais la nature même de son étrange emploi doit rester secrète, sous peine de licenciement immédiat.

Benjamin Malaussène avance donc chaque jour dans la vie en s’occupant avec bonté et une relative fermeté de sa famille et en assumant les fautes de son employeur, sous les regards méprisants de ses collègues. Il n’a que deux amis au magasin : Stojil, le veilleur de nuit philosophe avec qui Benjamin joue aux échecs la nuit, dans la pénombre du Magasin silencieux, et Théo, élégant et fantasque personnage à l’homosexualité assumée qui n’aime rien tant que de se faire tirer le portrait dans le photomaton du magasin. Ce dernier a attiré toute une bande de gentils vieillards qu’il vêt de blouses grises, afin de les repérer facilement dans la foule de clients, et les a laissé envahir le rayon bricolage ; là, les inoffensifs petits vieux bricolent des heures avec les milliers de joujoux que sont pour eux perceuses, marteaux et autres clous. Certes, la vie de Benjamin n’est pas exempte de soucis : sa tribu n’est pas facile à gérer et en ce moment, le Petit dessine d’étranges Pères Noël qui dévorent les enfants, des Ogres Noël, en quelque sorte. D’où vient cette inquiétante manie ?

Arrive la veille de Noël, le 24 décembre. Le Magasin grouille de clients affairés, Benjamin se fait humilier dans le bureau de Lehmann, bref, tout va comme à l’accoutumée quand soudain une explosion retentit. Une bombe vient d’exploser au rayon jouets, tout près de là où se trouve Benjamin. C’est la panique, la police envahit le Magasin. La seule victime est un homme, un sexagénaire semble-t-il sans histoires. Quand le Magasin rouvre ses portes le 26 décembre, la foule se presse : quoi de plus excitant que de faire ses achats là où la mort vient de frapper ? Et la foule n’est pas déçue, puisque la mort frappe à nouveau : c’est un couple qui explose littéralement sous les yeux de Benjamin. Cette fois, la police, en l’occurrence le commissaire divisionnaire Coudrier, trouve cette coïncidence étrange. Les employés du Magasin commencent eux aussi à soupçonner ce Benjamin Malaussène qui est soi-disant responsable du Contrôle technique et qui est régulièrement convoqué parce qu’il fait mal son travail. Mais Benjamin a d’autres préoccupations : il vient de surprendre une femme superbe en train de voler un chandail. Il la sauve des griffes de Cazeneuve, en charge de la sécurité du Magasin, et très vite la belle Tante Julia – c’est ainsi que Benjamin l’a surnommée – devient sa maîtresse. Elle est journaliste au magazine Actuel et naît bientôt l’idée d’un reportage exceptionnel : la vie du bouc émissaire du Magasin, son travail, ses humiliations. Les photos qui illustreront l’article seront l’œuvre de Clara, une des sœurs de Benjamin. Mais le poseur de bombes n’en a pas fini avec le Magasin : une troisième bombe explose, dans le photomaton. Cette fois la victime est un personnage connu, un activiste militant contre le droit à l’avortement. Et Benjamin était, là encore, présent lors de l’explosion. Les soupçons de la police se font de plus en plus pesants. Or, elle ignore un détail : Théo, l’ami de Benjamin, a trouvé dans le photomaton un vieux cliché que contemplait la victime au moment de sa mort. Ce cliché est horrible : on y voit la victime, bien plus jeune, en train de sacrifier un enfant. La scène se passe de nuit, au rayon jouets du Magasin.

Une rapide enquête permet à Benjamin de dater le cliché : pendant l’Occupation, le Magasin a été fermé pendant une courte période, le temps pour les autorités de l’époque d’en déposséder ses légitimes propriétaires. Triste époque, que semble pourtant regretter Risson, le libraire de Magasin, monsieur âgé en apparence gentil mais dont l’âme recèle un puissant antisémitisme. Une nouvelle explosion secoue bientôt les murs du Magasin ; elle fait une victime dans les toilettes cette fois : un homme nu, qui avait tapissé les murs de photos. Cette fois, ce n’est plus Benjamin qui était présent mais sa sœur Thérèse, dont la maîtrise des arcanes de l’astrologie lui ont permis de déterminer le jouer et l’heure de l’explosion. Benjamin est maintenant ouvertement soupçonné. C’est alors qu’il comprend que les engins explosifs n’ont pas été apportées dans le magasin par le poseur de bombes mais fabriqués sur place. Par qui ? Par un des petits vieillards en blouse grise de Théo, bien sûr. Il en est un que Benjamin a régulièrement croisé et qu’il a surpris à chaparder dans les rayons. Ce nouveau personnage contacte bientôt Benjamin et lui explique pourquoi ces bombes explosent : pendant l’Occupation, d’ignobles individus ont profité de la fermeture du Magasin pour y accomplir des rites impies, des sacrifices d’enfants. Les victimes des attentats – des ogres en quelque sorte – ont participé à cette ignominie, d’où l’emprunt par Pennac du titre de Zola, Au Bonheur des Dames. Le petit vieillard prévient Benjamin : une dernière bombe doit exploser. Benjamin est bien présent lors de ce dernier acte du drame, et comprend que le coupable n’est pas, comme il le pensait, le libraire Risson, mais le petit vieillard lui-même, diabolique personnage qui a organisé ces faux attentats, en fait des suicides, et a voulu en faire porter le chapeau à Benjamin Malaussène, éternel bouc émissaire.

Justement, l’article sur le bouc émissaire est paru dans Actuel : Benjamin est aussitôt mis à la porte. Mais il ne tarde pas à retrouver un emploi : la responsable d’une maison d’édition – une marchande de prose, en quelque sorte – a justement besoin d’un bouc émissaire pour faire face à des clients énervés. La vocation de saint Benjamin Malaussène ne se dément décidément pas.

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