Calligrammes

par

La portée des poèmes

Chacun de ses poèmes est porteur de sens, mais certains sont plus ambigus que d'autre. Apollinaire aime jouer avec son lecteur et dissémine des références littéraire et culturelle dans ses poèmes.

 

Prenons l'exemple du poème La montre. Celui-ci forme une montre à gousset à l'aide de mots et dit : « Comme l'on s'amuse bien : Mon cœur, les yeux, l’enfant, Agla, la main, Tircis, semaine, l’infini redressé par un fou de philosophe, les Muses aux portes de ton corps, le bel inconnu et le vers dantesque luisant et cadavérique, les heures. Il est — 5 enfin, et tout sera fini. La beauté de la vie passe la douleur de mourir. ». Dans ce poème, chaque chiffre du cadran est représenté par une association de mot/image. Ainsi, on peut constater que : le cœur est unique, il représente donc le chiffre un. Les yeux vont toujours de pair, ils sont alors le chiffre deux. Trois est représenté par l'association logique qu'un enfant est créé par deux individus. Agla est constitué de quatre lettres comme le chiffre du cadran qu'il représente. La main est utilisée pour le chiffre cinq, car bien évidemment une main est constituée de cinq doigts. Tircis rime avec six. Une semaine est composé de sept jours. L'infini est formé de deux boucles entrelacées, qui, si on les met à la verticale forment le chiffre huit. Dans la mythologie, les muses étaient au nombre de neuf. Le bel inconnu n'est autre que le « X » qui marque également le dix romain. Le onze est représenté par une référence littéraire à Dante, qui composait ses poèmes à l'aide d'hendécasyllabe, soit des vers de onze syllabes. Enfin, le douze est le symbole final, celui des heures de l'horloge qui ne vont que jusque-là. Mais en plus d'avoir un mot pour chaque chiffre, Apollinaire représente également ici le passage de la vie d'un homme. Chaque heure qui passe est un moment de sa vie ; c'est ainsi qu'il dit « – 5 enfin et tout sera fini. ». En effet, les heures marquant la mort, à moins cinq l'heure de la mort est proche. Le choix du vers dantesque luisant et cadavérique n'est par conséquent pas anodin : les vers sont également ceux qui se repaissent du corps, une fois que celui-ci est mort. Ils sont présents en attente de la mort toute proche.

 

A côté de La montre est placé le poème La cravate. Ces deux accessoires sont connus de l'homme « civilisé » qui aime à se montrer et font partie des conventions sociales. Le texte de ce poème n'est pas aussi ambigu que La montre mais parle d'un phénomène que décrit l'auteur. Pour lui, la cravate est une chaîne que se met volontairement l'homme au cou, claironnant haut et fort qu'il est esclave de la mode et de la société. Incapable de s'affranchir des codes, il se passe une corde, tel un pendu. Pour Apollinaire, il faut enlever cette cravate pour retrouver sa liberté : « Ôtes-la si tu veux bien respirer. » A travers ce calligramme court, l'auteur laisse passer un message important, qui se veut une satire de sa société. Lui-même en écrivant montre l'exemple en ne respectant pas la casse habituelle des mots ni leur disposition.

 

Le recueil Calligrammes reflète donc une volonté forte de se démarquer de la part de l'auteur, qui cherche à bouleverser les tendances et les contraintes de son époque. On le considère à juste titre comme le précurseur du surréalisme, mouvement où l'on cherche à montrer une vision différente du monde, refusant la logique de l'esprit pour se diriger vers quelque chose de plus onirique, absurde. Son esprit « rebelle » en aura inspiré plus d'un.

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