Critique de la faculté de juger

par

Une critique de la faculté de juger esthétique

A. Un problème externe et interne au kantisme

 

Kant commence ainsi par une critique de la faculté de juger esthétique. Il inscrit l’idée d’une universalité du beau dans le sujet qui énonce un jugement esthétique. Dans cette troisième Critique, le terme « esthétique » a le sens de théorie de la beauté. Il s’agit de penser la finalité, et le cas de la finalité subjective à l’œuvre dans le jugement esthétique s’inscrit dans la volonté d’expliquer la téléologie. Le but consiste à réfléchir quant à l’insertion de la téléologie dans le système transcendantal, c’est-à-dire sur le rôle de cette finalité nécessaire pour penser.

 

B. L’analytique du beau

 

Le premier type de jugement esthétique porte sur le beau. Dans cette « Analytique du beau », Kant démontre que le beau n’est pas une propriété de l’objet. L’objectif de Kant est donc de penser les conditions transcendantales de possibilité de l’esthétique en tant que telle. Le sujet apparaît au centre de l’esthétique kantienne. Néanmoins, l’objet est tout aussi central, au sens fondamental de sa présence, car on ne peut pas percevoir quelque chose de beau si on ne perçoit rien. Pour Kant, la présence du monde est première et il apparaît logique ensuite que la première action du sujet soit celle de la perception. Mais cela s’avère plus complexe car il faut que la représentation de l’objet soit accompagnée pour le sujet de plaisir. Dans ce jugement esthétique, il s’agit d’une satisfaction. Cette satisfaction n’est pas totalement sensible contrairement au jugement sur l’agréable. C’est en cela que le jugement esthétique qui porte sur le beau instaure une harmonie synthétique entre le sensible et l’intelligible. En effet, Kant écrit que lorsqu’on dit d’une chose qu’elle est belle, le beau est l’objet d’une satisfaction désintéressée. Cela est rendu possible par la fin subjective qu’il y a dans le jugement. On postule l’adhésion universelle d’autrui à notre jugement. On aimerait que ce que l’on trouve beau fût beau pour tout le monde.

En outre, Kant écrit que le beau est ce qui plaît sans concept. Dans cette Critique de la faculté de juger, le point de vue est subjectif dans le sens où le jeu des facultés, à savoir l’entendement et l’imagination, est libre parce que l’entendement ne légifère pas par ses concepts et que l’imagination n’a pas à les schématise. Selon Kant, l’entendement est devenu « contemplatif » et l’harmonie du beau est placée au cœur du jeu des facultés. Cela signifie que cette harmonie du beau qui est arrachée à l’objet est placée au cœur du sujet. Ainsi, le propre du jugement sur le beau est cette harmonie du jeu de l’entendement et de l’imagination (cette dernière schématisant sans concept). Au contraire, dans le jugement sur le sublime, la raison entre en conflit avec l’imagination.

 

C. L’analytique du sublime

 

L’analytique du sublime fait l’objet d’un second jugement esthétique où la raison appréhende ce qui est absolument grand ; la dimension a donc ici une place importante : le beau se caractérise par sa petitesse alors que le sublime se caractérise par sa grandeur. La nature relève, elle, du sublime. Kant écrit que le sublime est le surgissement de l’infini car la nature propose des objets dont la grandeur ne peut être saisie par une addition successive de parties. C’est alors l’idée de totalité qui saisit elle-même la raison. L’imagination se révèle impuissante à présenter dans une intuition cet objet qui la dépasse infiniment. Le sublime est le surgissement de l’infini. Il y a une ambivalence esthétique dans la faculté de plaisir et de déplaisir car le beau procure un plaisir et le sublime, lui, procure un déplaisir mêlé de crainte.

Kant ajoute qu’il y a deux expériences du sublime qui sont possibles : le sublime mathématique (ce qui est lié à l’idée de l’infini en grandeur) et le sublime dynamique (ce qui est lié à l’idée de l’infini de la puissance). Kant montre que le beau est lié à une forme limitée alors que le sublime l’est à une absence de forme et de limite.

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