Critique de la faculté de juger

par

Une problématique double

A. Le but affiché de l’œuvre

 

La Critique de la faculté de juger essaie de penser la liaison entre le déterminisme (de la connaissance, des phénomènes) mis en lumière dans la Critique de la raison pure et la liberté humaine (fondée dans le monde nouménal et non celui des phénomènes) mise en lumière dans la Critique de la raison pratique. Car les lois du monde sensible obéissent à la causalité alors que celles du monde moral obéissent à la finalité, et il faut encore expliquer comment les premières ne rendent pas impossibles les secondes.

Comment est-il donc possible d’accorder la causalité et la finalité ? La réponse de Kant va consister en une théorie de la faculté de juger, où il va s’agit de bien relier le sensible et l’intelligible (ce dernier au sens nouménal, et non au sens classique de la métaphysique). Or c’est l’opération du jugement qui permet de jeter un pont entre ces deux domaines. La Critique de la faculté de juger est donc une critique des intermédiaires entre le sensible et l’intelligible. Il s’agit de comprendre comment peuvent être données a priori des lois. La problématique n’est donc pas neuve puisqu’elle s’inscrit dans la continuité du travail des deux premières Critiques dans lesquelles Kant examinait la faculté de connaître, qui recevait a priori sa loi de l’entendement ; dans la deuxième, il analysait la faculté de désirer et de vouloir, qui recevait de façon a priori, elle aussi, sa loi de la raison. Dans la troisième Critique, il s’agit d’examiner la dernière des trois facultés de l’âme humaine, celle d’éprouver les sentiments du plaisir et de la peine, à laquelle seront également données des lois a priori dans cette opération qu’est le jugement.

La faculté de juger est introduite comme un pouvoir qui se trouve entre l’entendement et la raison. De la même façon, le sentiment de plaisir et de peine se situe entre la faculté de connaître et celle de désirer.

Kant se demande ce que signifie le fait de juger. De façon générale, il dit qu’il s’agit de la capacité de penser le particulier comme contenu dans le général. Cependant cela peut se faire de deux façons différentes. Pour ce qui concerne le jugement déterminant, étudié relativement à l’étude de la connaissance dans le cadre de la Critique de la raison pure, il s’agit de déterminer des cas particuliers par rapport à une règle générale. Le général est donné (des lois prescrites par l’entendement), et il faut l’appliquer au particulier (d’où la théorie du schématisme). Pour ce qui est du jugement réfléchissant, c’est le particulier qui est donné, et il faut, par le biais du jugement, accéder au général. Le principe du jugement réfléchissant est la finalité. Dès lors, il s’exerce de deux façons, qui vont commander les deux grandes parties de la Critique de la faculté de juger. Si la finalité est subjective, il s’agit d’une faculté de juger esthétique. En revanche, si la finalité est objective, il s’agit d’une faculté de juger téléologique.

 

B. La question de la systématicité

 

Dans cet ouvrage, le problème est double puisque cet essai de penser l’irrationnel se manifeste dans deux directions différentes. Il y a celle de l’esthétique (c’est-à-dire penser le jugement) et celle de la téléologie (c’est-à-dire penser le vivant).

La troisième Critique apparaît comme une réflexion sur les limites de la rationalité et une critique de la systématisation de la nature. Dans cet ouvrage, Kant ne clôt pas la trilogie des Critiques. Au contraire, il considère, contrairement à Hegel notamment, qu’il n’y aura jamais de « savoir absolu » et qu’il faut donc concevoir l’exigence de systématicité comme le travail infini de la raison qui tend, au-delà du connaissable, vers le pensable – mouvement rendu possible par l’idée d’une unification parfaite du savoir.

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