David Copperfield

par

Le sort tragique des plus faibles

Dans ce roman, contrairement à beaucoup derécits où les personnages qui représentent le bien sont récompensés et les « méchants »châtiés, exposant ainsi une sorte de morale au lecteur, les plus faiblestrouvent ici un châtiment pénible alors qu’ils n’avaient fait autour d’eux quele bien. À travers son texte, Dickens nous montre la vie telle qu’elle peutêtre et non pas fantasmée, c’est-à-dire injuste parfois, favorisant les plussournois et sacrifiant les plus faibles. Plusieurs personnages sont donc victimed’une injustice du destin, les menant à la plus funeste des fins.

Le premier personnage dont l’injustice nousapparaît comme flagrante est celui de Clara Copperfield. Cette jeune femmeépouse très tôt un homme beaucoup plus vieux qu’elle mais dont elle estamoureuse et qui est bon pour elle. Cet homme lui donne un fils, la comblant auplus haut point. Mais seulement un an après leur mariage et six mois avant lanaissance de notre héros, Mr Copperfield meurt, sa santé n’étant déjà plus trèssolide. La jeune Clara, à peine âgée de vingt ans est ainsi déjà veuve. C’estson premier drame mais certainement pas le dernier. Elle va par la suite fairela connaissance de Mr Murdstone, qui se révèle être un homme abominable, aimantbattre les plus faibles que lui. Il domine totalement la malheureuse jeunefille : de souriante, elle devient pensive et discrète ; elle n’estplus que sa propre ombre : (« J’ai bien des défauts, je le sais,et c’est très bon à vous, Edouard, qui avez tant de force d’âme, de chercher àles corriger pour moi. […] Ma mère était si accablée qu’elle ne put aller plusloin. » Nous assistons par le regard de son fils à sa descente progressiveaux enfers. Après lui avoir enlevé son fils, Mr Murdstone va s’en prendre à safemme, la maltraitant physiquement et moralement, ce qui finit par la tuer. Desa bonté, il ne lui a rien été retourné, ce qui rend sa fin encore plustragique.

La mort de Clara entraîne en outre celle d’unnourrisson qu’elle a eu avec son nouvel époux. Même issu d’un père sadique, cetêtre est présenté comme innocent et pur, et le voici déjà mort : « Savez-vouscomment va mon petit frère monsieur ? […] Il est dans les bras de sa mère,dit-il. Ne vous chagrinez pas plus que de raison, dit M. Omer ; oui, lebébé est mort. » Cette injustice est bouleversante ; David perdun frère qu’il ne connaîtra jamais et sa solitude en est comme accentuée. Encoreune fois, la faiblesse d’un personnage lui vaut la mort plutôt que de l’aide etun entourage bienveillant.

Enfin, autre personnage dont la mort semble aulecteur injuste et sévère, celle du jeune Ham, neveu de Peggotty. C’est unjeune homme bon et simple, âgé de six ans de plus que le héros. Dès leurrencontre, David et lui développent une véritable complicité.

Ham est amoureux de la petit Émilie qu’ildemandera bientôt en mariage. Rien n’aurait dû troubler leurs fiançailles, maisl’arrivée de Steerforth va tout chambouler : il séduit la jeune Émilie etlui promet le monde. Charmée, celle-ci s’enfuit avec lui, laissant son fiancéseul. Il part alors à sa recherche. Un jour, alors qu’il se trouve sur unbateau en Australie, celui-ci coule. Ham aperçoit un homme en train de se noyeret accourt pour le sauver, mais il se noie. Plus tard, le lecteur apprend quecet homme pour lequel il a donné sa vie n’est autre que Steerforth, l’homme quilui a ravi celle qu’il aimait : « On tira Ham à mes pieds.Insensible… mort. […] la grande vague l’avait frappé à mort ; son noblecœur avait pour toujours cessé de battre. » Le bon Ham est considérécomme faible car son cœur est trop généreux : sa bonté, perçue comme unefaiblesse, finit par le tuer.

Le roman regorge ainsi de destins tragiques ;la vie représentée par la fiction, à l’image de la vie réelle, semble punirplus férocement les individus « faibles ». L’auteur renonce ici àdonner à son lecteur une morale selon laquelle le destin récompense les grandesâmes. Il nous montre un destin impartial, qui ne fait aucune distinction entreles bons et les mauvais.

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