Dialogues de Bêtes

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Résumé

Les Dialogues de bêtes sont latranscription de conversations entre un chat, Kiki-la-Doucette, et un chien,Toby. Kiki est un angora au pelage tigré. Il est beau, soigné de sa personne,hautain, et porte sur le monde qui l’entoure un regard assez méprisant. Bref,c’est un chat. Quant à Toby, c’est un bull bringé à la face de crapaud, auxyeux globuleux, au corps cylindrique, et qui a un vague trognon de queue. Ilest agité, impulsif, bruyant, spontané et naïf. En d’autres termes, c’est unchien. N’oublions pas les Deux-Pattes – c’est ainsi que Kiki-la-Doucette etToby-Chien désignent les humains – qui apparaissent au fil des conversations, « seigneursde moindre importance » que les deux protagonistes velus : « Elle »et « Lui ».

Kiki et Toby s’entendent plutôt bien. Ilscohabitent et partagent la vie de leurs Deux-Pattes. Toby est en adorationdevant Elle – Colette – dont il brosse un portrait charmant, celui d’une jeunefemme gaie, sportive (elle fait de l’équitation), un peu mondaine, toujours enmouvement, mais particulièrement proche de la nature et des espaces libres.Elle emmène Toby partout avec elle, dans les magasins, en visite, et même surles scènes de music-hall. Mais c’est surtout lors de longues promenades enpleine nature que Toby peut laisser libre cours à son exubérante adoration poursa jolie maîtresse. Ils passent des heures à cheminer sous le soleil ou sous lapluie, sur les chemins poussiéreux, dans l’herbe, dans la forêt, ou alors ilscueillent des mirabelles dans le jardin, fruits que Toby accepte de goûter paramour d’Elle.

Kiki, pour sa part, se laisse adorer par Lui –Willy – qui est beaucoup plus casanier. Il passe des heures à « gratter lepapier » dans une pièce fermée. Le grand plaisir du beau chat est d’allersalir les papiers grattés par son Deux-Pattes, qui tolère tout de lui. Seul leliquide bleu posé dans un pot sur le bureau – de l’encre – effraie un peu lefélin.

Toby ne vit que par et pour Elle, c’est sadéesse omnipotente, sa vie de chien dépend d’elle pour tout. Kiki, pour sapart, sait se ménager un jardin secret et une vie indépendante de Lui ;quand il ne procède pas à une minutieuse toilette, couché sur un sofa, il erredans la nature et les fermes voisines, séduit les chattes, affronte ses rivauxet tue cruellement oiseaux et souris qui passent à sa portée.

Chaque Dialogue est l’occasion pourColette de brosser un portrait vif et plaisant de sa vie avec Willy. Elleévoque les paisibles séjours à la campagne, les voyages en train, les visitesfutiles de connaissances mondaines, la maladie. Cependant, on aurait tort de nepas aller plus loin et d’ignorer les trésors profondément enfouis que recèle cerecueil. À travers leurs entretiens informels, Kiki et Toby abordent parfoisdes sujets graves, comme lorsque la maladie d’un Deux-Pattes – Elle – les amèneà évoquer ce-dont-il-ne-faut-pas-parler, c’est-à-dire la mort. Les Dialoguessont aussi prétexte à l’évocation de problèmes plus personnels de Colette,en particulier quand Toby la voit blessée par la lecture d’une revue de presseoù elle prend connaissance d’articles critiquant son spectacle de mime. Eneffet, Colette vit alors un moment essentiel de sa vie de femme et d’écrivain.C’est l’époque où la jeune femme a décidé de se lancer dans une carrièred’artiste de music-hall, de mime pour être précis. Les critiques acerbes quiaccompagnèrent ses débuts la blessèrent cruellement, ce qu’indique la scène oùToby, médusé, assiste à la vive colère de la femme meurtrie qui voit là sontalent, mais aussi son droit de femme libre à exercer une activité indépendante,remis en cause. Inscrite dans son contexte, cette scène est d’autant plusimportante que l’on se souvient que c’est l’époque où Colette découvre queWilly la trompe sans vergogne, autre blessure dont elle portera toujours lacicatrice. Derrière le portrait apparemment léger d’un couple de gens de plumebien parisiens transparaît l’image d’une femme dont le talent d’écrivain a étéocculté par son mari qui a signé ses quatre premiers romans à sa place, d’uneartiste dont le talent peine à être reconnu, d’une femme corsetée par lescontraintes d’une époque dans laquelle elle étouffe. Et c’est un petit bullbringé que Colette a choisi comme porte-parole. Voilà la conclusion de ces neufchapitres sans lien narratif apparent : parti du portrait léger del’intérieur d’un ménage bourgeois apparemment sans histoires, le lecteurassiste aux prémices du départ de la femme, et reçoit les premiers signaux dela désagrégation d’un couple.

 

Dans les éditions postérieures furent ajoutéestrois nouveaux chapitres, assez différents. Deux d’entre eux mettent en scèneune chienne bergère, fidèle compagne d’un fantassin de la Grande Guerre. Dansle premier de ces trois récits, la bergère dévoile à son maître l’infidélité desa volage maîtresse. Dans le suivant, elle évoque les combats féroces, sanglants,et la peur permanente que le jeune sergent et elles ont vécue dans la boue destranchées. Ces deux chapitres ont un ton bien plus grave que les neufprécédents. Nul trait comique ne vient alléger un climat où rôdent la tristesseet la mort.

Le troisième et dernier tableau montre aulecteur deux chats et deux chiens qui paressent dans un jardin à Auteuil.Soudain, un deux-pattes pose au milieu d’eux un être stupéfiant qui ne laissepas de les intriguer : une tortue.

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