François le Champi

par

François

François a été recueilli par la Zabelle, sa mère adoptive, qui l’a trouvé dans un champ. L’enfant semble avoir autour de six ans, ne connaît ni son nom de famille ni celui de la femme qui l’a adopté. Bien que son physique soit attachant et avenant, les villageois retiennent surtout l’ignorance dont il fait preuve à propos de ses origines, de l’endroit d’où il vient, du nom de ses ancêtres. La femme du meunier, Madeleine, dit lui donner pour sa bêtise apparente l’âge d’à peine six ans : « c’était un bel enfant, il avait des yeux magnifiques. C’est dommage, pensa-t-elle, qu’il ait l’air si niais. »

Ainsi, François reçoit de la population du village le surnom de « Champi », sobriquet attribué à tous ceux qui, sans parents, ont été abandonnés dans la campagne. La réputation de paresseux et de voleur qui s’attache à cette situation lui colle à la peau, et les villageois le méprisent. Cependant, cette image est totalement surfaite : François ne demande qu’à être aimé, et le rend bien à ceux qui l’apprécient, se montrant serviable et adorable. Par exemple, alors que Madeleine est incapable de ramener chez elle son linge devenu trop lourd, car imbibé d’eau, et qu’elle est contrainte de laisser au lavoir son matériel de blanchisseuse, François lui court après jusqu’à chez elle afin de le lui rapporter : « tu n’es pas si bête que je croyais, toi, car tu es serviable, et celui qui a bon cœur n’est jamais sot. »Ainsi, son sens du service, son caractère doux et aimable surpassent aux yeux de ceux qui savent l’apprécier son apparente ignorance et sa simplicité d’esprit.

En grandissant, élevé dans l’amour de Madeleine et celui de sa mère adoptive, il développe de plus en plus de qualités appréciables. Il est fringant et impétueux, mais sans jamais se départir de son caractère posé et tranquille qui le rend si aimable aux yeux des deux femmes avec lesquelles il vit : « Avec cela, il était courageux comme un homme ; il allait à la rivière comme un poisson, et plongeait jusque sous la pelle du moulin, ne craignant pas plus l’eau que le feu ; il sautait sur les  poulains les plus folâtres et les conduisait au pré sans même leur passer une corde autour du nez, jouant des talons pour les faire marcher droit et les tenant aux crins pour sauter les fossés avec eux. Et ce qu’il y avait de singulier, c’est qu’il faisait tout cela d’une manière fort tranquille, sans embarras, sans rien dire, et sans quitter son air simple et un peu endormi. »Malgré son évidente faiblesse mentale, il demeure toutefois un enfant reconnaissant et plein d’initiatives : la Zabelle raconte en effet qu’à l’âge de cinq ans, le petit l’a soignée alors qu’elle se trouvait malade.

François « le Champi » est donc un personnage fort de signification pour Georges Sand, qui nous montre par son intermédiaire que si l’on accorde à quelqu’un la reconnaissance de ses qualités, celui-ci va davantage les développer et s’identifier à la manière dont on le perçoit.

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