François le Champi

par

La relation François-Madeleine

Le rapport entre Madeleine, femme du meunier, atteignant la trentaine d’années à la fin de l’œuvre, et François, d’abord enfant bâtard puis jeune homme toujours émotionnellement dépendant de Madeleine, choque et interpelle lorsque le roman est publié en 1847.

En effet, si Madeleine est touchée au début, par la fragilité du champi et le rejet sont il est victime, cette relation se voit ensuite décuplée et se transforme petit à petit en amour. S’occuper du jeune garçon développe en la femme du meunier, qui vit un mariage malheureux et voué à l’échec avec Cadet Blanchet, un très fort sentiment maternel. Elle transpose le manque d’attention et de reconnaissance de son cruel mari et de sa belle-mère sur François, qui, lui aussi, lui rend son affection au centuple. L’association de ces deux êtres qui chacun, souffre d’un manque et d’un rejet, se complète à merveille. En effet, chacun d’eux peut apporter à l’autre ce qui lui manque.

La relation des deux personnages est autant physique qu’émotionnelle. Tant que François est encore enfant, il agit en tant que tel et reçoit de nombreuses caresses et marques d’affection de Madeleine. La force de l’attachement qu’il a pour elle, et son caractère trop affectueux, sont également matière à rendre ses caresses et ses étreintes à la femme qui le prend sous son aile. Petit à petit, la limite entre cet amour maternel presque violent, et un amour charnel, va devenir de plus en plus ténue, mais sans altérer l’aspect protecteur et dépendant de l’un envers l’autre. François lui-même, dans ses paroles, reste vague, puisqu’on ne parvient pas, à la lecture seule du texte, à discerner s’il évoque une relation amoureuse ou simplement basée sur une reconnaissance infinie. « …je ne me serais pas consolé, sans le secours, d’une autre femme qui a été encore la meilleure des trois, et pour qui j’ai gardé tant d’amitié que je ne veux pas vivre pour une autre que pour elle. »

De ce fait, certains qualifient cette relation de presque incestueuse, bien qu’il n’y ait aucun lien de parenté véritable entre ces deux personnages. Une chose est certaine, ils entretiennent une forme de dépendance mutuelle affective. L’un et l’autre semblent avoir peur de cette relation qui unit deux êtres que les années séparent. François ne parvient pas à avouer cet amour, bien que celui-ci soit clairement identifiable aux yeux de tous. Ainsi, les deux personnages semblent être les seuls pour qui l’amour réciproque n’est pas encore évident. « – Oh ! dit François, rougissant comme une fille, je l’aime comme ma mère, et j’ai du respect plein le cœur. – Je n’en fais pas doute, reprit Jeannette, mais vous l’aimez de deux manières, car votre figure me dit l’une, tandis que votre parole me dit l’autre. ». Ainsi, François semble avoir besoin que quelqu’un d’extérieur lui explicite clairement ce que son cœur fait apparaître au dehors et que tout le monde a perçu. Le motif de l’expulsion de François de la location de la Zabelle était déjà basé sur cette relation privilégiée qui avait rendu jaloux le mari de Madeleine et sa maîtresse. Ainsi, depuis le début, il était apparent que les deux personnages allaient tomber amoureux.

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