Hygiène de l'assassin

par

L’œuvre, sa structure et le lecteur

Quelquespassages de l’œuvre sont romancés mais la majeure partie du livre constitue uncatalogue d’interviews. La première moitié du récit présente le personnageprincipal et rapporte les quatre entretiens ratés des premiersjournalistes ; elle constitue en ce sens une introduction à la deuxièmepartie, une manière de présenter le personnage principal. La deuxième moitié dutexte expose le dialogue entre Prétextat et Nina.

Ceroman nous permet de nous interroger sur les origines des histoires que l’onraconte, que l’on transmet ; les romans cachent-ils tous une partautobiographique ou sortent-ils simplement de l’imagination de leurs auteurs ?C’est parce que le héros a écrit un roman sur son histoire avec Léopoldine queNina interprète le livre comme une confession de son auteur. Par la mêmeoccasion, à la fin du livre, on ne peut s’empêcher de se demander si, au fond,Prétextat Tach ne serait pas l’avatar fictif d’Amélie Nothomb. Bien souvent,ses romans mêlent en effet autobiographie et fiction. Le livre nous interrogeégalement sur le type de lecteurs que nous sommes : de bons lecteurs qui savonslire entre les lignes et qui comprenons ce qu’ils lisent ou de mauvais lecteursqui ingurgitons des pages et des pages sans parvenir à les digérer et à entirer quelque chose ? Ce roman pose également la question des procédéslittéraires utilisés par les écrivains, en particulier celui de la métaphoreque Prétextat dit détester.

Lesthèmes abordés sont l’adolescence et la puberté, le refus de la sexualité,les clichés, les préjugés et la mauvaise foi de notre époque, l’inceste et lalittérature.

Leroman se déroule dans l’appartement de l’octogénaire où règne une forte odeurd’Alexandra (le cocktail qu’aime se préparer l’écrivain) ainsi que de sueur. Ily fait plutôt sombre et l’atmosphère est intimiste, propice à la confidence.

Lediscours employé par Nothomb est direct pour ce qui relève des dialogues etnarratif pour la présentation de Prétextat Tach. Lors des dialogues entrePrétextat et Nina, la tonalité est discursive, les deux personnages se livrantà un jeu de questions-réponses, basé parfois sur une argumentation. Le registreemployé par Tach pour décrire sa relation avec Léopoldine est quant à luilyrique.

Lalecture d’Hygiène de l’assassin est très prenante. Amélie Nothomb manieparfaitement l’art du dialogue de type « interrogatoire », donnantune dimension implicite de roman policier à l’ensemble de son roman. Prétextatest un personnage antipathique qui ne suscite aucune indulgence chez le lecteur,malgré la violence dont Nina fait parfois preuve avec lui. Ce manque de pitiéde la part du lecteur ne vient pas seulement de la description du personnage ;le lecteur aura plutôt tendance à s’identifier à Nina et à ressentirdirectement la misanthropie du protagoniste comme s’il était lui aussi attaquépar les propos de Prétextat : « Comment ? La presse masculine engage desfemelles, maintenant ? […] Merde alors! Ça promet : on commence parengager des femelles, on finit par engager des nègres, des Arabes, desIrakiens ! ». En tout cas, il s’agit d’un roman qui transposevéritablement le lecteur dans l’univers étroit d’un vieux célibataire acariâtreet désagréable. 

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