Hygiène de l'assassin

par

Les rapports de force entre l'écrivain et les journalistes

Ici,il n’y a qu’une joute oratoire entre l’écrivain et les journalistes, pas decombat réel. Cependant, on peut y constater que les mots sont aussi forts,parfois même plus encore que les gestes. Par exemple, par la simple force deson talent oratoire, Prétextat Tach réussira à en rendre malade plusd’un : « Je ne me suis jamais senti si lamentable »,« Le malheureux, verdâtre, vint s’écrouler parmi eux », « Àcause de la peur, il exhalait une odeur épouvantable » ou encore« Tach roula pleins gaz jusqu’à la fenêtre qui donnait sur la rue et eutla satisfaction intense de contempler le malheureux vomir à genoux, terrassé ».

Parailleurs, son talent d’éloquence est reconnu par l’ensemble des journalistesqui ne l’ont pas encore rencontré. Ils ne tarissent pas d’éloges à sonégard : « Ce type est une mine d’or », « Il a unemanière de désarçonner l’adversaire ! », « Quelleéloquence ! Quelle finesse chez cet obèse ! ». Dans ce roman quin’est qu’un immense dialogue, le héros maintient par sa dextérité langagière unrapport de force entre lui et les journalistes. Il mène l’interlocuteur où ille souhaite, le poussant dans ses retranchements, ne répondant que par phrasescourtes et sans aucune prise pour d’autres questions, se moquant allègrement,etc. Il est éprouvant psychologiquement pour ceux qui l’interrogent. L’emploide l’ironie est très fréquent : « Vous calculez bien », « Etmon bain, ça vous intéresse ? », « Seriez-vous éjaculateurprécoce, monsieur le journaliste ? ». Il produit un rabaissement dujournaliste qui l’oblige à se forger une solide carapace s’il ne veut pas finirsous les assauts et le poids de celui qu’ils appellent « l’obèse ».Il change également régulièrement son discours et cherche constamment àdéstabiliser son interlocuteur en posant des questions ou en y répondant demanière incongrue : « Alors, la guerre a commencé ?

–Pas encore, monsieur Tach.

–Elle va commencer, quand même ?

–À vous entendre, on croirait que vous l’espérez.

–J’ai horreur des promesses non tenues. Une bande de rigolos nous a promis uneguerre pour le 15 à minuit. Nous sommes le 16 et il ne s’est rien passé. On sefout de la gueule de qui ? Des milliards de téléspectateurs sont auxaguets. »

Sonmode opératoire est toujours le même : plutôt gentil et attentif au début,il instille de plus en plus de méchancetés dans la discussion, commence à semoquer, puis subitement s’énerve et met le journaliste à la porte. Ceci estvalable pour tous à l’exception de Nina, mais aussi du journaliste qui partvider son estomac sur le trottoir.

PrétextatTach se sert des mots pour prendre le dessus sur ses adversaires : ils nesont que des pions avec lesquels il s’amuse et qui n’ont aucune chance face àlui : « Quand on est une petite nature, on ne vient pas se mesurerà Prétextat Tach ». Il place d’entrée de jeu un rapport de forceinégal entre lui et l’autre ; seule Nina aura suffisamment de verve etsaura le battre à son propre jeu.

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