Hygiène de l'assassin

par

Prétextat Tach

Prétextat est un vieil homme de quatre-vingt-trois ans à l’origine de vingt-deux romans réputés comme difficiles à lire. Il vit dans un petit appartement au rez-de-chaussée, son obésité l’obligeant à se déplacer en fauteuil roulant. Il ne sort jamais, sauf pour faire ses courses dans les différentes épiceries du quartier. Il n’a pas non plus d’amis et ne voit qu’une seule personne de temps en temps. En effet « une infirmière très courageuse passait vers 17 heures pour le laver » ; elle est la seule présence chez lui. « Son secrétaire, Ernest Gravelin, vivait quatre étages plus haut mais évitait autant que possible de le voir ». Ces faits rapportés montrent à quel point M. Tach terrorise ceux qui l’entourent.

Physiquement, il dresse un portrait peu flatteur de sa personne : « Quatre mentons, des yeux de cochon, un nez comme une patate, pas plus de poil sur le crâne que sur les joues, la nuque plissée de bourrelets, les joues qui pendent, et, par égard pour vous, je me limite au visage ». Cette dégradation physique ne permet qu’un contraste plus saisissant entre sa beauté d’enfant et sa laideur actuelle. Ayant décidé jeune, avec sa cousine et l’amour de sa vie, Léopoldine, d’arrêter de grandir, il est devenu grand en taille mais a conservé des traits d’enfant : « Vous étiez tellement beau, vous aviez les traits tellement purs, les membres tellement fins, et une complexion si asexuée, les anges ne doivent pas être bien différents ». Par amour pour Léopoldine, il se fera son assassin, quand ils se trouveront confrontés au corps de celle-ci entré en puberté et donc quittant cette enfance où ils s’étaient promis de demeurer.

L’annonce de la mort imminente de Prétextat Tach, atteint d’un cancer rare s’attaquant aux cartilages, ameute beaucoup de reporters. Il reçoit donc la visite de plusieurs journalistes, cinq en tout avec Nina, qu’il se fera un plaisir de torturer verbalement, jouant avec eux, les rabaissant, les écœurant. Tous en ressortent épouvantés ou tout du moins marqués : « Le malheureux, verdâtre, vint s’écrouler parmi eux », « le teint livide du journaliste vira au vert : il décampa en courant, plié en deux la main sur la bouche », « Le journaliste penaud rejoignit ses collègues au café d’en face », etc.) Seule Nina parviendra à le déstabiliser. Il finira même par en tomber amoureux, et lui demander de l’étrangler afin de mourir en pleine extase.

Amélie Nothomb nous présente un personnage qui se montre violent, obscène, méprisant, orgueilleux, grossier et parfois raciste ; il s’agit d’un véritable misanthrope et misogyne doté d’une incroyable intelligence. Il représente l’écrivain célèbre, fascinant, horrifiant, et incompris.

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