Kamo l’agence Babel

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Résumé

Kamo,l’agence Babel met en scèneKamo, un jeune adolescent, et le narrateur dont le lecteur ignore le nom. Kamoest un garçon original qui vit seul avec sa mère. Il est brillant, surdouémême… sauf en ce qui concerne les langues étrangères. C’est sur ce constatd’échec que commence l’histoire : Kamo n’a obtenu que trois sur vingt enanglais ! Sa mère – polyglotte qui maîtrise un nombre impressionnant delangues indo-européennes – est furieuse. Sa fureur ne tombe pas quand son filslui fait observer que pour sa part elle est incapable de conserver un emploi.Germe alors l’idée d’un étrange défi entre la mère et le fils : si elleparvient à garder un emploi au moins trois mois, Kamo s’engage à apprendrel’anglais dans le même laps de temps. Marché conclu !

La mère de Kamo se met aussitôt en quête d’uneplace, se fait embaucher dans une entreprise liée à des échanges culturels etse jette dans le travail. Son fils la voit de moins en moins, elle rapporte dutravail à la maison, y consacre même son dimanche ! Quand les trois moissont écoulés, c’est avec un grand sourire que la mère rappelle à son fils quec’est à son tour de remplir sa part du contrat. Elle lui tend alors une listede noms : des correspondants étrangers. Il lui faut en choisir un ou une,lui écrire régulièrement, et dans trois mois, il sera bilingue. Kamo contemplela liste, choisit un nom au hasard : Catherine Earnshaw, une jeuneAnglaise. Il lui suffit d’envoyer son courrier à une boîte postale, celle del’agence Babel.

Kamo écrit donc à Catherine, mais il choisitde lui écrire en français, et qui plus est dans un argot que son défunt pèrelui a enseigné. Quand il reçoit la réponse, il est stupéfait. Par la lettreelle-même d’abord : enveloppe scellée à la cire, papier ancien, écritureacérée et brouillonne, que l’on retrouve sur la missive elle-même. Le ton estacéré lui aussi. Le narrateur en traduit le texte à Kamo : Catherineapparaît comme une jeune fille vive, intelligente, passionnée, et trèsmalheureuse. Mais elle ne s’apitoie pas sur son sort : elle manie l’ironieavec brio, et la personnalité qui apparaît à travers sa prose fascine Kamo, quidécide de lui répondre sur le champ, sans humour malvenu cette fois. Cependant,le narrateur fait observer que le style qu’emploie cette jeune Catherine Earnshawest bien archaïque : tournures anciennes, mots surannés, tutoiement même(alors que le tutoiement n’est plus utilisé en anglais depuis… des décennies,au moins).

Évidemment, Kamo demande à son ami de traduirela lettre qu’il destine à sa correspondante, mais il veut être absolument sûrque ce qu’il souhaite lui dire apparaît bien dans la traduction. C’estsemble-t-il le cas, puisque Catherine répond, et en se livrant davantage. Elleparle d’un certain « H » qui compte beaucoup pour elle, de son pèredisparu… Kamo brûle de lui répondre, mais il se montre tellement critique surl’anglais de son ami traducteur que ce dernier l’invite fermement à sedébrouiller seul désormais : qu’il les écrive tout seul, ses fichueslettres ! Et c’est ce que fait Kamo.

Pour ce faire, il lui faut progresser enanglais. Il fréquente assidûment la salle de classe de Mlle Nahoum, la professeured’anglais du collège ; il passe des heures à son bureau afin deprogresser. Même sa mère commence à lui dire qu’il en fait un peu trop. MaisKamo n’en a cure : il apprend et poursuit avec Catherine Earnshaw unecorrespondance qui lui prend tout son temps, à tel point que le narrateur s’eninquiète. La personnalité de cette jeune Anglaise lui apparaît comme des plusétranges : langue archaïque, mots obsolètes, allusions à des célébritésdisparues dont elle parle comme s’ils étaient des contemporains, ignoranced’objets actuels comme le téléphone… Le narrateur procède à quelquesrecherches : le papier à lettre est ancien, le cachet de la poste estcelui qui était utilisé en Angleterre à la fin du XVIIIesiècle ! Et qui scelle une enveloppe à la cire de nos jours ? Deplus, Kamo semble tombé dans un gouffre, toutes ses pensées sont focalisées surCatherine Earnshaw. Kamo est amoureux ! Et il n’est pas le seul :Raynal, un grand du collège, présente les mêmes symptômes. Et lui aussi a uncorrespondant, un Italien ; il n’est pas amoureux, lui, mais il estfasciné par son correspondant. Et lui aussi l’a trouvé par l’agence Babel.

Le narrateur décide de se rendre aux bureauxde l’agence, afin d’éclaircir le mystère. Pour la trouver, il se cache près dela boîte postale et suit la femme qui vient y prendre le courrier : elleest vieille, elle est laide, elle marmonne… Quant aux locaux de l’agence,dans lesquels il s’introduit, ils sont étranges : une table, une chaise,des plumes à écrire de toutes les époques, des piles de papier à lettre de tousles types et de tous les âges possibles, et des livres, des livres, deslivres… Tous des classiques de la littérature. Le narrateur décide de traînerKamo dans ce bureau afin de briser ses illusions : sa Catherine est unevieille femme qui tousse et fume trois paquets de cigarettes par jour.

Kamo est plus que furieux ; il étaitheureux avec sa Catherine Earnshaw de papier ! Il suit pourtant son ami.Les deux garçons se dissimulent dans le bureau, attendent ; quelqu’unouvre la porte… Et c’est la mère de Kamo qui apparaît ; l’agence Babel,c’est elle ! Son fonctionnement est simple : toute personne quisouhaite améliorer ses connaissances dans une langue étrangère – et la mère deKamo en maîtrise de nombreuses – se voit attribuer un correspondant quin’existe que dans les pages des plus grands classiques de la littérature. Sansle savoir, Kamo a choisi de correspondre avec Catherine Earnshaw, héroïnedésespérée des Hauts de Hurlevent àlaquelle Emily Brontë a donné vie en 1847. Et alors que Kamo se plonge dansl’édition originale du chef-d’œuvre, sa mère lui suggère de ne pas oublier depréparer le dîner. Elle a tellement de travail…

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