L'adversaire

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Résumé

Le récit L'Adversaire d’Emmanuel Carrère a pour sujet l’affaire Jean-Claude Romand qui fit grand bruit dans les médias. Cet homme tua sa femme et ses enfants, mit le feu à sa maison avant de tenter de se suicider. Il avait fait croire à sa famille pendant plus de 18 ans qu’il était médecin à l’OMS à Genève alors qu’il passait ses journées à errer dans les parkings ou les forêts des environs.

Pour commencer, Emmanuel Carrère raconte ce qu'il faisait au moment où Jean-Claude Romand a commis les meurtres : il vaquait à ses obligations familiales et finissait d'écrire sa biographie sur l'auteur de science-fiction Philip K. Dick, Je suis vivant et vous êtes morts. Dès lors, on saisit quel sera l'angle choisi par Carrère pour relater ce fait divers incongru ; il va aborder la chose d'un point de vue légèrement autobiographique, raconter en même temps que les faits la difficulté qu'il éprouve à les raconter, le décalage qui demeure avec son projet malgré tous ses efforts.

Il prend, pour narrer les conséquences immédiates du meurtre multiple de Romand, le point de vue de Luc Ladmiral, son meilleur ami. Luc comprend que quelque chose de catastrophique s'est passé quand on l'appelle à l'aide lors de l'incendie de la maison Romand. Quand il arrive, il voit les cadavres des enfants et de la mère, et cette vision restera pour lui un grand choc. Luc se remémore sa grande amitié avec Romand, et prétend tout savoir de lui. Avec sa famille, il prie pour que Jean-Claude, qui est simplement dans le coma, alors que tous les autres sont morts, ne se réveille pas.

Les jours suivants, les faits se précisent, et on découvre que la famille Romand a été assassinée par Jean-Claude, et qu'en plus Jean-Claude n'a jamais eu la carrière de médecin qu'il prétendait avoir. Les Ladmiral sont bouleversés, et leurs enfants traumatisés. Avec leur ancienne bande d'amis, ils échafaudent les théories toutes plus abracadabrantes pour excuser Jean-Claude. Mais rien ne tient debout, car tout repose sur les mensonges de Jean-Claude. On apprend qu'il a eu une dispute violente avec l'association des parents d'élève de l'école où vont ses enfants et ceux des Ladmiral, qu'on a menacé de lui « casser la gueule », qu'il a également essayé de tuer sa maîtresse, une certaine Corinne, mais qu'il l'a laissée saine et sauve en prétextant qu'il était atteint d'un cancer gravissime qui lui faisait perdre la tête, qu'il a en plus de tout cela escroqué plusieurs personnes de son entourage. Au bout de trois jours, on est sûr que Jean-Claude Romand va vivre, ce qui complique la situation, et le deuil. Les Ladmiral trouvent un nouveau parrain pour leur fille.

Carrère révèle son projet d'écriture : il veut savoir ce qui se passait dans la tête de Jean-Claude Romand pendant qu'il attendait que le temps passe dans la forêt. Il lui envoie une lettre, qu'il a beaucoup de difficultés à écrire. Pas de réponse. Carrère se lance dans un autre projet. Deux ans plus tard, une réponse arrive enfin. C'est le début d'un échange épistolaire régulier. Romand compte sur Carrère pour comprendre son propre geste, c'est même tout ce qui semble lui importer à ce stade de son existence. Il sait qu'il va être condamné lourdement, il ne cherche pas à lutter, et se désintéresse totalement du réel. Selon un itinéraire que Romand lui a fourni, Carrère va arpenter les lieux où Romand traînait quand il faisait semblant d'aller au travail. Arrive le procès.

Carrère le relate dans l'ordre, en tâchant d'être neutre. Premier jour, on fait une longue biographie de Jean-Claude Romand. L'accusé s'évanouit à l'évocation de son chien, ce qui est en sa défaveur car c'est tout ce qui semble l'émouvoir. Lors de son enfance, rien d'exceptionnel, si ce n'est un rapport étrange au mensonge dans la famille (on prône l’honnêteté suprême, mais on pratique malgré tout le mensonge pieux). On explique ce qui pousse Jean-Claude à s'inscrire en fac de médecine, on décrit ses premiers émois avec celle qui sera sa future femme, Florence, on questionne sa libido, on identifie des premiers symptômes de mythomanie – il a dit avoir eu une amie en réalité imaginaire dans sa prime jeunesse, il invente également une histoire d'agression pour attirer l'attention de ses amis. Carrère compare cette dernière histoire à ses mensonges d'adolescent, qu'il opérait par pur besoin de reconnaissance sociale.

Deuxième jour, on veut savoir pourquoi Romand n'a pas passé son examen de fin de deuxième année de médecine. Il dit qu'il s'est cassé le poignet, et que c'est ce qui l'a empêché d'y aller. Carrère sait de son avocat qu'il y a probablement une autre raison, mais l'avocat refuse qu'il la dise pendant le procès. Romand ne sait pas expliquer pourquoi il a menti en premier lieu. Les autres mensonges, il les a tous créés pour protéger ce mensonge initial. Le jeune Romand, après son mensonge, se cache, puis prétend avoir un cancer. Il s'inscrira douze ans de suite en deuxième année de médecine. Il met autant sinon plus d'énergie à rendre son mensonge crédible qu'il en aurait mis pour poursuivre effectivement ces études-là. Florence et Jean-Claude se marient. Florence réussit sa thèse avec brio. Ils ont deux enfants.

On raconte la vie de Florence et Jean-Claude, une fois que ceux-ci sont installés, et on n'arrive pas à comprendre comment son mensonge a pu tenir si longtemps.

Carrère explique comment Romand faisait pour avoir de l'argent sans travailler, et en assez grande quantité pour que son mensonge soit crédible. D'une part, il joue un rôle d'homme simple, qui n'a pas besoin de grand-chose pour s'épanouir ; d'autre part, il arnaque son entourage, en lui faisant croire que son poste lui permet de faire des placements particulièrement rentables. Il prend de grandes sommes d'argent à ses parents, à son beau-père. On le soupçonne d'ailleurs d'avoir tué son beau-père, car ce dernier est tombé dans les escaliers peu après avoir demandé à récupérer son argent. Carrère suppose que Romand refuse d'assumer ces crapuleries car cela casserait son image de personnage tragique, mû par des forces incompréhensibles. Autre arnaque, Jean-Claude a vendu un faux remède contre le cancer à des amis.

Jean-Claude rencontre Corinne. Très maladroit, il ne parvient pas vraiment à la séduire. C'est une relation assez amère, sans grand éclat. Il finit par l'arnaquer elle aussi. Il réutilise son faux cancer quand celle-ci souhaite le quitter.

Jean-Claude sent l'étau se resserrer sur lui : Corinne demande bientôt à récupérer son argent. Il noie le poisson comme il peut. Bientôt, une querelle éclate à l'école : Jean-Claude, après avoir voté pour le licenciement du directeur, prend parti contre. L'association des parents d'élèves demande une confrontation. Tout bascule lorsqu'un de ces parents menace de lui « casser la gueule ». Jean-Claude est terrifié, et n'ose plus rien faire. Florence prend conscience de certains de ses mensonges. Jean-Claude envisage d'avouer, mais n'y parvient pas.

Jean-Claude, pris au piège, tue sa famille, et essaie de tuer Corinne sans y parvenir. Il rentre chez lui, met le feu et essaie de suicider.

Après sa sortie du coma, Jean-Claude d'abord nie, invente de nouveaux mensonges. À force d'insister, on le fait avouer douloureusement. Il passe devant plusieurs groupes de psychiatres. Personne n'arrive à savoir si Jean-Claude a des remords sincères ou non, il semble jouer un nouveau rôle quand il exprime sa douleur. Carrère évoque la relation entre Luc et Jean-Claude, après ses aveux. La chose est très délicate à aborder, mais au moment où Carrère écrit, autrement dit en 1999, les Ladmiral vont mieux, et ils arrivent à parler de cet épisode librement.

Carrère apprend la raison secrète pour laquelle Romand ne serait pas allé à ses examens de médecine : il aurait reçu ce jour-là une lettre venant d'une femme amoureuse qui annonçait son suicide ; pris de culpabilité, il serait resté couché, accablé. Carrère n'y croit pas.

Les témoins de la défense passent à la barre. D'abord Mme Milo, une institutrice de l'école, qui a plutôt tendance à aggraver le cas de Romand. Ensuite Marie-France, une visiteuse de prison qui s'est prise d'affection pour lui. Elle l'angélise, mais cela ne fonctionne pas plus. Vient le dernier jour du procès : c'est le moment des plaidoiries et du réquisitoire. L’enjeu est de savoir si Romand avait oui ou non la réelle intention de se suicider. Finalement, Romand est « condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de vingt-deux ans. »

Quelque temps après, Carrère écrit une lettre à Jean-Claude. Il explique qu'il ne trouve pas le bon point de vue pour écrire son livre, et que, de fait, il le met de côté. Cette décision libère la relation entre les deux hommes, relation qui devient quasi amicale.

Le dernier chapitre est à double tranchant. Carrère semble avoir résolu les questions qui l'ont poussé à écrire : « En roulant vers Paris pour me mettre au travail, je ne voyais plus de mystère dans sa longue imposture, seulement un pauvre mélange d'aveuglement, de détresse et de lâcheté. Ce qui se passait dans sa tête au long de ses heures vides étirées sur des aires d'autoroute ou des parkings de cafétéria, je le savais. » Cependant, de nouvelles questions apparaissent : les visiteurs qui se sont pris d'affection pour Jean-Claude Romand, Marie-Christine, qu'on a déjà citée, et Bernard lui semblent diaboliques par leur excès de bonté chrétienne.

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