L'appel de la forêt

par

La mise en parallèle de deux mondes

En confrontantle parcours d’un chien, son incursion dans une vie totalement nouvelle, et lemonde des hommes dans lequel il évolue, Jack London semble interpeler lelecteur et l’inciter à observer un parallèle entre ces deux civilisations,canine et humaine.

Toutd’abord, le lecteur peut être choqué par la dure réalité de la vie au sein dela meute. La loi du plus fort qui y règne, les conditions météorologiquesatroces que doivent traverser les chiens de l’attelage au péril de leur vie, lemanque total de tendresse entre eux quand ils se mordent les uns les autrespour s’exhorter à accélérer, et le caractère indissociable du couple respect-crainte,dressent en apparence un portrait peu flatteur de cette vie animale. Le lecteurassociera ce mode de vie à celui propre aux animaux, pensant sans doute quel’humain ne pourrait jamais se comporter de cette manière.

Or,Jack London montre bien vite que l’homme peut se comporter, à son échelle, demanière aussi sauvage que ses chiens. En effet, l’auteur multiplie lesévocations de la violence humaine : le caractère affreusement agressif deHal qui roue de coups les chiens pour les obliger à avancer peut tout aussibien s’assimiler aux coups de crocs de Dave dans l’arrière-train de Bucklorsque celui-ci ignore encore tout de la tâche du chien de traîneau. Leparallèle peut encore être établi entre l’obligation de Buck de voler sanourriture en faisant accuser les autres du délit, et le rapt du chien parManoël, l’aide-jardinier totalement dépendant de la loterie chinoise, etpouvant à cause de cette addiction à peine subvenir aux besoins de sa famille.Enfin, le lien peut être établi une nouvelle fois entre par exemple l’ignorancede Mercedes quant à la manière de traiter les chiens de traîneau et relativementà la vie dans le Grand Nord, et la toute première rencontre de Buck avec laneige à la fin du chapitre premier, qui déclenche l’hilarité chez lesspectateurs témoins de la scène.

JackLondon montre ainsi que la frontière entre réactions humaines et animales estfinalement ténue, et que bien souvent, les hommes se montrent capablesd’actions aussi viles que celles qu’ils reprochent aux animaux. Le paradoxeprend tout son sens lorsqu’à la fin du roman Buck massacre les Indiens Yeehat,inversant ainsi les rôles. D’ordinaire, c’est le chasseur humain qui décime lameute, ici, le chasseur solitaire devient le loup, et la bande de proiesfuyantes.

« Et aujourd’hui encore, parmi les Yeehats, on parled’un Chien-Esprit qui mène la bande des loups, et qui est plus rusé qu’aucund’eux. Les hommes le redoutent, car il ne craint pas de venir voler jusque dansleurs camps, renversant leurs pièges, tuant leurs chiens et s’attaquant auxguerriers eux-mêmes. »

Ainsi,les frontières sont totalement brouillées entre civilisation humaine et vieanimale : dans l’une comme dans l’autre, la lutte pour la survie semblepasser par la victoire sur autrui, et par le respect imposé comme toutepremière valeur. En effet, chez les chiens comme chez les hommes, les relationsdeviennent fluides et sereines uniquement après que ce respect devient possible :entre Buck et John Thornton, mais également au sein de la meute d’attelagelorsque la cohésion se crée.

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