L'appel de la forêt

par

Le regain de l’instinct primitif

SiBuck finit, à la fin du roman, par retrouver son état ancestral de chasseur ense faisant accepter par une meute de loups, le processus est toutefoisprogressif et lent, et nécessite toutes sortes d’étapes intermédiaires.

Àl’origine, l’instinct de Buck est totalement annihilé par la vie qu’il mène auxcôtés du juge Miller. En plus de ne pas craindre chaque jour pour son gîte et sapâtée, Buck vit dans l’environnement chaud et sec de la vallée de Santa-Clara, etil ignore ainsi tout des rigueurs qui peuvent sévir au nord du continent. Ilest également tout à fait ignorant de ce qui peut exister à l’extérieur, qu’ily a une autre vie hors les murs du luxueux « home » de Santa-Clara,et qu’elle est bien loin d’égaler ses confortables heures écoulées en compagniedu juge Miller. Cependant, si son instinct de chasseur est dissimulé dans leconfort et la chaleur, certaines caractéristiques du chien montrent qu’il n’apas totalement disparu ; en effet Buck demeure protecteur et attentionnéenvers les filles de son maître, et règne sur les autres chiens, davantage, ilfaut bien l’avouer, grâce à son charisme unique en ces lieux qu’à une véritablecompétition canine.

Cependant,après avoir vendu par le traître Manoël, les épreuves commencent pour Buck etlui feront découvrir peu à peu la véritable vie et la lutte perpétuelle qu’elledemande. Le symbole de la corde qui se referme sur sa gorge pendant lekidnapping en est la première étape : il ressent le besoin de se jeter surle traître, de le réduire en charpie, « ivrede rage », un sentiment qu’il ne devait pas connaître chez le juge.Recouvrer son instinct passe donc par la souffrance et la trahison, qui luifont reprendre connaissance des sentiments de haine et de violence qui peuventl’habiter.

Cettereconquête passe également par une nouvelle compréhension et une nouvelleappréhension du monde : Buck comprend bien vite qu’il ne pourra plusjamais compter sur personne pour lui donner sa pâtée, et qu’il doit se nourrirpar ses propres moyens, en volant. Ainsi, il ne ressent aucun remords en voyantle chien Dub se faire accuser à tort du vol qu’il a lui-même commis, car l’apprentissagede la vie de la meute passe par l’abandon de toute moralité, « chose inutile et nuisible dans cettelutte pour l’existence ». L’émancipation et le regain de l’instinct duprédateur ne passent pas uniquement par l’acquisition de nouveaux savoirs,comme la manière de creuser un trou dans la neige pour se mettre à l’abri, lanuit, du froid polaire, mais également par un processus psychique,l’acceptation de la loi hiérarchique et l’abandon de toute moralité.

L’émancipationsuprême de Buck du joug de l’homme vient après la revanche prise sur lesIndiens Yeehat, qui, paradoxalement, ont tué son maître bien-aimé. Il entendl’Appel de la forêt – qui dans le texte prendra toujours une majuscule en tantqu’entité presque divine, personnifiée. Ayant reconquis tous ses instinctsprimitifs, Buck est enfin libre :« désormais, il ne connaîtrait plus la crainte de l’Homme ». C’estdonc celle-ci qui le maintenait cloîtré dans des instincts domestiques, dansune dépendance vis-à-vis de ses divers maîtres. N’ayant plus besoin de l’homme,ne le craignant plus, et ayant affirmé sa domination au sein de la meute deloups, Buck est désormais tout à fait redevenu sauvage.

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