L'appel de la forêt

par

Une vie placée sous le signe du rapport de force

Buckdécouvre au fur et à mesure que la survie répond à une règle simple : « la loi du bâton et de la dent » (quiconstitue le titre du deuxième chapitre). Être le premier à se nourrir, à seservir dans la gamelle des autres animaux, à abattre l’adversaire, telle est laligne à suivre pour tenter de se tailler une place dans le groupe et survivre.

Eneffet, la vie du groupe de chiens de traîneau, sous tous ses aspects, est régiepar la lutte pour la domination : Billee, qui fait sans cesse preuve decondescendance envers les autres chiens, ne parvient qu’à s’attirer les coupsde crocs agressifs de Spitz ; Curly, qui tente de séduire un chienesquimau, trouve une mort affreuse, mise en pièces par le restant de la meute.Ainsi, Buck assimile rapidement ces leçons et commence à gagner le respect desautres chiens, et ce par la crainte, notamment, lorsqu’il remporte un duel surSpitz et le tue. Montrer que l’on est le plus fort, le plus puissant, est doncune lutte de tous les instants. Et la hiérarchie ne s’étage pas dans la meute,car il n’y a que la loi du chef et des autres qui ait une quelconque valeur.

Ladomination passe également par la stature, car au sein du groupe, le chiendominant doit être le plus fort physiquement, celui qui protège mais qui peutégalement tuer : ainsi, dès les premières lignes, le physique de Buck estmis en avant, comme l’un des facteurs clés de son évolution à venir. Il estprésenté ainsi : « une vastepoitrine, ses flancs évidés sous l’épaisse et soyeuse fourrure, ses pattesdroites et formidable ». Le narrateur explique même que Buck « semblait avoir été créé pour jouer unrôle dans les solitudes glacées de l’Alaska ».

Enfin,lorsque Buck se fait accepter par la meute de loups à la fin du roman, ce n’estqu’après avoir prouvé sa valeur aux yeux de ses membres. Les loups nes’opposent pas d’instinct à ce qu’un chien vive au sein de leur bande, mais celui-cine peut le faire qu’après avoir montré qu’il était aussi fort et puissant quen’importe quel animal sauvage. L’étape franchie vers cet objectif est la traqueet le meurtre de l’élan, la proie par excellence pour le loup, celle quiprouvera à la fois la force du nouvel individu mais également sa capacité àbraver le danger et à apporter sa contribution à la meute, à montrer sonaptitude à œuvrer de concert avec les autres (car tuer pareil animal n’est pasune tâche qui s’effectue en solitaire, mais avec l’aide de toute la meute). Cequi distingue justement Buck des loups est qu’il accomplit son objectifseul : il isole le chef du troupeau d’élans de lui-même, sans l’aide de lameute, montrant son indépendance. Fournissant par là à lui seul vingt-quatreheures de festin à la meute, il prouve qu’il est digne d’en être le chef.

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