L'attentat

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Résumé

Amine Jaafari est un homme heureux. Ce quadragénaire, brillant chirurgien, opère dans un grand hôpital de Tel Aviv, en Israël. Bien que d’origine arabe, il se sent parfaitement intégré dans la société israélienne : n’a-t-il pas toujours pris le parti de se fondre dans le système, d’y réussir, d’y exceller même ? Petit-fils d’un bédouin, fils d’un peintre raté et bohème, le docteur Jaafari a même obtenu la nationalité israélienne. Parmi ses amis, il compte le directeur de l’hôpital, un gradé de la police, Naveed Ronnen, et sa consœur, la docteure Kim Yehouda. Peu leur importe qu’Amine soit arabe, il est leur ami. Bien sûr, sa grande compétence et son ascension sociale – lui, un Arabe – n’empêchent pas une certaine animosité chez certains. Son grand bonheur, Amine le vit avec son épouse Sihem. Arabe comme lui, c’est une femme moderne, ouverte au monde, et le couple coule des jours paisibles dans une belle maison d’un quartier huppé de la ville.

Mais en cette journée où débute le drame, Amine doit déployer tout son art : un attentat – un de plus – vient d’être commis. Un kamikaze s’est fait exploser dans un restaurant bondé ; les victimes sont nombreuses, les blessés affreusement mutilés. Les chirurgiens de l’hôpital sont sur le pied de guerre et opèrent des heures durant. Quand tombe la nuit, Amine, épuisé, regagne sa maison, malgré les nombreux contrôles de police qui jalonnent son chemin : il a beau être israélien, son visage est celui d’un Arabe, et cela ne peut qu’éveiller les soupçons des forces de l’ordre aux aguets. Une fois rentré, il trouve la maison vide, ce qui ne l’étonne pas : Sihem est partie passer quelques jours chez sa grand-mère.

La sonnerie du téléphone réveille Amine en pleine nuit. C’est Naveed qui l’enjoint à rejoindre l’hôpital sur le champ. Amine pense qu’on l’attend pour soigner un malade, mais non : il lui faut reconnaître un cadavre. C’est celui de Sihem : c’est elle qui a fait, lui dit-on, exploser une bombe dans le restaurant. Amine refuse de croire une telle absurdité : son épouse chérie, une meurtrière ? Une terroriste ? Rien de plus insensé. Trois jours passés dans une cellule d’interrogatoire de la police israélienne n’ébranlent pas sa conviction : jamais Sihem n’aurait commis un acte aussi barbare. Cependant, la société qui l’entoure n’a aucun doute : Sihem Jaafari est une terroriste, coupable d’avoir tué, entre autres, des enfants qui assistaient à une fête d’anniversaire. Amine regagne sa maison que la police a fouillée de fond en comble. Là, une bande d’exaltés se jette sur lui, le roue de coups puis le laisse inconscient. C’est Kim qui le trouve, le soigne, puis essaie de lui faire dépasser sa stupeur. Mais quand le lendemain de son retour Amine reçoit une lettre postée par Sihem la veille de l’attentat, le doute n’est plus permis : c’est bien elle qui a semé la mort dans ce restaurant de Tel Aviv. Amine ne comprend pas : elle semblait si heureuse, si loin des drames de la terre de Palestine ! Quel est donc le signe qu’il a manqué, lui, son mari, qui aurait dû lui indiquer le chemin terrible qu’elle avait choisi ?

Amine décide de remonter la piste de sa femme disparue. Il apprend qu’elle n’est jamais allée voir sa grand-mère mais qu’elle s’est rendue à Bethléem, où habite la sœur de lait d’Amine. Ce dernier s’y rend et découvre une ville ressemblant à un camp de réfugiés géant. Les maisons ont été faites de parpaings bruts, sans souci de confort ni de beauté. Il découvre que Sihem y est vue comme une héroïne et une sainte. Plusieurs fois elle a rencontré Adel, un cousin d’Amine, et elle aurait été bénie, la veille du drame, par un saint homme, le cheikh Marwan, prédicateur exalté et révéré. Pendant plusieurs jours, Amine essaie de le rencontrer et de s’introduire à la mosquée ; il n’y est pas le bienvenu. On le repousse d’abord courtoisement, puis fermement, puis violemment : sa présence risque d’attirer l’attention du Shin Beth, le service de sécurité israélien. Quand le chirurgien parvient enfin à rencontrer un imam, celui-ci lui reproche d’avoir tourné le dos aux siens, à son peuple, à ses souffrances. Amine a choisi le confort que lui a apporté sa profession, il a servi de caution à l’État israélien en jouant le rôle de l’Arabe intégré, il s’est détourné du malheur des siens, c’est pourquoi il n’a pas vu que Sihem, elle, communiait avec la cause du peuple palestinien. De toute façon, ce n’est pas à Bethléem mais à Jenin, en Cisjordanie, qu’Amine doit aller chercher des réponses. C’est là-bas que Sihem a basculé du côté de la violence.

Jenin, c’est l’enfer. La ville subit l’intifada, les jeunes lancent des pierres sur les blindés israéliens qui ripostent à la mitrailleuse, tandis que les soldats font pleuvoir sur eux des grenades lacrymogènes. Les combattants des diverses factions armées palestiniennes mènent un combat sans merci aux soldats, et la population subit un quotidien sans espoir ni bonheur. Tout n’est que destruction et ruine. Amine est passé de l’autre côté du mur, ce mur construit par l’État d’Israël, censé protéger les populations du terrorisme. Le spectacle qu’Amine découvre est épouvantable. La terre de ses ancêtres bédouins est devenue terre de souffrance. Et il cherche et cherche encore Adel, renoue avec des oncles et des cousins qu’il n’a pas revus depuis des années et qui l’accueillent en frère, mais ces recherches, une fois encore, constituent un danger pour ceux qui ont guidé Sihem vers son destin. Bientôt, Amine est enlevé, brutalisé, séquestré pendant six jours et six nuits dans une cave pestilentielle d’où on le tire parfois pour simuler son exécution. Mal nourri, vêtu de loques, il pense qu’il va mourir, quand il reçoit la visite du commandeur du groupe qui l’a enlevé et qui a commandité l’attentat commis par Sihem. Courtoisement, affectueusement même, le commandeur explique ceci à Amine : il a voulu lui faire vivre dans sa chair, six jours durant, ce que vit son peuple depuis des années – l’humiliation, le désespoir, les privations, la naissance de la haine et l’envie de l’exercer. Il n’y a pas de plaisir dans la lutte armée, seulement une révolte contre l’impuissance et la vulnérabilité. Quand il sort de sa cave, Amine est pris en charge par son cousin Wissam qui l’emmène auprès de son grand-oncle Omr, le doyen de la tribu. Amine, l’enfant prodigue, est accueilli avec amour et joie : on organise une fête, tous les cousins viennent voir le docteur parti si loin depuis si longtemps, et Amine retrouve enfin la partie de lui qu’il a oubliée en devenant un citoyen israélien modèle, pacifiste certes, mais aussi égoïste. Hélas, un nouveau drame va éclater : Wissam perpètre un attentat – il fonce sur un poste de contrôle israélien au volant de sa voiture bourrée d’explosifs. En représailles, la maison de la famille, celle que construisirent autrefois les ancêtres d’Amine, est rasée par un bulldozer de l’armée.

Quand Amine apprend que le cheikh Marwan, rencontré par Sihem la veille de sa mort, doit venir prêcher non loin de là, il décide d’aller à sa rencontre. Mais alors que le religieux va prendre la parole, une subite agitation s’empare de son service de sécurité, on l’exfiltre de la foule, on le jette dans sa voiture blindée : trop tard. Un drone israélien foudroie le véhicule qui explose au milieu de la masse. Amine est grièvement blessé ; il meurt doucement tandis que les médecins s’agitent autour de lui.

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