L’Éducation sentimentale

par

Le déclin historique de la bourgeoisie

C’est sur le fond d’un climat révolutionnaire que les événements du récit prennent place. Une révolution qui cherche à faire naître et à garantir des droits nouveaux pour tous. Charles Deslauriers, bon ami de Frédéric, adopte ces idées révolutionnaires qui demandent plus d’égalité entre les citoyens et augurent par conséquent du déclin de la bourgeoisie.

Mais ce déclin n’est pas simplement le déclin d’une classe, mais également le déclin des mœurs. En effet, les rapports sociaux dans L’Éducation sentimentale sont semblables au tissage intéressé qu’une araignée ferait pour attirer sa proie : ils sont pleins de fausseté et mus par les intérêts. C’est ainsi que Frédéric entre en rapport avec la famille Dambreuse : « rien n’est utile comme de fréquenter une maison riche ». C’est également dans le seul but de conquérir Mme Arnoux qu’il se lie d’amitié avec M. Arnoux. Cependant, les personnages préfèrent ces interactions vides de sincérité à la solitude dont ils se lassent. C’est spécialement le cas de Frédéric qui tombe dans un désœuvrement sans fond et lie des connaissances sans réellement se lier d’amitié :

« Frédéric se montra plus cérémonieux pour Regimbart, – jusqu'à lui offrir l'absinthe de temps à autre ; et quoiqu'il le jugeât stupide, souvent il demeurait dans sa compagnie pendant une grande heure, uniquement parce que c'était l'ami de Jacques Arnoux. »

L’auteur montre bien l’étroitesse d’esprit du personnage principal et ses habitudes mélancoliques. En effet, Frédéric semble être enfermé dans une routine dont il ne se départit jamais. Il va toujours dans les mêmes lieux : Nogent, Paris, la résidence des Dambreuse ou des Arnoux, puis Nogent à nouveau, avant de retourner à Paris et ainsi de suite. C’est comme si toute la vie du personnage se limitait à ces endroits qu’il a déjà maintes fois visités.

Le déclin de la classe privilégiée est manifeste lorsqu’on observe le sort de personnages tels que M. Arnoux, un personnage qui répond à la description d’alors du « bon garçon » de Paris. M. Arnoux est gouverné par ses désirs. Il trompe son épouse sans vergogne, il multiplie les manœuvres malhonnêtes pour s’enrichir et exploite l’œuvre des artisans pour son propre bénéfice. Mais quinze ans plus tard, il est devenu un vieillard malade qui ne conserve que des séquelles de la vie grivoise qu’il menait.

 

La société dont Flaubert fait le portrait est une société où l’homme est prisonnier de rapports sociaux stériles et faux, une société qui loue les pratiques moralement inquiétantes et l’ambition peu scrupuleuse. C’est en se servant de ces images que Flaubert signale l’échec de toute une génération qui a trahit ses idéaux. Ainsi, ce n’est pas uniquement Frédéric qui a manqué son but, ce sont tous les personnages du roman qui se promettaient de faire changer la société. Martinon est devenu notable, Deslauriers a abandonné ses discours révolutionnaires, et Dussardier, qui était généreux et incarnait la liberté, a été tué. C’est le portrait d’une génération qui a manqué son rendez-vous avec l’histoire.

« Quant à Frédéric, ayant mangé les deux tiers de sa fortune, il vivait en petit bourgeois. Puis, ils s'informèrent mutuellement de leurs amis. Martinon était maintenant sénateur. Hussonnet occupait une haute place, où il se trouvait avoir sous sa main tous les théâtres et toute la presse. Cisy, enfoncé dans la religion et père de huit enfants, habitait le château de ses aïeux. Pellerin, après avoir donné dans le fouriérisme, l'homéopathie, les tables tournantes, l'art gothique et la peinture humanitaire, était devenu photographe ; et sur toutes les murailles de Paris, on le voyait représenté en habit noir, avec un corps minuscule et une grosse tête ».

 

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