L’Éducation sentimentale

par

Un roman de l’échec

Avant toute chose, L’Éducation sentimentale est le récit de l’échec : l’échec consumé des amours de Frédéric Moreau, et en particulier l’échec de l’amour qui l’unit longtemps à Mme Arnoux. Mais c’est également l’échec d’une vie passée à être spectateur de sa propre existence.

La vie de Frédéric est pleine d’amour, tantôt de l’amour que les femmes lui inspirent, tantôt de celui qu’il fait naître chez elles. Ainsi, il aime et il est aimé à divers degrés par Rosanette, par Mme Dambreuse ou encore par Louise, fille du père Roque, voisin de sa famille à Nogent. Il mène sa vie entre ces femmes, sans jamais se décider, à l’image d’un enfant qui attend qu’on lui indique la conduite à tenir. Il vivra avec ces femmes des amours aussi variées qu’infructueuses : la courtisane Rosanette pour laquelle il éprouve du désir, la bourgeoise Mme Dambreuse qu’il approche par intérêt, et la charmante Louise qui éveille sa curiosité ne suffiront jamais à éteindre la flamme de l’autre amour de Frédéric.

Car Frédéric Moreau est amoureux de Mme Arnoux. Il l’adule, il éprouve pour elle une passion dont son imagination se nourrit pour donner naissance aux flammes inextinguibles d’un amour inactif. Mais elle est l’épouse d’un autre ; il est cependant aimé d’elle. Mais jamais ils ne pourront être ensemble, car bien qu’elle ressente pour lui de l’amour, elle est d’une nature telle qu’elle ne cède jamais à une liaison qui serait contraire à son sens moral. Et ce, bien que le comportement dépravé de M. Arnoux eût constitué une raison suffisante pour qu’une autre femme qu’elle l’abandonne. Mais Mme Arnoux aime aussi son époux envers et contre tout. Et chaque fois que Frédéric en aime une autre, il agit comme s’il se contentait d’occuper ses sentiments en attendant le jour où il pourra enfin aimer sans retenue la femme qu’il adule.

« Elle lui donna ses gants, la semaine d'après son mouchoir. Elle l'appelait "Frédéric", il l'appelait "Marie" , adorant ce nom-là, fait exprès, disait-il, pour être soupiré dans l'extase, et qui semblait contenir des nuages d'encens, des jonchées de roses ».

Ils se perdront de vue et se reverront une quinzaine d’années plus tard. Et toujours, quinze ans plus tard, Frédéric ne peut obtenir de celle qu’il aime autre chose qu’un témoignage d’amour. Et des autres femmes auprès desquelles il aurait pu être heureux, plus aucune n’est disposée à l’aimer.

 

La vie amoureuse n’est pas la seule victime des échecs du personnage principal. Frédéric, envieux des riches et rêvant de devenir riche et célèbre, échoue dans ses projets d’ascension sociale. Il va tour à tour embrasser de nombreuses « vocations » sous l’influence d’autres personnages. Il est influençable à tel point que pour mieux subir le regard des autres, il deviendra journaliste, philosophe, artiste ou écrivain. Mais il ne fera jamais plus que jouer des rôles sans jamais produire quoi que ce soit de concret.

« Il se crut halluciné. Mais non ! C'était bien elle, Louise ! – couverte d'un voile blanc qui tombait de ses cheveux rouges à ses talons ; et c'était bien lui, Deslauriers ! – portant un habit bleu brodé d'argent, un costume de préfet. Pourquoi donc ?

Frédéric se cacha dans l'angle d'une maison, pour laisser passer le cortège.

Honteux, vaincu, écrasé, il retourna vers le chemin de fer, et s'en revint à Paris. »

 

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