L’Espoir

par

Des valeurs intemporelles

Bienaprès la fin de la guerre d’Espagne, le roman reste d’actualité grâce à larichesse et à la profondeur des thèmes abordés, au-delà de la dénonciation dufascisme.

 

1.L’espoir

 

            Titredu roman, l’espoir est l’un des thèmes majeurs de l’œuvre d’André Malraux. Bienque les personnages vivent dans une Espagne où la pauvreté, la guerre etl’oppression prédominent, ils font clairement savoir leur espoir de changer leschoses. C’est cet espoir qui constitue le leitmotiv des républicains.L’importance de l’espoir dans la vie de l’homme est clairement mise enexergue : « Un monde sans espoir est un monde irrespirable. »

            Leroman explore comment l’espoir permet aux protagonistes de trouver du sens dansleurs actions, dans leur vie et dans leur mort. Véritable moteur animant larévolution menée par le peuple espagnol, l’espoir permet aux personnages d’êtreen accord parfait avec les situations qu’ils vivent, sûrs de leurs choix de vieet sans états d’âme. Les personnages ressentent cette union physiquement :« Il y avait cette nuit chargée d’un espoir trouble et sans limites,cette nuit où chaque homme avait quelque chose à faire sur la terre. Ramosentendait un tambour éloigné comme le battement de son cœur. »L’espoir lie les personnages à leurs actes et lie aussi les personnages entreeux.

 

2. Action etengagement

 

            Cequi intéresse Malraux ici, ce sont les actes ; en ce sens le roman peutsembler précurseur de l’existentialisme. Le moment charnière qui déclenche lepassage à l’acte, celui où l’engagement se décide est également analysé. Garciadéclare ainsi : « Voyez-vous, Magnin, après huit mois de guerre,il y a quelque chose qui reste à mes yeux passablement mystérieux : l’instantoù un homme décide de prendre un fusil. […] Ce qui m’intéresse, c’estl’instant, le déclenchement. »

La mort, inséparable de la guerre, par le point final qu’elle met àtoute possibilité d’action, rend urgente la réflexion sur le sens des actes etde l’engagement : « La chose capitale de la mort, c’estqu’elle rend irrémédiable ce qui l’a précédée ». Plus question deremettre à demain, de se détourner des vraies questions. La possibilité d’unemort proche révèle la vraie nature humaine. Pour l’auteur, ce sont des momentsd’observation privilégiés.

Ici, Malrauxdécrit comment la somme des individus, avec leurs actes et leurs décisionsindividuelles, mais presque par hasard convergents, forment un mouvementcollectif à même d’écrire l’histoire. Il n’est pas question d’un seul héros,mais de plusieurs, portant chacun son histoire, ses convictions. C’est ensemblequ’ils écrivent l’histoire par leurs combats.

 

3. La fraternité

 

             Le ciment de ce collectif, c’est lafraternité. La guerre, avec ses dangers et ses moments intenses, exacerbe lesentiment de fraternité entre les combattants. « Il y a quelque choseque… je n’avais jamais soupçonné. Il y a une fraternité qui ne se trouve que del’autre côté de la mort. » Malraux avait déjà abordé ce thème dans La Condition humaine et il continue del’explorer ici. La fraternité, c’est la manière dont les combattants ressententqu’ils font partie d’un mouvement collectif, plus grand qu’eux. Dans L’Espoir, la fraternité est une valeurfondamentale, considérée comme le contraire de l’humiliation. « Unhomme comme lui, Garcia, sait pas trop bien ce que c’est que d’être vexé. Etvoilà ce que je veux dire : le contraire de ça, l’humiliation, comme ildit, c’est pas l’égalité… parce que le contraire d’être vexé, c’est lafraternité. »

            Présentetout au long du roman, la fraternité imprègne les grandes scènes de laguerre : « Presque plus d’avions […] presque pas de canons […]Les mitrailleuses […] il y en a une pour trois compagnies. En cas, d’attaque,elles se la prêtent. » Elle représente l’une des principales raisonsde l’engagement dans la guerre civile espagnole. Derrière les raisonsidéologiques de leur engagement, ce que trouvent les combattants dans cesinstants de vérité où la proximité de la mort met la vie à nue, c’est lafraternité : « Les hommes unisà la fois par l’espoir et par l’action accèdent, comme les hommes unis parl’amour, à des domaines auxquels ils n’accéderaient pas seuls ». Sonpouvoir de réconciliation est mis en valeur par l’union des partis de la gaucheespagnole pour se dresser ensemble contre la menace du fascisme : « Pour la première fois, libéraux,hommes de l’U.G.T. et de la C.N.T., anarchistes, républicains, syndicalistes,socialistes, couraient ensemble vers les mitrailleuses ennemies. »

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