L’Espoir

par

Raconter l'histoire au présent

1. Un écrivainengagé

 

            LorsqueMalraux rédige ce roman, en 1937, la guerre d’Espagne est en cours. Ce n’estdonc pas un roman historique traditionnel, car dans ce genre littéraire, lesévénements dont s’inspirent les romanciers sont passés, ils ont été analyséspar des historiens et une multitude de documents permet de prendre connaissancede tous leurs aspects.

            Dansle cas de L’Espoir, Malraux raconteau présent ce qu’il connaît de la guerre d’Espagne, en prenant parti pour lesrépublicains, qu’il présente comme des combattants courageux – « Malgréleur fumisterie, leur cafouillage, leur indiscipline, et leur chiqué, lespélicans combattaient un contre sept » – luttant pour laliberté : « Dans chaque patelin qu’a pris Franco, tout devientplus esclave ».

Au même moment,à travers toute l’Europe, le fascisme monte. L’espoir de Malraux, c’est lavictoire des forces démocrates (voire socialistes) contre le fascisme.Rappelons que quelques années plus tard, Malraux s’engagera vaillamment dans laRésistance.

 

2. La tentationdu récit

 

          Si l’œuvre est annoncée comme un roman, l’idéed’un récit, voire d’un reportage a effleuré Malraux. Il cherche avant tout àdonner à voir cette guerre et ses enjeux à ses contemporains. Il souhaitealerter l’opinion publique, avec son arme : son talent littéraire (plusieurslivres de Malraux ont déjà connu le succès auparavant, notamment La Condition humaine en 1933). Lesdescriptions des scènes sont précises, souvent envisagées du point de vue d’unphotographe ou d’un journaliste embarquéaux côtés des soldats. Quelle est la part de fiction ? Quelle est la partde réalité ? Ces descriptions réalistes, journalistiques, entraînent lelecteur dans l’action, donnant un air de réalité vécue aux faits relatés.

 

3. Dénoncer lanouvelle sorte de guerre

 

         Les guerres précédentes (PremièreGuerre mondiale, guerre franco-allemande de 1870, etc.) se limitaient auxchamps de bataille. Certes il y avait des atrocités, les populations civilessouffraient de privations, mais elles n’étaient pas massivement des victimesdirectes des combats. Pour reprendre une expression utilisée de nos jours, onpourrait presque les qualifier de « guerres propres ».

         La guerre d’Espagne est la premièreguerre où l’aviation est utilisée massivement, grâce aux progrès récents en cedomaine. Les avions de guerre lancent donc des bombes sur la population civile.C’est l’horreur de ces massacres que Malraux veut décrire – et dénoncer.          « Cette mort qui descendait au hasard faisaithorreur à Shade. […] La guerre était la guerre ; ceci n’était pas laguerre. […] Shade pensait à ce qu’il avait entrevu ou noté, aux couvertsdressés dans les maisons en coupe, à un portrait au verre étoilé au-dessus d’unpetit jet de sang, à un costume de voyage pendu au-dessus d’une valise, –préparatifs pour l’autre monde – à un âne dont on n’avait retrouvé que lessabots, aux longues traces de sang d’animal poursuivi laissées sur destrottoirs et sur les murs par les blessés du Palace, aux civières vides, unetache à la place de chaque blessure. »

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