L'herbe bleue

par

Alice & Alice

Le titre original du livre, Go Ask Alice, peut être interprété comme une référence au personnage de Lewis Carroll. Son Alice est la représentation de la fin de l’innocence, de l’entrée dans un monde étrange et incompréhensible, qui reproduit le passage de l’enfance au monde adulte. L’adolescent vit une période difficile : il n’est plus un enfant, mais pas encore un adulte. De nombreux bouleversements surviennent, et le jeune adulte doit quitter ses attaches bien connues pour vivre ses propres expériences.

Plusieurs éléments du conte de Lewis Carroll peuvent être mis en parallèle avec L’Herbe bleue : la chute d’Alice dans le monde merveilleux ressemble à celle de l’adolescente dans la drogue ; dans les deux cas elle est marquée par l’ouverture d’une porte. La chute peut être vue comme une descente aux enfers, qui est celle de la narratrice du journal. Dans les deux cas, il s’agit d’une entrée dans un monde nouveau qui marque le passage de l’enfance à l’âge adulte. Tout comme Alice se retrouve seule et perdue dans ce monde imaginaire, l’héroïne est livrée à elle-même dans un lieu où elle n’a aucun repère, entourée de personnes qui lui sont inconnues. Et surtout, dans les deux récits, il n’y a aucun moyen de faire machine arrière.

Les deux histoires disent la perte de l’innocence. Chez Lewis Carroll Alice se trouve confrontée à des fous (le chapelier) ou à des personnes qui lui sont néfastes (la dame de cœur), et c’est aussi le cas dans L’Herbe bleue, lorsqu’Alice fait ses premiers pas dans un univers où le sexe est omniprésent, ainsi que le froid, la faim ou encore le manque. Les deux héroïnes, face aux réalités du monde extérieur, sont perdues et cherchent leurs marques.

Autre parallèle entre ces deux œuvres, la découverte d’un monde imaginaire pour le moins extravagant et farfelu. L’Alice de Carroll se retrouve dans un nouveau monde par hasard alors que celle de Sparks, si c’est aussi son cas au départ, finit par provoquer ses états hallucinatoires. Toutes deux voient des choses étonnantes, colorées, surprenantes, et en sont parfois émerveillées. Cependant, elles se retrouvent souvent dans des situations plus sordides et plus proches du cauchemar que du rêve. Si les drogues donnent parfois à la narratrice de L’Herbe bleue la sensation d’être toute-puissante, de contrôler le monde, d’être supérieure aux autres, elles la laisse parfois démunie, seule, avec le sentiment d’être terriblement insignifiante. Ces états fluctuants ne sont pas sans rappeler le conte de Lewis Carroll où Alice passe d’une petite à une très grande taille et inversement à plusieurs reprises.

Les deux jeunes filles, dans les deux histoires, n’ont d’autre choix que de se confronter à leurs nouvelles expériences, à elles-mêmes, faisant le lent apprentissage de ce qu’elles sont. 

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