L'herbe bleue

par

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Beatrice Sparks

Beatrice Sparks (1917-2012) est une thérapeute américaine
spécialisée dans les problèmes rencontrés par la jeunesse. Son œuvre, très
particulière, constituée d’ouvrages qui sont autant de témoignages, sous forme
de journaux, d’adolescents en difficulté, tourne toujours autour des mêmes
thèmes qui font écho à autant de problèmes sociaux : l’abus de drogues
chez les jeunes, la grossesse des adolescentes, le SIDA, ou encore le
satanisme. Autant de récits qui sont donc présentés comme ayant des desseins
préventifs. Si la psychothérapeute a prétendu avoir recueilli ces écrits de
véritables adolescents en difficulté et les avoir simplement mis en forme, il a
finalement été découvert qu’elle était l’auteure de tous, à l’exception de deux.

Beatrice Sparks naît à
Goldburg (Idaho) mais grandit à Logan (Utah). Elle étudie à l’université de
Californie (Los Angeles) et l’université Brigham Young (Provo, Utah) avant de
commencer à travailler avec des adolescents en 1955. L’obtention d’un doctorat, qu’elle a prétendu avoir obtenu à
la fin de ses études, a été discutée. Elle travaille ensuite notamment comme
musicothérapeute en hôpital psychiatrique et assure des cours de formation
continue dans la deuxième université où elle a étudié.

Son travail
auprès d’adolescents en difficulté lui donne l’idée de récits qui fonctionneraient
comme des avertissements auprès des jeunes susceptibles de suivre un parcours
similaire. Il s’agit dès lors de leur présenter la réalité crue d’un point de
vue dont ils se sentiront proches en leur permettant une identification
parfaite. En 1971, elle publie ainsi L’Herbe bleue (Go Ask Alice)
anonymement. Dans des entretiens, elle affirmera que le livre repose sur le
journal d’une adolescente en difficulté – qu’elle n’a jamais su produire –,
mais qu’elle y a mêlé de la fiction inspirée par son expérience
professionnelle. Les futures éditions de l’ouvrage porteront clairement la
mention de « fiction ». Alice, qui tient le journal, est une
adolescente de quinze ans quelque peu complexée qui à l’occasion d’un
déménagement, espérant une nouvelle vie, commence à connaître quelques troubles
de l’alimentation. Elle s’intègre mal dans son nouveau lycée et de retour dans
sa ville natale, à l’occasion d’une invitation à une soirée de Jill, une jeune
fille populaire, Alice va ingérer à son insu du LSD. L’adolescente découvre
alors un nouveau monde où elle est libérée de ses complexes. La suite de son
chemin semble tracée d’avance : speed, acides, sexe sous l’emprise de
stupéfiants, angoisse de la maternité, problèmes avec les garçons, commerce de
drogues, errances, viol, prostitution, vie dans la rue, tentative de
désintoxication puis suicide. L’œuvre connaît un immense succès et figure
encore en tête des ventes parmi les récits de son genre quarante ans après sa
publication.

En 1973, Beatrice Sparks
est contactée par une mère de l’Utah dont le fils, Alden, s’est suicidé à seize
ans, convaincue que la psychothérapeute saurait rendre hommage au journal de l’adolescent
en le rendant public. Dans l’œuvre qui en est issue, Jay’s Journal, le
personnage éponyme est un lycéen qui cumulait réussite et ambition jusqu’à ce
que ses fréquentations l’amènent à découvrir les drogues et le monde de
l’occulte. Il tombe amoureux d’une jeune fille à l’influence néfaste et
s’enfonce toujours plus dans le monde de la magie noire, loin du chemin qu’il
avait entrepris jusqu’alors. La famille de l’adolescent qui avait inspiré
l’ouvrage s’est insurgée à sa lecture : seules vingt-et-une entrées du
journal original ont effectivement été utilisées et Sparks a prétendu avoir
collecté le reste de ses informations, en lien avec le satanisme notamment –
comme la consommation de sang de vache –, auprès de proches de l’adolescent. Le
commentaire le plus en vue sur la page consacrée à l’œuvre par le site
américain Amazon est de la main du frère d’Alden et présente une vérité tout autre
que celle présentée par la psychothérapeute. Ce hiatus entre divers témoignages
est le signe de l’ambiguïté d’une auteure qui n’a jamais su apporter les
preuves de récits qu’elle prétendait véridiques.

Après ces deux ouvrages, Sparks
a continué à creuser la veine du journal d’adolescent supposé authentique en
centrant chacune de ses nouvelles publications sur un nouveau problème auquel
sont confrontés des jeunes en difficulté.

Beatrice Sparks ne s’est pas déclarée elle-même l’auteure de seuls deux de ces
ouvrages : Almost Lost et Kim.

1994 : It Happened to Nancy: By an Anonymous Teenager (« C’est arrivé à Nancy ») traite du SIDA.

1996 : Almost Lost: The True Story of an
Anonymous Teenager’s Life on the Streets
(« Perdu ou presque : L’histoire authentique de la vie d’un
adolescent anonyme dans les rues ») expose plus spécifiquement la violence inhérente aux mœurs des gangs.

1998 : Annie’s Baby: The Diary of Anonymous, a Pregnant Teenager (« Le Bébé d’Annie : Journal
d’une adolescente enceinte anonyme ») traite du problème de la grossesse précoce, plus prégnant dans un monde où l’éducation a gagné en importance.

2000 : Treacherous Love: The Diary of an Anonymous Teenager
(« L’Amour traître : Journal d’une adolescente anonyme ») a pour héroïne une élève séduite par son
professeur.

2002 : Kim: Empty Inside: The Diary of an Anonymous Teenager (« Kim : un vide intérieur :
Le journal d’une adolescente anonyme ») a pour thème les troubles de l’alimentation, déjà
évoqués dans L’Herbe bleue.

2005 : Finding Katie: The Diary of Anonymous, A Teenager in
Foster Care
(« À la recherche
de Katie, une adolescente anonyme en famille
d’accueil 
») présente une adolescente issue d’un foyer aisé, mais victime
d’un père abusif, qui doit se reconstruire dans de nouvelles familles ;
elle y parvient notamment à travers la réalisation qu’elle peut aider les
autres.

 

« L’adolescence est une
époque vraiment désagréable ; on ne se sent pas en sécurité, les grandes
personnes nous traitent comme des enfants tout en attendant de nous que nous
nous conduisions en adultes. Elles nous donnent des ordres, comme à des petits
animaux, et puis elles espèrent que nous réagirons comme de vrais adultes
raisonnables. C’est une époque pénible, difficile, perdue. J’ai peut-être
survécu le plus mauvais moment. Je l’espère, en tout cas, parce que je sais que
je n’aurais jamais la force ni la volonté de repasser par là. »

 

Beatrice Sparks, L’Herbe bleue (1971)

 

« J’aimerais bien que
les médecins et les infirmières laissent mourir mon âme ; mais ils
poursuivent leurs expériences et ils essayent de réunir le corps à
l’esprit. »

 

Beatrice Sparks, L’Herbe bleue (1971)

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