L'herbe bleue

par

Le récit vivant et édifiant d’une descente aux enfers

Le premier contact d’Alice avec la drogue a lieu lors d’une soirée organisée par des personnes qu’elle ne connaît pas, alors qu’elle ingère, à son insu, du LSD. Se rendant compte que la drogue provoque chez elle un état de bien-être immédiat, qu’elle lui permet d’oublier toutes ses inhibitions, tous ses complexes, elle décide d’en tester d’autres afin de retrouver ces effets qui lui plaisent tant. Rapidement, Alice devient dépendante de ces états hallucinatoires, pleins de sensations nouvelles. La drogue lui donne le sentiment d’être en vie en l’amenant à braver l’interdit, à frayer avec le danger, mais surtout en l’incluant dans un groupe où elle a l’impression d’avoir enfin trouvé une place.

La descente aux enfers d’Alice est sensible jusque dans l’écriture et la construction du journal. En effet, le langage employé est de plus en plus familier, témoignant d’un relâchement de l’attitude de la jeune fille au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture. Bientôt le récit devient décousu, le suivi des dates ne se fait plus ; la drogue entraîne une perte totale de la notion du temps : il n’y a plus mention de jours ni d’heures, seulement le récit d’instants de plénitude entrecoupés de périodes de manque de plus en plus douloureuses.

Les mots employés sont crus, durs et il n’y est plus question que de haschisch, d’acide ou de LSD. Alice est entrée dans un monde violent, où sexe et drogue vont de pair : l’innocence du début du récit a disparu. Avec la drogue commencent les problèmes d’argent et pour aider son petit ami du moment, Alice va progressivement se mettre à vendre de l’acide à la sortie des lycées. Son quotidien est rythmé par la prise de comprimés, ses journées ne sont plus vécues que dans le monde irréel qu’elle se crée. La drogue l’amène à abandonner ses études, sa famille, elle perd peu à peu tous ses amis et se déconnecte complètement du monde réel.

Notre héroïne ne va cesser de lutter contre sa dépendance, enchaînant les périodes de lucidité durant lesquelles elle redevient une jeune fille respectable – ce côté d’un portrait contrasté favorisant l’identification et l’empathie du lecteur –, et les périodes de rechute où elle part à la dérive, incapable de s’empêcher de toucher le fond. Elle mène alors un combat de tous les instants.

Le manque provoque chez Alice une multitude de délires, mais surtout une volonté inébranlable lorsqu’il s’agit de se procurer de la drogue. Tous les moyens sont bons, qu’il s’agisse de mendier ou de voler : il n’y a aucune prise de risques qui n’en vaille pas la peine.

La prise de drogue est donc présentée un cercle vicieux duquel il est extrêmement difficile de sortir. Les substances contenues dans les différentes drogues créent très rapidement un sentiment de manque qui incite à en prendre encore et encore, avec des doses de plus en plus fortes. Ce témoignage fonctionne ainsi comme un signal d’alarme pour de potentiels lecteurs qui ne verraient que le côté festif des substances, intimement convaincus qu’ils peuvent s’arrêter quand ils le veulent, quand le récit montre bien la volonté vacillante allant de pair avec l’usage de drogues, la personnalité et la force mentale de la personne déclinant au fil du temps sans qu’elle en ait conscience. Rappelons que le message n’est pas seulement transmis par une jeune fille réelle, dont les passages du journal sont effectivement repris, mais surtout par l’auteure qui les agence et qui est une membre du corps médical.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Le récit vivant et édifiant d’une descente aux enfers >